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Pr Khalfa slimane. Président de la Société algérienne de diabétologie
« Il est urgent de mettre en place un programme national de prise en charge »
Publié dans El Watan le 10 - 02 - 2008

Le Pr Khalfa Slimane, diabétologue et président de la Société algérienne de diabétologie qui revient dans cet entretien sur le diabète et ses complications, plaide pour la mise en place d'un programme national pour la prise en charge du diabète qui commence à prendre des proportions alarmantes en Algérie. Il estime que la prévention et la formation des praticiens sont les deux aspects importants sur lesquels il faut se baser pour faire barrage à cette épidémie.
Pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qu'est le diabète sucré ?
Le glucose, qui est une variété de sucre, existe dans le sang a un taux qui est remarquable fixe qu'on appelle « glycémie ». Ce taux est inférieur à 1,10 g/l quand on est à jeun et inférieur à 1,40g/l, 2 heures après un repas. Ce sucre joue un rôle fondamental dans la physiologie de l'homme, en ce sens que c'est lui qui nous fournit toute l'énergie (calories) nécessaire pour exécuter les actes de la vie. Il provient presque exclusivement des aliments qui contiennent des sucres. Une fois ces derniers digérés et passés dans le sang, ils seront utilisés par les différents tissus en fonction de leurs besoins et l'excédent va être stocké dans les organes, comme le foie et les muscles, grâce à une hormone qui est produite par le pancréas, l'insuline. C'est grâce à ce mécanisme que le taux du sucre dans le sang est fixe. Chez un diabétique, ce mécanisme ne fonctionne pas pour deux raisons : — Le pancréas ne fabrique pas de l'insuline en quantité suffisante. — Les tissus sont devenus insensibles à l'insuline, c'est l'insulinorésistance : les sucres, ne pouvant être correctement stockés, vont rester dans le sang ; leur taux va augmenter et un état diabétique s'installe.
Il existe deux types de diabète. Qu'est-ce qui les différencie ?
Il convient de préciser qu'il existe schématiquement deux grandes variétés de diabète. Le diabète de type 1 qui survient chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte jeune en général avant de 30 ans. Il est dû aux destructions brutales des cellules qui traduisent l'insuline par le propre système immunitaire de l'individu. Ce système a pour rôle de nous protéger en débarrassant l'organisme de tout ce qui lui est étranger. Chez le diabétique, ce système est déréglé dans la mesure où il considère les cellules qui produisent de l'insuline comme des cellules étrangères et il va les détruire. Ce qui caractérise ce type de diabète est la brutalité des événements avec des symptômes bruyants d'apparition brutale. Son traitement se fait par injection d'insuline. Pour le type 2, qui représente 80 à 85% des cas, il survient chez l'adulte à partir de la trentaine. Il est dû à l'action conjuguée de deux facteurs essentiels. Une prédisposition génétique, c'est-à-dire une hérédité sur laquelle viennent agir divers facteurs environnementaux, essentiellement une mauvaise hygiène alimentaire et la sédentarité. Bien souvent, les malades rattachent leur diabète à un stress ou à un choc émotionnel. Ces facteurs ne créent pas un diabète. Ils ne font que révéler la maladie qui est là, mais méconnue du patient. Cette grande latence explique aussi que dans bien des cas, les complications liées au diabète sont déjà là, alors que la maladie vient à peine d'être découverte. L'autre particularité importante de ce type de diabète est son association à d'autres pathologies, dont les plus fréquentes sont l'hypertension artérielle, l'obésité, et l'augmentation des graisses comme le cholestérol dans le sang.
Où réside la gravité du diabète ?
Un diabète négligé par le malade ou mal soigné finit au bout de quelques années par donner lieu à des complications, dont la plupart est évitable par une prise en charge correcte. En effet, un taux de sucre dans le sang qui reste élevé pendant des années va se comporter comme une eau de robinet qui contient trop de calcaire. Ce calcaire, à la longue, va finir par boucher les canalisations et réduire le débit du robinet. De même, le sucre va boucher progressivement les vaisseaux sanguins qui nourrissent différents organes du corps. Et un organe mal nourri ne va pas fonctionner correctement. Tous les vaisseaux de l'organisme peuvent être touchés par ce processus. Dans le cadre du suivi et de la surveillance d'un diabétique, les vaisseaux qu'on doit explorer régulièrement par des examens simples et peu coûteux sont ceux d'un fond d'œil, du cœur par un électrocardiogramme, des membres inférieurs par le doppler et des reins par la recherche de l'albumine dans les urines. Ces examens doivent être faits au moment du diagnostic d'un diabète de type 2, et on doit les répéter chaque année pour la plupart d'entre-eux. Le diabète et ses complications pèsent lourd sur la balance des frais attribuées au secteur de la santé d'un pays. A titre indicatif aux Etats Unis, la prise en charge de leurs 12 millions de diabétiques à occasionné des dépenses de santé évaluées en 2002 à 132 milliards de dollars, dont 90 pour les coûts directs et 40 en coûts indirectes. Je laisse le soin à vos lecteurs de faire le calcul si on devait prendre en charge, avec le même niveau de soins qu'aux USA, le million de diabétiques que compte notre pays.
