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QUI A TUE MATOUB ?
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 24 - 06 - 2010

Il y a 12 ans, le 25 juin 1998, était assassiné le chanteur engagé Matoub Lounés, près de son village de Tala Bounane. A ce jour le procès de ses « assassins » ne s'est pas tenu. Un des accusés de l'assassinat, Malik Medjnoun, enlevé le 28 septembre 1999 par la police politique, atrocement torturé et gardé au secret durant six mois est présenté à la « justice en mars 2000. Il est en détention préventive depuis ……11 ans !! Il observera de nombreuses grèves de la faim pour dénoncer cette injustice, mais en vain.
Douze années après cet assassinat odieux, nous publions quelques articles et documents sur cet étrange crime resté impuni. AFIN QUE NUL N'OUBLIE !
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L'AFFAIRE LOUNES MATOUB
In Algeria-Watch http://www.algeria-watch.org/farticle/matoub/matoubfilm.htm
Documentaire diffusé le 31 octobre 2000 à 20h 30 sur canal plus
(enquête de Michel Despratx, Jean-Baptiste Rivoire, Lounis Aggoun, Marina Ladous)
Déclaration RCD
Tortures, massacres, attentats islamistes. depuis 1992, la deuxième guerre d'Algérie a fait officiellement plus de 120 000 morts.
Des morts souvent sans visages, des crimes sans coupables.
Alors à qui et à quoi sert toute cette violence?
Depuis huit ans, le pouvoir algérien affirme que seul, les islamistes sèment la terreur…
…mais aujourd'hui, beaucoup d'algériens ne croient plus à cette thèse. Ils soupçonnent les militaires d'attiser la violence, de planifier eux mêmes des attentats pour terroriser la population et conserver le pouvoir…
- « Pouvoir assassin! »
TIZI-OUZOU 26/6/98
Parmi les 120 000 assassinats, nous avons choisi d'enquêter sur celui d'un artiste, un rebelle, un symbole, Le chanteur kabyle Lounes Matoub.
S/T : « A BAS L'INTEGRISME, A BAS LES CORROMPUS, VIVE TAMAZIGH » (LA LANGUE BERBERE)
Incontrôlable, Matoub dérangeait les islamistes et les militaires.
Lors des émeutes de 1988, déjà, un gendarme avait tenté de l'assassiner d'une rafale de kalachnikov…
Le 25 juin 1998, il est à nouveau mitraillé sur une petite route de Kabylie mais cette fois, il ne se relève pas.
Officiellement, Matoub a été tué par les islamistes des GIA.
Mais a son enterrement, une partie des Kabyles est convaincue que c'est le pouvoir qui l'a tué.
TAOURIT MOUSSA 28/6/98
« Pouvoir, assassin! »
Cet air, c'est celui de l'hymne national algérien. Dans une ultime provocation, Matoub le rebelle l'avait détourné contre le régime.
ILS ONT REPEINT L'ALGERIE AUX COULEURS DE LA RELIGION ET DU PANARABISME, TRAHISON, TRAHISON, TRAHISON
Le lendemain de l'attentat, à Tizi-Ouzou, les jeunes s'en prennent aux symboles du régime.
En 48 heures, c'est toute la Kabylie qui s'embrase.
Sur l'arrêt de bus du lieu de l'attentat, une main anonyme dénonce des « terroristes avec ordre de mission », autrement dit des tueurs ayant agi sur ordre de la sécurité militaire.
Ou est la vérité? qui tue en Algérie? dans un pays ou les journalistes étrangers trop critiques n'ont plus de visa, c'est le règne de l'opacité et de l'arbitraire.
Après l'assassinat de Matoub, le premier à mener l'enquête est un habitant de son village. Avec un petit magnétophone, il va recueillir les témoignages des habitants du secteur de l'attentat.
Dans les semaines précédant l'opération, certains d'entre eux avaient surpris des militaires en train d'effectuer d'étranges repérages sur la route ou Matoub sera mitraillé. En France, nous avons pu récupérer la cassette de ces enregistrements.
IMAGES MADJID KHELOUI
HOMME: Depuis des mois que la SM a étudié le terrain, un officier de la SM connu venait chaque jour faire son petit footing le long de la route. Dans la région, tout le monde le connaît, il travaille à la caserne de Tizi-Ouzou.
FEMME: « Depuis 6 mois, ils rodaient dans les alentours de Tala Bounane, ils nous faisaient peur. ils cognaient aux portes vers 9 ou 10h du soir. Ils essayaient de nous effrayer, ils se faisaient passer pour des islamistes. Ils portaient barbes et perruques, ils étaient sales, mais tous les habitants de Tala Bounane savaient qu'il s'agissait de gens de l'Etat, de la sécurité militaire ».
HOMME: il y a chez nous des citoyens honnêtes qui ont signalé cela à la gendarmerie, à maintes reprises: ils leur ont signalé la présence d'étrangers armés se promenant en plein jour dans le secteur. On voulait savoir ce qu'ils faisaient là. Mais les gendarmes nous ont répondu que ces individus ne nous avaient rien fait et qu'il fallait leur foutre la paix ».
