Au moment où on jette la pierre sur tous les organismes étatiques qui constitueraient un frein à l'épanouissement culturel et artistique dans notre pays, il y a un autre facteur et un de taille, qu'il faudra mentionner: le public! Celui-ci mériterait une claque et même une fessée, pour tant de mépris envers l'art! Quelle éducation les mamans voudraient-elles donner à leur enfants si celles-ci ne sont pas capables de se taire ne serait-ce qu'une seconde durant une projection, sans même penser aussi à faire taire leur enfants? Qui oserait après, parler d'initiatives indépendantes censées encourager la culture quand celle-ci est soit boudée et ignorée, méprisée même par la population. Le laxisme a gangrené notre société, cela est un fait comme bonjour. Le mal est bel et bien profond. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures. Le 25 décembre, à 15h, la salle de «spectacle» Sierra Maestra est transformée pour quelques jours en une salle de cinéma. Deux individus ont eu la folle idée de lancer une opération bénévole puisque montée avec zéro dinars, élément important à souligner. Il s'agit des premières Journées arabes du cinéma d'animation. Les films ont l'air intéressant. Or le son est pourri! Bien dommage! «C'est une première dans le Monde arabe», dira le président de ces journées, Riad Ouettar. Ont pris part à cette manifestation six pays (l'Algérie, le Maroc, l'Egypte, la Tunisie, la Syrie et la Palestine). Avec comme président d'honneur Djilali Beskri de la boîte Dynamic Vision, et directeur artistique, le critique de cinéma égyptien Mostepha El Kilani, cette manifestation pouvait être cent fois meilleure n'était une communication quasi inexistante, une organisation défaillante et surtout une éducation complètement à refaire de la part de ce public inculte. A se taper la tête contre le mur: très peu de public en vérité et beaucoup plus d'enfants transformant le Sierra Mestra, en pleine projection en une gigantesque crèche et les palabres et autres jacasseries de bonnes femmes en un poulailler! Triste constat. Que dire de ce jeune homme qui ne cessait de se morfondre à voix haute et se plaindre de ne pas avoir programmé... Sandy Belle! Un public surréaliste à réinventer. Au programme de ces journées, des conférences à El Jahidida dont une qui a été animée par Jilali Beskri sur son expérience dans le cinéma d'animation en Algérie, une autre animée par El Kilani et qui a porté sur la conception d'un héros au cinéma d'animation arabe. La conférence d'hier matin s'est portée sur les effets du cinéma d'animation sur les enfants, et a été animée par deux psychologues. Aujourd'hui à la clôture, le programme comprendra outre la chorale Nagham, un hommage à Djilali Beskri et à Abdelwahab Jedou Haki, un personnage très populaire connu par les enfants, une série de remise de prix et la mise en place des objectifs de ces journées. «Cette manifestation émane d'une volonté personnelle. Nous n'avons pas eu de subvention. On aimerai bien à l'avenir avoir plus de moyens pour en faire un festival digne de ce nom en présence des réalisateurs. Notre but principal était que cet événement se tienne pendant les vacances scolaires. Le problème est que nous n'avons pas de public qui ait une culture cinématographique d'où ces travers que vous relevez. La prochaine édition se fera inchallah dans une autre salle et dans de meilleures conditions techniques» souligne Riad.