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Le rêve d'Ismaïl Samsom revisité
EXPO-RETROSPECTIVE AU MUSEE NATIONAL DES BEAUX-ARTS
Publié dans L'Expression le 24 - 02 - 2002

C'est comme entrer dans l'intimité de l'artiste que de visiter ses tableaux gorgés de vie, colorés de sensualité mais aussi d'angoisse « déroutée »...
En effet, c'est à l'un des plus grands artisans de la peinture algérienne que le Musée national des Beaux-Arts rend actuellement hommage à travers une exposition-rétrospective rassemblant quelque 80 tableaux parmi ses 1000 oeuvres! L'expo, dont le vernissage a eu lieu mercredi dernier, a réuni un nombre impressionnant de visiteurs et a été marquée notamment par la présence du ministre de la Communication et de la Culture, M.Abbou, qui n'a pas manqué de souligner toute «sa joie de partager avec les amoureux du beau ce jour qui célèbre le génie expressif qu'était Ismaïl Samsom». Aussi, un bon nombre de personnalités du corps diplomatique ainsi que des amateurs d'art étaient là sans oublier les amis, proches ou membres de la famille du défunt, disparu il y a maintenant 14 ans de cela.
Autodidacte, Smaïl s'est retrouvé paralysé des membres inférieurs en 1957 à la suite d'une balle reçue à Paris en pleine période de guerre. C'est à l'hôpital où il a séjourné qu'un ami en lui rendant visite lui apporta pour se distraire ce qui va constituer plus tard son matériau essentiel de création, notamment de la peinture...
C'est là où sa nouvelle voie fut tracée et sa vie jalonnée d'aventures, de courage et de gaieté jusqu'au jour fatidique, du 5 juillet 1988, où il disparut à la suite d'un cancer à l'âge de 54 ans.
Issu d'une famille d'artistes, son père était musicien, cofondateur de la «Djemaiat El-Maoussilia» ce qui a incité très tôt Ismaïl à jouer de certains instruments de musique comme la guitare, le tar ou la derbouka. La mère l'initia au dessin à travers ses travaux de broderie, de r'cham et de tarz. Aussi, c'est grâce à la peinture qu'il a pu exorciser les méandres de ses tourments, ouvrant ainsi les portes de son subconscient pour en extraire les plus belles oeuvres d'art, lesquelles sont les témoins ou le reflet d'un sentiment enfoui ou d'une émotion révélée sous différentes techniques picturales (huiles sur toile, dessins et miniatures). L'ensemble des oeuvres qui sont exposées au musée proviennent en grande partie des collections de la famille du défunt, de ses proches ou de collectionneurs mettant en exergue les différentes étapes de son parcours artistique, allant du figuratif à la miniature en passant par l'art surréaliste qui capture le regard par le côté à la fois onirique et serein qui se dégage de lui. Peintre du «soleil» ou de «la préciosité» comme se plaisent à l'appeler les critiques, Smaïl Samsom était et restera avant tout ce peintre qui mettait tout son «coeur à l'ouvrage». Les croquis qui fleurissent sur ses différents carnets témoignent de ce profond désir d'inscrire ou de dessiner la vie en couleur, de peindre l'existence et son entourage comme il le sentait.
Originaire de Belcourt, ce quartier à l'architecture foisonnante, l'artiste aimait à le ranimer, à le raviver sous son geste furtif et soigné avec beaucoup de tendresse telle cette fille caressant son chat. Il révélait là, tout son attachement pour le terreau auquel il appartient et dans lequel il a grandi, à l'image de cette cité éclairée, La Casbah avec ses terrasses, ses ruelles tortueuses...
Aussi, des esquisses de femmes ou portraits de naïades, phantasmes de tout homme... natures mortes, paysages enchanteurs, vues sur la ville d'Alger, tout ce que l'oeil nu de l'artiste a su transfigurer sous sa palette est sublimé, sans oublier ces scènes de la vie de tous les jours, «Femmes aux pigeons» ou «aux chats» ou ces états d'âme comme la solitude, la «méditation» sont actuellement exposés au musée national des Beaux-Arts, et ce durant deux mois.
L'artiste-peintre Ismaïl Samsom, dont nous ne connaissions quasiment que le nom, faut-il l'avouer, nous surprit lorsqu'on découvrit ses superbes tableaux empreints d'une profonde poésie, haute en couleur et en sémiologie. Ce qui attirera notre regard a été incontestablement ses sublimes miniatures. La miniature, cet art dont l'artiste lui-même ne soupçonnait guère qu'un jour il allait s'y adonner avec plaisir, car croyant être le «jardin défendu» de Racim. Ismaïl a su insuffler à cette miniature une originalité par les sujets qui y sont traités avec une infinie délicatesse comme la fragilité sensuelle de ces femmes ou cette mystérieuse dame Nature... Passé, en effet, l'aspect fougueux de l'expression spontanée, c'est le calme qui succède à la maturité de l'homme qui consent à redécouvrir «le plaisir du dessin profond, et cet art, dit-on, du plaisir non partagé».
En 1967, Ismaïl se voit attribuer le prix de la ville d'Alger. C'est de l'atelier qu'il aménagera à Belcourt que jailliront les débats et les discussions les plus animés autour de la question de l'art et de la culture en général. Ce sera aussi le point de chute où se cultiveront les amitiés. Ismaïl côtoiera pour ainsi dire beaucoup de monde ici et ailleurs. il sera aimé et respecté pour son grand talent. Il compte par ailleurs plusieurs expositions en Europe. A la fin de sa vie, l'artiste décide de se retirer loin de cette vague de mondanités. Un choix qui contribuera à faire planer sur lui, sans se départir, cet étrange aura qui ne le lâchera plus. C'est à cela qu'on reconnaît les grands artistes!
Et c'est pour perpétuer son souvenir que le musée national des Beaux-Arts a organisé cette expo-rétrospective pour que nul n'oublie qui était ce grand homme, Ismaïl Samsom.


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