Renvoyés par les gendarmes, les habitants décident de faxer un appel au secours aux autorités algériennes, à Amnesty international, et à certains médias français. Nous sommes trois jours avant l'assassinat.
Le matin de l'attentat, 25 juin au matin, les craintes des habitants de Tala Bounane se confirment, les militaires sont partout:
HOMME: Juste avant de tuer Matoub, ils sont passés nous dire de ne pas sortir de chez nous. Ils ont dit: « on prépare un ratissage, ne sortez pas ». C'était des militaires.
HOMME: Vers midi, juste avant l'assassinat, ils ont dévié la circulation (au niveau de Beni-Aissi) et à Tala Bounane. quand Matoub est arrivé, par contre, ils l'ont laissé passer par la route habituelle.
GAMIN: Après l'avoir tué, ils l'ont sorti de la voiture et ils l'ont filmé. Un peu plus tard, je les ai revus avec des tenues militaires.
De passage à Paris, la mère de Matoub nous confirme ces témoignages, et notamment l'étrange manège des gendarmes du secteur.
NA ALDJIA (MERE DE LOUNES MATOUB)
Les habitants de la région sont venus me dire qu'on leur avaient ordonnés de rester chez eux car il y allait y avoir un ratissage. On leur a dit de ne pas sortir. C'était la gendarmerie.
MALIKA MATOUB (SŒUR DE LOUNES MATOUB)
J'ai été voir la gendarmerie de Beni Douala pour savoir où ils en étaient dans l'enquête et j'ai constaté que toute la brigade avait été mutée.
Les nouveaux, ils m'ont dit « pourquoi tu veux une enquête? l'affaire est classée »
ARCHIVES
En Algérie, aucune caméra étrangère ne peut travailler sans être surveillée par l'armée ou la police. On décide de partir incognito, comme des touristes.
Nous arrivons sur le lieu ou Matoub a été assassiné. Notre chauffeur de taxi s'en souvient parfaitement.
- LOUNIS: c'est ici qu'est mort Matoub?
- TAXI: oui, ils sont venus par là et ils l'ont braqué.
- C'est qui, qui l'a tué?
- C'est le pouvoir…
- Que dieu ait son âme
Nous voici sur le lieu de l'attentat. Dans notre équipe, Lounis est kabyle, celle qui filme, c'est Marina, elle a une caméra dans son sac…
Leur but: retrouver des gens qui auraient assisté à l'assassinat…
- LOUNIS: Bonjour!
- HOMME: que cherchez-vous?
- LOUNIS: on s'est arrêté à côté de la tombe, là ou il a été tué. On fait un petit tour pour essayer de comprendre comment cela s'est passé…
C'est dans cette forêt, qu'ont du se cacher les terroristes!
- HOMME: tu parles!
- LOUNIS: Comment cela?
- HOMME: ils ne se sont pas cachés ici, ils sont arrivés par la route. Cela s'est passé vers une heure.
- LOUNIS: c'était pas le soir?
- HOMME: Vers une heure de l'après midi,
- LOUNIS: en plein jour!
- HOMME: on était là, il faisait si chaud que personne ne songeait à sortir…
- LOUNIS: vous les avez vus, alors, comment cela s'est passé?
- HOMME: on n'a pas vu, mais…
Notre témoin sait manifestement des choses, mais il est méfiant.
- Bonjour, on s'est arrêtés pour voir où ils avaient descendu Matoub.
- Ah, oui! que dieu ait son âme, ils l'ont tué, ils nous ont trahi.
- Ils l'ont pas raté, hein, les terroristes!
- Tu peux pas savoir si c'est eux, même moi je sais rien.
- Ah bon, mais on a dit que c'était des terroristes!
- Et vous êtes prêts à le croire? personne ne sait.
- Ah? Qu'est ce que vous voulez dire?
- On a peur, mon fils. On a peur de notre ombre…
24h après ces premiers contacts, la confiance s'installe avec certains habitants, on nous oriente vers deux témoins directs. Ils ont vu les tueurs, ils ont peur de témoigner, on leur garantit l'anonymat.
- J'attendais quelqu'un sur la route, et là dessus, j'ai entendu un grésillement de talkie-walkie. Je me suis retourné, et j'ai vu des hommes descendre de l'oliveraie. Ils étaient 7. J'ai fait semblant de ne pas les voir…
- JO: Ils passent par là, les terros, d'habitude?
- Non, ils passent par la route normale, jamais par la forêt.
- Et pourquoi vous pensez que ce n'était pas le GIA?
- Parce que les GIA du coin, ils sont connus. Si c'était eux, j'en aurais reconnu au moins un ou deux!
Notre deuxième témoin ne veut pas que son image apparaisse, mais elle confirme l'implication de l'armée dans l'attentat.
