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"La proximité sauvera le théâtre"
OMAR FATMOUCHE AU RENDEZ-VOUS DE LA PAROLE
Publié dans L'Expression le 10 - 01 - 2013

«Au lieu d'un théâtre avec 900 places, je voudrai bien voir une petite salle de théâtre de 200 places, à Bachdjarah et un peu partout dans les villes...»
Dans un énième rendez-vous avec la parole initié par l'Onci, la petite salle de l'Atlas, accueillait mardi le directeur du théâtre régional de Béjaïa, Omar Fatmouche. Un état des lieux assez mitigé a été souligné par ce dernier, remettant en cause l'absence de théâtre de quartier dans les villes, y compris du public, arguant que ce dernier a besoin de temps pour se familiariser de nouveau avec le chemin qui mène au théâtre. «Il ne faut pas oublier la tragédie nationale où la culture était interdite, les gens étaient menacés et les sièges des théâtres piégés». Abordant l'aspect des limites de la traduction théâtrale en Algérie, Omar Fatmouche dira que le quatrième art algérien s'est littéralement «cassé les dents» avec de mauvaises traductions qui ne cadrent pas avec l'authenticité des textes. Or, selon lui, «je préfère adapter en fonction de la réalité que je veux traduire. S'il faillait ramener des comédiens de France pour jouer, je les ramènerai. Aujourd'hui l'état nous donne de l'argent. Il faut le dépenser à bon escient... Mais parfois on est tentés par le bricolage, on ne veut pas aller au bout des choses...» S'agissant de la fête du Cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie et notamment celle de la nationalisation de l'Opéra d' Alger (voir l'article ci-dessous) le directeur du TRB a insisté sur le fait que les pouvoirs publics ont très tôt considéré l'importance du théâtre et avant qu'il ne leur échappe il fallait qu'il soit mis entre leurs mains. Et de citer les noms qui ont fait jadis la gloire de notre quatrième art national dont Hadj Omar, Rouiched, Kaki, Allouala, etc. «La mémoire oublie souvent, on a eu des gens de haute dimension, il faut s'en rappeler et en être fiers». Evoquant le théâtre d'aujourd'hui, Omar Fatmouche dira qu'il existe un engouement ravivé pour cet art, décliné par la multiplicité des festivals, la hausse du niveau de certaines compagnies et l'introduction même des coopératives dans les concours de grands festivals tels le Fica, ce qui augure pour lui de la bonne santé du 4e art en Algérie. Aussi, eu égard à la crise économique qui secoue la France notamment, le directeur du TRB fera savoir que beaucoup de metteurs en scène français frappent aux portes du TRB aujourd'hui en vue de monter leur, pièces ici, arguant aussi que le budget culturel en France a baissé. Il fera remarquer qu'il a reçu déjà une quinzaine de propositions, tout en indiquant qu'il y a une réelle volonté politique d'aider ce secteur en Algérie. Aussi, il citera aussi le Monde arabe qui vit lui aussi des troubles poussant certains éminents enseignants de théâtre à vouloir venir travailler en Algérie en contrepartie de sommes modiques. Omar Fatmouche insistera aussi sur le rôle de la formation pour assurer la relance dans ce domaine invitant les écoles dont l'Ismas à bien faire leur boulot. «Le budget de la culture a été boosté et c'est bien. Les théâtres régionaux produisent environ 4 ou 5 pièces par an, avec 10 à 30 diffusions en moyenne ce qui équivaut à 400 ou 500 représentations à travers le territoire national..» A côté de ce reluisant tableau, Omar Fatmouche qui, en relativisant ses propos, reconnaîtra l'absence de qualité de certaines pièces qui ne méritent même pas un résumé dans la presse. Il regrettera par ailleurs l'absence de critiques spécialisés dans le domaine, et la facilité qu'ont certains de «tomber» sur les pièces, y compris de la part de professionnels qui ne possèdent aucun langage approprié pour décrypter une oeuvre théâtrale. «Il faut qu'on soit techniques. Si tu n'aimes pas, il faut expliquer pourquoi avec les termes qui conviennent..». Répondant à une question relative à l'absence du public, qui, faut-il le reconnaître, n'est pas éduqué dans sa majorité, Omar Fatmouche dira que «le temps de la décantation viendra un jour. Pour l'instant on n'a pas de public mais un «ghachi». A Béjaïa il y a à chaque fois 30 ou 40 personnes qui viennent, on les reconnaît tout de suite. Ce sont des fidèles. La proximité c'est ce qui sauvera le théâtre. Au lieu d'un théâtre avec 900 places, je voudrai bien voir une salle de théâtre de 200 places à Bachdjarah notamment. Aussi en Algérie, il est temps qu'on se mette au diapason de la création professionnelle, mais pour arriver déjà à la transgression des codes, etc. On n'en est pas encore là. Il faut de la formation avant tout.»


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