Quelle est la situation épidémiologique dans le monde et en Algérie ?
Depuis quelques années, on assiste à une flambée de diabète qui progresse et continue à une allure comparable à celle d'une épidémie. Les projections de l'OMS sont inquiétantes : de 170 en 2000, le nombre de diabétiques va passer à 330 millions en 2025. Cette progression sera plus inquiétante dans les pays en voie de développement.
Quelle est la situation du diabétique en Algérie ?
En algérie des enquêtes épidémiologiques ont été réalisées. La dernière en date est Tahina, réalisée par l'INSP, qui estime la prévalence du diabète de type 1 à 12,29%. Ce pourcentage se rapporte au nombre d'Algériens âgés entre 35 et 70 ans évalué à 9 millions. Il est chiffré entre 1000 000 et 1 200 000 diabétiques en Algérie, dont une partie est méconnue. La comparaison des résultats de l'enquête de Tahina avec les enquêtes antérieures est en fait instructive. L'enquête réalisée 10 ans plutôt en 1996 à Sétif par le Pr Malek retrouve une prévalence de 8,8% dans la même tranche d'âge, soit une progression en 2006 de 3,5%. Par ailleurs, le nombre de cas de diabétiques méconnus et dépistés par des enquêtes dépasse les 50% en 1996 et 27% en 1996, traduisant par là l'amélioration du niveau sanitaire du pays.
Quelles sont les mesures qu'il convient de prendre pour améliorer la situation des diabétiques en Algérie ?
Il est aujourd'hui important d'agir sur les facteurs liés à l'environnement qui produisent l'éclosion du diabète sucré sur un terrain déjà prédisposé. Ces facteurs sont essentiellement, la mauvaise hygiène alimentaire et le mode de vie sédentaire. Ces effets débarrassés de ces facteurs liés à l'environnement ne peuvent être combattus et corrigés que si les pouvoirs publics initient et mettent en place un programme national de prévention avec deux objectifs essentiels. Eduquer la population pour que son alimentation soit saine et équilibrée et lutter contre la sédentarité en développant la pratique de l'activité physique. La mise en place de ce programme nécessite l'implication de plusieurs départements ministériels et les résultats ne seront perceptibles qu'à long terme. Le corps médical a aussi un rôle important à jouer pour dépister la maladie à un stade précoce en ciblant les sujets à risque. Comme il est important aussi d'insister sur le rôle du médecin généraliste. Il doit avoir le réflexe de demander une glycémie chez les sujets à risque, comme il a le réflexe de prendre la tension artérielle dans le cadre du dépistage de l'HTA (hypertension artérielle). Le rôle de la médecine du travail est aussi important dans le dépistage, que ce soit lors de la visite médicale d'embauche ou du check-up annuel que tout travailleur doit faire. L'objectif de la prise en charge du diabète est de maintenir la glycémie aussi proche possible des valeurs normales pour éviter l'apparition des complications qui sont plus difficiles et donc plus onéreuses. Le diabète est une affection chronique qui nécessite un traitement à vie et un suivi régulier et au long cours. Outre la surveillance médicale, le malade qui est supposé avoir reçu une éducation thérapeutique a besoin de moyens matériels nécessaires pour assurer le contrôle de sa glycémie, c'est-à-dire un lecteur de glycémie avec ses bandelettes. Il est vrai que l'Etat algérien a consenti de gros efforts en instituant les cartes pour accéder gratuitement à une large gamme de médicaments, même les plus récents, mais cet effort est incomplet, dans la mesure où certains produits sont à la charge du patient. Le traitement à l'insuline fourni gratuitement doit être accompagné de seringues et de produits désinfectants, qui sont, eux, à la charge du malade. Par économie ou faute de moyens, certains malades vont utiliser plusieurs fois la même seringue censée être à usage unique. La conséquence sera la mauvaise observance thérapeutique avec à long terme, les complications et le risque infectieux. Local ou général, le traitement coûtera très cher, la seringue à 10 DA et le lecteur de glycémie étant à la charge du patient. La formation des médecins généralistes est tout aussi un point important. Par leur place en première ligne de soins, il doit être en mesure de dépister, de diagnostiquer et de prendre en charge les diabètes, surtout de type 2, qui sont un problème de santé publique. Des formations complémentaires qualifiantes doivent être initiées comme le fait déjà le Pr Belhadj à Oran sous forme de cours intensifs de diabétologie ou comme a commencé à le faire la Société algérienne de diabétologie. L'objectif est de leur conférer une compétence pour améliorer la prise en charge de malades, afin de réduire les complications de cette maladie. Cette formation, que l'on peut intégrer dans le cadre de la formation médicale continue, peut être coordonnée avec le ministère de la Santé en fonction de ses besoins sur le terrain.


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