- Il y avait un camion de l'armée. Je vous en supplie, ne me dénoncez pas, j'ai des enfants. Après l'assassinat, les assaillants sont repartis en longeant ma maison. Ils sont descendus sous la route et là, j'ai rien compris, ils sont remontés habillés en tenue militaire.
Nos témoignages se recoupent: ce sont bien des militaires qui ont assassiné Matoub.
Pourquoi l'armée aurait-elle tué l'un des plus grands chanteurs kabyles?
Pour l'éditeur François GEZE, un spécialiste de l'Algérie, l'assassinat de Matoub visait probablement à déstabiliser par la violence le président de l'époque, Liamine Zéroual.
A cette période, un conflit très dur l'opposait aux généraux qui dirigent le pays.
François Gèze (EDITIONS LA DECOUVERTE)
- Il est très simple, ce conflit entre Zéroual et les généraux. Il a voulu s'émanciper. Il y a eu beaucoup de messages: des assassinats, mais surtout les massacres dont on a la preuve aujourd'hui qu'ils ont été commis par des militaires pour bien montrer que Zéroual ne contrôlait rien.
- L'assassinat de Matoub visait-il lui aussi à déstabiliser Zéroual?
C'est ce qu' affirme depuis deux ans un officier déserteur de l'armée algérienne. Porte parole d'un groupe d'officiers dissidents, il a crée sur Internet un site qui inquiète les généraux d'Alger.
WWW .ANP.ORG
Au moment du meurtre de Matoub, le « colonel ALI » travaillait au ministère de la défense. Il était au courant des opérations spéciales des militaires.
Selon lui, l'armée cherchait à l'époque à provoquer des révoltes en Kabylie pour justifier un coup d'état contre le président Zéroual…
« COLONEL ALI » (MOUVEMENT ALGERIEN DES OFFICIERS LIBRES)
- Il fallait mettre la région à feu et à sang, il fallait mobiliser la région. Quels que soient les moyens.
Toujours selon Ali, pour mobiliser la Kabylie, les généraux auraient fait appel à leur homme de confiance dans la région, Norredine Ait Hamouda, le chef des milices anti-islamistes de Kabylie.
- COL ALI : Hamouda saute sur l'occasion… La mobilisation c'est mon affaire, je sais comment faire bouger la région. 18″00
Selon notre officier déserteur, c'est lors d'une réunion en présence d'Hamouda, que la décision aurait été prise d'exécuter Matoub.
Si Matoub n'était pas dispo, ils auraient tué Ferhat Mehani, sinon, ils auraient tué Menguelet ou Idir. Une personnalité kabyle.
L'accusation est grave, nous contactons Hamouda
PAR TELEPHONE NORREDINE AIT HAMOUDA (DEPUTE RCD DE TIZI-OUZOU)
- S/T : « Je savais que vous alliez m'appeler!
- Ah, bon, comment vous le saviez?
- Eh bien, vos services travaillent chez nous et les nôtres, ils travaillent chez vous, qu'est-ce que vous croyez?
A Hamouda, nous parlons des accusations du colonel Ali.
- Le bonhomme qui a écrit cela, cette fameuse réunion, bon, je ne me souviens plus où j'étais. Bon, bref, à supposer qu'on l'ai tenue, donc il était avec nous?
- ou alors il a écouté des enregistrements?
- Ah, parce qu'en plus, il y avait des enregistrements? Vraiment, les flics français sont forts, hein?
- vous vous en souvenez, de cette réunion, ou pas?
- arrêtez vos conneries, vraiment, vous êtes mal barré avec moi ».
Etrange coup de fil.
Qui est vraiment Hamouda? au printemps 98, une équipe de l'agence CAPA l'avait filmé dans son fief kabyle. Chef de milice, Hamouda est puissant. Dans sa région, il a même le pouvoir de remplacer les gendarmes officiellement chargés de surveiller les journalistes français.
« LE VRAI JOURNAL » 26/4/98
Chef paramilitaire, Hamouda est aussi député du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, un petit parti kabyle que Matoub avait critiqué publiquement.
Sur son dernier album, il dénonçait notamment les « laquais serviles d'un régime dictatorial », une attaque qui, selon les proches de Matoub, visait les dirigeants du RCD.
Sur un de ses cahiers que nous avons pu consulter, le chanteur avait même écrit des textes encore plus violents, véritables brûlot qu'il s'apprêtait à chanter sur scène.
Hamouda a-t-il tué Matoub ? Certainement pas. En revanche, tel un rouage du complot, on le retrouve très impliqué dans les évènements qui précèdent et qui suivent l'assassinat du chanteur.
Ainsi, avec le RCD, il a joué un rôle déterminant pour faire revenir Matoub en Algérie quelques jours avant son assassinat.
