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FESTIVAL INTERNATIONAL DU CINEMA D'ALGER
Publié dans L'Expression le 09 - 12 - 2012

Scène du film Tey
Tey du Franco-Sénégalais Alain Gomis et Le conte des 3 diamants du réalisateur palestinien Michel Khleifi, sont les deux films projetés samedi à Ibn Zeydoun.
Et si la mort prévenait de son arrivée, que feriez-vous? Une chance que beaucoup n'ont pas car ils ne savent pas combien de temps il leur reste à vivre. Satché, alias Saul Williams (un artiste américain) lui, sait. En gros 24h. Il rentre ainsi d'Amérique pour rendre visite à ses parents qui lui organisent une cérémonie d'adieu au foyer familial puis une autre plus grandiose à la mairie. Entre les deux, Satché qui ne parle pas beaucoup, flâne dans les rues de sa ville, à Dakar, au Sénégal.
«Mais je n'ai encore rien fait..» déclare-t-il à son oncle, laveur de corps. D'ailleurs, pour le rassurer, ce dernier va simuler sur lui ce rite mettant en gêne, vendredi dernier, à la salle Ibn Zeydoun, quelques spectateurs lors de la projection de ce film Tey, qui veut dire «aujourd'hui» en wolof. Un film qui entre en compétition dans la catégorie des longs métrages de fiction dans le cadre du Festival international du cinéma d'Alger, spécialisé dans le film engagé. Consacré meilleur long métrage de fiction à la 19e édition du Festival de cinéma africain de Cordoue et Prix spécial du jury aux JCC, le cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis signe ici son troisième long métrage après L'Afrance (2001) et Andalucia (2008). Sa nouvelle fiction qui aborde selon lui «la peur de la mort est d'abord un film sur la vie». Il est difficilement supportable de voir la mort en face. L'évoquer, passe encore, mais quand celle-ci précède la vie, cela relève du hors norme...Et pourtant, celle-ci est bel et bien présente, prête à faucher l'âme de cet homme. C'est par ricochet que l'on prend réellement conscience du temps qui passe et de la nécessité de profiter de chacun de ses instants, comme des poussière de vie infimes qui s'évaporent pourtant et que l'on voudrait attraper de nos mains. Que faire s'il nous reste donc que 24 h à vivre? Sans doute retourner à l'essentiel, revoir ses amis, sa famille...Soudain, le regard que nous portons sur l'autre peut changer. Fatalement la vie recouvre une nouvelle dimension et s'enrobe d'un nouveau goût. Mi-aigre mi-doux. Satché revoit son ex, ses vieux copains, partagent une partie de beuverie avec eux. Avec son meilleur ami, il va sillonner la ville en long et en large. Son regard est ici et là-bas à la fois. Mais à quoi pense-t-il? Satché est déjà extérieur à tout ces gens, avec leur qualité et défauts humains, à toutes ces situations, à ce vacarme intempestif de la ville qui fait notre destinée. Qu'importe, lui, il est déjà loin. Seul reste son corps qui s'aventure à regarder, inscrire une dernière fois les images des ces gens qui l'entoure, qu'il aime, à tout jamais. Un peu perdu aussi, il semble parfois végéter hors de son monde. Une vision personnelle que le réalisateur traduit par un cadrage des plus subtiles, à la limite photographique, serré et intime. Dans la rue, Satché est célébré comme un roi, on lui offre des cadeaux. Satché ne dit rien, mais prend les choses comme elles viennent. Le temps semble interminable, l'espace sensitif. La journée est longue. L'oeil de Satché fixe pour l'éternité des détails, se pose longuement sur ses enfants, le visage de sa femme, apprécie le silence de son jardin tout en humant le soleil qui vient caresser sa figure. Passé de vie à trépas, de la lumière au néant et de l'éclat à l'obscurité, est tout le génie déployé dans ce film qui s'ouvre sur l'ambiance de brouhaha que provoque le départ de Satché jusqu'à ses villégiatures solitaires dans la ville et dans le tréfonds de son âme esseulée. Puis sa dernière nuit avec sa femme... Finies les conversations, c'est toujours nu et désarmé que l'on part retrouver le Bon Dieu après notre mort. Si le film se veut farouchement existentialiste, Aujourd'hui permet, par le biais de ses ellipse personnelles, de braquer un projecteur sur la société sénégalaise confrontée à maintes malaises socioéconomiques et politiques, à travers ces manifestations et son système répressif comme c'es le cas souvent en Afrique. Tey est un film attachant qui peut lasser dans la première partie avant de reprendre de plus belle son souffle narratif et contemplatif, tout en harmonie et poésie. Un bien drôle et captivant «conte philosophique» mijoté dans une douce aura esthetique.
La vie et la mort
Mourez et vous regarderez les choses autrement, indiscutablement, avec distance et méditation. Partir, n'est-ce pas mourir un peu? Est-ce une métaphore que place le réalisateur pour mieux comprendre les siens? La vie en tout cas paradoxalement ne s'arrête pas! Même dans les pires moments. C'est le cas dans Le conte des 3 diamants du réalisateur palestinien Michel Khleifi, projeté également samedi à Riad El Feth. L'histoire d'un garçon de 12 ans, Youssef, qui vit dans un camp de réfugiés avec sa mère et sa soeur. Son père est en prison et son grand frère est aussi absent puisqu'il combat dans la clandestinité. Youssef va rencontrer Aïda qui va changer sa vie. La fillette dispose d'une imagination sans limites. Elle invente des histoires fabuleuses ou pullulent des djinns. Elle les raconte aux plus petits ainsi qu'à Youssef qui connaît ainsi un premier amour. Voilà comment Michel Khleifi parvient à nous brosser un tableau de vie, de naïveté et d'émotion qui rompt un moment avec l'ambiance délétère de la guerre sans trop s'en éloigner. Façon de dire, «La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie»...En se promenant avec un copain, Youssef assiste en outre à l'exécution de militants palestiniens par des hommes cagoulés. Une image implacable qui redoublera la détermination chez cet enfant pressé de grandir et qui signe ici le réquisitoire contre les exactions d'Israël. Un film puissamment beau et engagé.. La vie, il faut savoir en profiter, avant qu'il ne soit trop tard!


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