Fin 1997, Hamouda avait en effet proposé à Nadia, l'épouse de Matoub, de lui obtenir un visa pour la France. Mais au lieu de lancer les démarches, il avait étrangement conservé son passeport pendant plus de 7 mois. Furieux, Matoub avait du revenir en Algérie pour demander des comptes au RCD…
NADIA MATOUB (VEUVE DE LOUNES MATOUB)
- Ce qui était choquant, c'est qu'il ne pouvait même plus les avoir au téléphone. Il appelait Saadi, il ne l'obtenait pas. Matoub était bloqué avec moi.
Bloqué en Algérie, Matoub va tomber dans l'embuscade mortelle.
Dans les minutes qui suivent l'assassinat, c'est Hamouda, toujours lui, qui appelle Malika, la sœur de Matoub, et les médias pour mettre l'attentat sur le dos des GIA.
25/6/98
Tout le monde répète la version communiquée par Hamouda, député RCD de Tizi-Ouzou…
En quelques jours, grâce aux interventions d'Hamouda, la France est convaincue que les assassins de Matoub, ce sont les islamistes. Hamouda est content, il recontacte Malika pour la féliciter d'avoir propagé la version officielle sur France 3.
Malika MATOUB (SŒUR DE LOUNES MATOUB):
- « Lors de la discussion, il m'a dit, de toute façon, ton intervention lors de l'assassinat a été appréciée à un haut niveau militaire et quand tu vas rentrer en Algérie, je vais te les présenter. Moi, j'ai dit: je ne mange pas de ce pain là, Lounes n'a jamais été proche d'eux. Là, il m'a donné une tape sur l'épaule et il m'a dit: « dans tes interventions, arrête de parler du pouvoir… »
Si Hamouda s'inquiète, c'est qu'en Kabylie, une partie de la population continue à accuser le pouvoir. Dans sa chambre de l'hôpital de Tizi-Ouzou, Nadia, la jeune épouse de Matoub qui échappe par miracle à l'attentat commence elle aussi à exprimer des doutes. Début juillet, elle se confie à la mère de Lounès Matoub.
Na Aldjia (MERE DE LOUNES MATOUB):
- Elle m'a dit: « c'est des gens de l'état, mais ne le répète pas, sinon, ils viendront m'achever ici, à l'hôpital »
Dans les jours qui suivent ces confidences, la police va voir Nadia à l'hôpital. Officiellement, il s'agit de recueillir sa version de l'attentat mais quand elle signe sa déposition, une phrase a été rajoutée.
- NADIA: Lorsqu'ils sont revenus pour que je signe le PV, il y avait un tiret, une conclusion qui disait que c'était le GIA.
Ma sœur était là, je lui ai chuchoté « je fais quoi », puis j'ai signé pour ne pas avoir de problèmes.
Alors que c'était pas moi qui avait dit cela.
Le 6 août 1998, Nadia sort de l'hôpital et va se recueillir sur le lieu de l'attentat.
A l'époque, elle et ses sœurs se sentent menacées, elles cherchent désespérément à fuir vers la France.
Le RCD, de plus en plus soupçonné d'avoir trempé dans l'attentat, leur propose un marché: des visas pour Paris en échange d'une conférence de presse accusant les GIA.
Nadia MATOUB (VEUVE DE LOUNES MATOUB):
NADIA: J'avais une déclaration préliminaire à lire, écrite par quelqu'un du RCD, je répétais bêtement.
OUARDA: donc elle a fait la conférence de presse et on a eu nos visas. C'est comme cela que cela marche.
NADIA: la seule chose qui comptait pour nous, c'était de sortir d'Algérie…
Malgré cette conférence de presse de Nadia, une partie de la Kabylie reste convaincue que c'est la sécurité militaire qui a assassiné Matoub.
Du coup, en juin 1999, la télé d'Etat sort la grosse artillerie: un long documentaire entièrement destiné à innocenter les militaires.
Ce film n'ayant pas convaincu grand monde, les autorités algériennes vont présenter à l'opinion un nouveau coupable: Hakim Chenoui, un jeune islamiste kabyle qui vient d'abandonner le maquis.
Quelques jours après sa reddition, sa famille reçoit la visite de policiers Etrangement, Hamouda les accompagne. Et c'est lui, Hamouda, qui prévient la famille que Hakim restera quelques temps en prison…
OMAR CHENOUI (FRERE DE HAKIM CHENOUI) :
- En sortant, il m'a dit tu sais, mon nom est cité sur Internet, j'ai besoin de ton frère comme témoin…
(SŒUR DE HAKIM CHENOUI) :
- Mon frère n'a rien à voir avec cette affaire. D'ailleurs, heureusement que les parents de Matoub l'ont compris. Ils l'ont même dit publiquement.
- Après, le 6 mars, je l'ai vu à la prison de Tizi et il m'a dit qu'il avait été torturé. Ils ont fait une cassette pour lui faire dire que c'était lui qui avait tué Matoub.
Ecœurée, la famille Chénoui dénonce dans la presse les étranges méthodes d'Hamouda. Une plainte est même déposée contre lui…
LE SOIR D'ALGERIE 26/10/99
- Ce qui m'a poussé à porter plainte contre Hamouda, c'est que je me demande pourquoi il est venu avec mon frère: en qualité de quoi? gendarme, policier, sécurité, ou quoi?
Lors d'une récente reconstitution de l'attentat, le fils de la famille Chenoui a pu confirmer son histoire à Malika Matoub, la sœur de Lounes.
MALIKA: il m'avait dit texto qu'il avait été torturé et que ses aveux avaient été filmés par une caméra.
Chenoui a-t-il été torturé? A-t-on voulu lui mettre sur le dos l'assassinat de Matoub? on rappelle Hamouda…
- Vous connaissez Chenoui? Malika dit qu'il a été torturé!
- Il a qu'à le dire au procès! Le jour du procès, il va pas être torturé, j'espère!
D'un coup, Hamouda change de ton, il va tenter de nous intimider.
- Je vous connais, votre nom, votre femme, tout cela…
De toute façon, vous êtes mal barrés, vous êtes un minable. Je vais vous faire un procès, je me ferais un plaisir de vous faire condamner.
(Il raccroche au nez)
Après Hamouda, nous avons contacté officiellement les généraux algériens mis en cause dans l'affaire Matoub. Aucun n'a accepté de nous répondre…
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Le pouvoir a-t-il participé à l'assassinat du chanteur kabyle Matoub Lounès, en 1998? Enquête sur une instruction fantôme
Enigme à l'algérienne
Qui a commandité, qui a manipulé les assassins de Matoub Lounès, héros kabyle disparu le 25 juin 1998? Qui sont ces «coupables» qu'on exhibe à la télévision, ou qui disparaissent sans laisser de traces? «Libération» a enquêté: le dossier d'instruction est presque vide, et des secteurs proches du pouvoir semblent impliqués.
Par FLORENCE AUBENAS ET JOSE GARÇON
Libération, Le mercredi 26 janvier 2000
Les ongles manucurés, le jeune homme en tee-shirt Chevignon se présente poliment à l'écran comme un «membre du GIA» et raconte sans façons comment son commando tendit l'embuscade mortelle contre le chanteur Matoub Lounès, le 25 juin 1998. «On a décidé le matin cette action quand on a vu qu'il descendait en voiture à Tizi Ouzou.» Se revendiquant de la même équipe, surgit ensuite un dénommé Saïd qui explique, lui, que «l'embuscade était préparée depuis une semaine». Libres, bien nourris, ils énumèrent une liste de sept personnes qui seraient «dans le coup». C'est en regardant ce documentaire à la télévision nationale algérienne, où même la météo ne se prévoit pas sans l'aval du pouvoir, que des magistrats en charge du dossier Matoub Lounès ont appris l'existence de ces «coupables». Depuis la mort du chanteur chéri de Kabylie, qui mit la région au bord de l'émeute, au moins une dizaine d'«islamistes», morts ou vifs, ont ainsi été présentés comme ses assassins.
Il y a quelques semaines encore, aucune enquête, aucun interrogatoire de ces hommes ne figurait au dossier d'instruction. Il n'y a pas de rapport d'autopsie, ni d'analyse balistique. Ni de reconstitution.
En Algérie, ce déferlement de coupables n'a pas surpris. En neuf ans de violences, on s'est habitué à l'opacité. L'assassinat de Lounès ne fait pas exception.
Mais cette fois, il y a un grain de sable. Il s'appelle Malika Matoub et personne ne l'avait vu venir. Juste après le meurtre de son frère, elle déclarait, catégorique: «Matoub est victime de l'islam baathiste et de sa version armée: le terrorisme islamiste.» Aujourd'hui, avec sa mère, elle anime une fondation qui s'est fixé pour but de «connaître la vérité». Dans son appartement parisien, Malika s'énerve: «Cessons de trouver de faux assassins. Nous n'accepterons pas un simulacre de procès destiné à tromper l'opinion et à clore le dossier. Nous exigeons une véritable enquête.» Depuis l'Algérie, un message lui est parvenu en décembre, transmis à un proche par des inconnus masqués: «Ne t'en mêle plus.» En vain. L'affaire Matoub est en train de devenir l'histoire d'un impossible enterrement.
Années 80, un révolté kabyle
C'était en juin 1998. Matoub est à Paris. Il vient de terminer l'enregistrement de son dernier disque. Il rentre à Taourirt-Moussa, son village près de Tizi Ouzou, dans cette maison de montagnard kabyle dont il a fait la plus belle du village. «Sa porte était toujours ouverte. Il trimballait tous les fous du village dans sa Mercedes. Il aimait avoir du monde autour de lui», raconte Fodil. Né dans la maison à côté, il est l'ami d'enfance, le confident. Il se souvient de chaque date: 1979, le premier disque de Matoub et, tout de suite, le succès. Dans sa région, Lounès devient beaucoup plus qu'un chanteur, le symbole d'une forme très algérienne de révolte contre le système, plus viscérale que politique. «Dans la rue, des gens l'imitaient, raconte Mohamed, un de ses copains de Taourirt-Moussa. Ses sorties provoquaient de petites émeutes. Avant chaque manifestation d'envergure, la police venait lui chercher des histoires pour qu'il la ferme.»
Avec l'émergence du MCB (Mouvement culturel berbère) au début des années 80, Matoub chante, défile, défie le pouvoir du parti unique qui impose la monoculture arabo-musulmane. Au-delà de la contestation du régime, Lounès est consumé par une cause: la reconnaissance de la langue et de la culture kabyles. «Tête brûlée, il aimait la provoc, aller trop loin, reprend Mohamed. Dès qu'il voyait un flic, il accélérait. Il n'y avait que lui pour se permettre ça. Il y avait un côté sacrificiel chez lui.»
En octobre 1988, alors qu'Alger est paralysée par des manifestations de jeunes, Lounès est interpellé à un barrage en Kabylie pendant qu'il distribue des tracts appelant au calme. Les gendarmes s'agitent. «Retenez vos chiens», assène Lounès à leur chef. Cinq balles, tirées à bout portant, en feront un grand blessé à vie.
En 1991, le Front islamiste du salut gagne les élections. Lounès en pleure. Il prend position au côté du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), où se retrouve une fraction des militants berbères du MCB et qui s'oppose à toute «solution politique» de la crise, prônant une guerre totale contre les maquisards islamistes. Depuis toujours, les armes, la violence font partie de son univers. Désormais, il ne sort plus sans sa kalachnikov. «Il fonctionnait aux tripes et c'est tout. Matoub n'était pas un militant classique, un homme d'appareil», raconte Fodil.
1994, les ombres d'un enlèvement
En 1994, en Kabylie, alors que Lounès boit une bière dans un café, il est enlevé, séquestré puis relâché par un commando armé. Attribuée officiellement aux GIA, cette action est restée entourée d'ombre. L'évoquer, c'est rallumer cette polémique: qui fait quoi? qui manipule qui? La version la plus souvent avancée aujourd'hui, même dans les cercles du pouvoir, évoque des maquisards bien réels mais manouvrés dans l'ombre par des «ultras» de la cause berbère qui veulent se doter d'un martyr. «Convaincu au départ qu'il avait bien été victime de terroristes agissant au nom de l'islam, Matoub est devenu très susceptible sur cette affaire», reprend Fodil. «Il ne voulait plus en parler. Alors qu'il mettait toute sa vie en chanson, il n'en a jamais consacré une à cet événement. Cela restait comme une douleur, comme s'il n'était plus si sûr de ce qui s'était passé. Mais le remettre en question lui aurait semblé un reniement.» Matoub en gardait une amertume. «Je suis une grenade dégoupillée, aime-t-il répéter. J'explose aux mains de ceux qui croient me contrôler.»
Quatre ans plus tard, en juin 1998, le chanteur tient à être au pays pour la sortie de son album: un concentré de Matoub avec, en prime, une version iconoclaste de l'hymne national. Même la date de sortie est une provocation: le 5 juillet, anniversaire de l'indépendance, la loi sur l'arabisation entre en vigueur. Concession aux islamistes modérés alliés au pouvoir, ce texte interdit l'usage du français dans l'administration, jusque-là bilingue. En Kabylie, toute mesure en faveur de la suprématie de l'arabe fait hurler: on s'attend à une vague de protestations.
Mais cette fois, le climat est beaucoup plus trouble. Selon le Maol, un groupe d'officiers dissidents de l'armée réfugiés à Madrid et visiblement bien renseignés sur les rouages de l'Etat, des rencontres secrètes auraient eu lieu entre de hauts dirigeants du RCD – parmi lesquels Norredine Aït-Hammouda – qui trouvent les autorités trop conciliantes face à l'islamisme et des généraux partageant les mêmes vues. Au cours d'une de ces réunions, se serait élaboré le projet d'un de ces coups d'Etat tordus, tout de bluff et manipulation, comme il s'en trame à chaque fois que la guerre des clans s'exacerbe au sommet de l'Etat. Des gradés, dont le Maol cite les noms, auraient affirmé que, si la direction de l'armée n'apprécie pas la loi d'arabisation, elle ne peut s'y opposer ouvertement et il serait plus habile que la mobilisation parte de la population elle-même. La Kabylie, en pleine effervescence à cause de cette loi, paraît le terrain le plus favorable. S'en prendre à l'un des symboles de la culture berbère serait une provocation susceptible d'allumer la mèche. Durant cette réunion, un dirigeant du RCD aurait affirmé qu'il se charge d'enflammer la Kabylie. Sans autre précision. Ces informations, diffusées par le Maol sur l'Internet, n'ont été ni démenties ni confirmées par le RCD, qui a refusé de nous répondre.
Ce 21 juin 1998, attablé avec Matoub dans un bistro près de Tizi, Fodil, l'ami de toujours, reste perplexe. «Je ne l'avais jamais vu comme ça. Lui qui ne craignait jamais rien, il avait peur. Il se sentait suivi, parlait comme en langage codé, avec des phrases du genre: « Je me suis rendu compte de beaucoup de choses »»… Fodil poursuit: «Je lui ai dit: quitte le pays.» Matoub s'obstine. Un problème privé le retient aussi. Il vient de se marier. Nadia a 20 ans. «Je venais d'avoir mon bac, raconte-t-elle. Je suis allée demander un autographe à Matoub.» «Il en est tombé amoureux fou. Il se sont mariés six mois plus tard», reprend Mohamed.
Le chanteur veut faire connaître Paris à sa jeune femme. Dès décembre 1997, pour lui obtenir un visa, il se tourne vers ses copains du RCD, notamment Saïd Sadi et Norredine Aït-Hamouda. En Kabylie, c'est quelqu'un. Fils du colonel Amirouche, héros de la guerre d'indépendance, ce député dirige aussi l'une des plus grosses équipes de «patriotes», ces milices de civils armés par les autorités. Alors qu'il faut quarante-huit heures à une personnalité politique pour obtenir un visa de court séjour, les intermédiaires ne semblent guère pressés. «Lounès pensait qu'on le faisait lanterner exprès. Il en était obsédé», raconte Malika, la sour. De son côté, Nadia renchérit: «Ils avaient mon passeport… Cette histoire nous bloquait. J'avais l'impression d'être prisonnière. Matoub appelait presque tous les jours ses copains [du RCD] pour savoir où ça en était. Il raccrochait furieux: « Demain je vais leur faire un scandale et leur bousiller leur local. » Et puis il se calmait.» Le couple s'enferme dans la peur. Et le visa n'est toujours pas là… «On n'arrêtait pas de parler de cela avec Lounès. Qu'est-ce que ça cache? Est-ce volontaire?»
25 juin 1998, embuscade près de Tizi Ouzou
Le 25 juin, Matoub veut faire plaisir aux deux sours de sa femme: on ira déjeuner au Concorde, le grand restaurant de Tizi Ouzou. A 10 h 30, la Mercedes noire et ses quatre passagers quittent Taourirt Moussa. Il n'y a que deux routes. Au hasard, la voiture prendra l'une à l'aller, l'autre au retour. A table, Matoub est dans un jour noir, nerveux. Tout le monde repart sitôt le repas avalé. Généralement, à cette heure-là, la circulation est plutôt chargée. Cette fois, la Mercedes ne croise qu'un ou deux tracteurs. «Quand on s'en est rendu compte, il était trop tard», se souvient Nadia, la jeune veuve. Dans un tournant, à 150 mètres du village de Talat Bounane, des coups de feu retentissent. Sur la carrosserie, on relèvera 78 impacts de balles. Matoub est touché de 7 balles, dont 2 mortelles.
La gendarmerie n'est qu'à 7 km (mais 2 km à peine à vol d'oiseau). Pourtant, les six officiers de Beni Douala arrivent largement après les faits. «En haut de la route et sous les arbres de la forêt, nous avons trouvé le repaire du groupe terroriste, aménagé pour stocker du fuel», notent-ils dans leur rapport. Les gendarmes constatent l'utilisation de voitures dans l'opération, mais aucun barrage n'est dressé. Ils ne cherchent pas à poursuivre les assassins, mais n'hésitent pas à les nommer dans leur PV: «Un groupe terroriste armé», expression habituelle désignant les islamistes. Le même jour, une radio française diffuse les propos de Norredine Aït-Hammouda: lui aussi met en cause les islamistes. En Kabylie, une foule en furie occupe les rues, assiège l'hôpital où se trouve le corps. Pour des dizaines de milliers de personnes, l'identité des assassins de Matoub-le-héros ne fait pas de doute. Ils crient: «Pouvoir assassin!» Les édifices publics sont attaqués. Saïd Sadi, président du RCD, veut prendre la parole, les huées l'en empêchent. Impuissant, il se tourne vers Malika Matoub, arrivée de France en catastrophe. Elle tire en l'air pour calmer les esprits. «Pour moi, à ce moment-là, il n'était pas question de remettre en question la version officielle.» La Kabylie vacille trois jours au bord de l'émeute. Puis se calme.
Les mystères d'une non-enquête
A Talat Bounane, lieu de l'embuscade, une poignée de villageois commence à parler. Ou plutôt à murmurer. Les mots coûtent cher en Algérie. Tous se souviennent que, trois jours avant les faits, ils avaient adressé une pétition aux autorités pour signaler «un groupe d'individus rôdant depuis plusieurs soirs vers 21 heures avec des kalash et des grenades». Ils avaient aussi remarqué des voitures visiblement en repérage et un groupe de trois civils armés menant des opérations au même endroit. Le matin même de l'assassinat, vers 11 heures, les gendarmes de Beni Douala ont fait le tour des habitations. Aux commerçants, ils demandent de fermer. A tous, ils ordonnent de ne pas sortir ou, mieux, de quitter le secteur, affirmant qu'il va y avoir des «opérations». Après le meurtre, dans la petite cache des agresseurs, les villageois trouvent tout un matériel de camping. Rien n'a été saisi. Sur l'autre voie menant à Taourirt Moussa, une embuscade avait aussi été tendue. Les deux routes étaient sous contrôle, un travail de professionnel: Matoub n'avait aucune chance. Les plus courageux des villageois décident d'aller témoigner à la Brigade. Ils ne sont pas reçus. Cinq jours après, les six gendarmes sont mutés. Et les trois hommes armés meurent dans un guet-apens.
Officiellement, on entend seulement le témoignage des trois femmes à bord. Embrouillés, sous le choc, leurs propos n'éclaircissent pas vraiment le déroulement de l'embuscade. Mais toutes trois ont une certitude, celle d'avoir distinctement entendu les tueurs lancer: «Allah o'Akbar», la «signature» des islamistes. Mais ce cri leur semble manquer de spontanéité. «Avant de s'enfuir, l'un d'eux s'est retourné et de loin, comme s'il avait oublié, il a crié « Allah o' Akbar »», précise aujourd'hui Farida, une sour de Nadia. C'était comme un mot de passe, lancé pour qu'on le répète.» A l'hôpital où Nadia reste plus d'un mois, la police lui présente un procès-verbal de ses déclarations accusant les GIA. «Je n'ai jamais dit cela mais j'ai signé. J'avais peur, je me méfiais même des infirmiers.»
A Taourirt-Moussa, la Mercedes 310 noire n'est pas mise sous séquestre mais rendue à la famille. La police n'a pas pris la peine de ramasser les douilles, du 9 mm, du 7,62 et du 39, qui jonchent encore l'intérieur. Des morceaux de cerveau maculent le cuir du siège, côté conducteur. Malika Matoub s'interroge: les deux balles mortelles ont été tirées à bout touchant. Elle réclame des expertises mais se heurte à un mur. «C'est là que j'ai commencé à douter.»
Ses avocats approchent les magistrats de Tizi Ouzou en charge du dossier, pour déposer une constitution de partie civile. Les juges les évitent. Mille chicaneries de procédure se dressent. Parallèlement, un émissaire du pouvoir prend contact avec Malika pour lui proposer «réparation». Une indemnisation au titre des «victimes du terrorisme» lui sera accordée dans les plus brefs délais si elle en fait la demande. Une sorte de marché tacite: à elle l'argent, aux autres le classement d'une histoire trop dérangeante. Malika refuse.
En octobre 1998, quatre mois après le meurtre, Nadia et ses deux sours sont entendues par le juge d'instruction pour la seule et unique fois. Ouarda affirme être sûre de pouvoir reconnaître au moins deux des agresseurs. «Le juge a fait comme si elle n'avait rien dit», se souvient Nadia. Installée en France, elle n'est jamais retournée en Kabylie.
Un nouveau «coupable» disparaît
Il y a quelques semaines, une nouvelle arrestation a eu lieu en Kabylie: celle d'Abdelhakim Chenoui, un repenti qui s'était rendu. Après un mois au commissariat, il pousse la porte de la maison familiale à Tizi Ouzou. Sale, amaigri, il a visiblement été torturé. «Abdelhakim est l'un des assassins de Matoub Lounès», glisse l'un des cinq civils de l'escorte. Parmi eux, se trouve Norredine Aït-Hammouda. «C'est grâce à moi que vous pouvez voir votre fils», assure-t-il tandis que le jeune homme est à nouveau embarqué. Depuis, la famille est sans nouvelles. Elle a essayé de faire passer un communiqué dans la presse pour retrouver sa trace. Seuls, deux journaux ont accepté. Le lendemain, l'un d'eux mettait la publication sur le compte d'une erreur. Le frère d'Abdelhakim a tenté en vain de déposer plainte pour enlèvement. «C'est une affaire plus politique que pénale», a juste expliqué un magistrat. Contacté à l'Assemblée nationale algérienne le 17 janvier, Norredine Aït-Hamouda a catégoriquement refusé de nous répondre. Il fait confiance, dit-il, «à la justice de son pays».
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Témoignage de Malik Medjnoun
Disparu du 28 septembre 1999 au 2 mai 2000
Témoignage recueilli par Me Rachid Mesli à la prison de Tizi-Ouzou, 9 mai 2000
J'ai été enlevé dans la rue prés de mon domicile à Tizi-Ouzou le 28 septembre 1999 à 8h30 du matin par trois hommes armés en civil au bord d'une R19 blanche. Ils m'ont menacé de leurs armes, tiré un coup de feu et m'ont embarqué de force dans leur véhicule devant tout le monde. J'ai