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«Ce pays qui n'a jamais voulu de moi, je l'aime pourtant !»
Publié dans El Watan le 17 - 11 - 2018

Cela avait trop bien commencé. J'aurais dû me douter que c'était une illusion, mais j'étais trop jeune pour le comprendre.
Mon enfance oranaise fut la plus extraordinaire qu'on puisse rêver dans une Algérie baignée de soleil et de rêves d'enfants.
Mais j'étais insouciant et je n'avais pas vu venir cette horde de professeurs d'arabe, venus de je ne sais où, qui allait s'abattre sur moi comme les criquets sur un champ de blé. Ils m'ont fait comprendre que j'étais un étranger chez moi. Pourtant, depuis cette époque, jamais je n'aurais eu la stupidité d'accuser une langue en elle-même. Il ne s'agissait pas d'une langue, dans les années 70', mais d'une secte qui voulait nous abrutir et dominer nos esprits.
Quant à la religion, moi l'éternel athée, elle ne m'avait pas fait plus de mal que cela à l'époque. Des gens qui croient à un Grand invisible dans le ciel, ce n'est jamais des gens méchants. Un peu bizarres pour moi, mais jamais méchants.
Puis est venu le grand exil avec quelques entrées au pays, dont une pour faire de la politique. Les gens se sont demandés ce que faisait un arabophone (comme ils disent !) à militer, dans un poste des plus exposés, dans un parti qui, bien qu'ayant un projet national, ne cachait pas sa lutte pour la revendication de la langue et culture berbères. Pourquoi s'en caherait-il ?
Moi, tout cela m'était naturel depuis mon enfance. La Kabylie est mon pays, des gens souffrent de ce qu'ils ressentent profondément, cela m'a toujours été insupportable. Autant lorsque je milite pour les droits des femmes et de bien d'autres causes. J'étais, parmi mes compatriotes berbérophones, chez moi, un point c'est tout.
Puis est venu le jour où deux policiers se sont présentés au siège du parti en mon absence. Deux de la race des intellectuels qui m'apportèrent une convocation pour me présenter chez un juge, de la race qui exécutent.
Je venais de menacer les généraux d'une justice immanente des hommes qui, un jour ou l'autre, leur demanderait des comptes. Le journal El Watan a eu un souci, raison pour laquelle je lui garderai toujours une part de reconnaissance quels que soient mes désaccords, inévitables entre un média et des citoyens, mais qui restent assez rares.
La justice a certainement oublié ; de toute façon, elle peut toujours attendre pour que je me présente à elle pour ce type de convocation, comme d'ailleurs les généraux pouvaient attendre mille ans pour me voir faire mon service militaire pour le compte de leur régime.
Et de toute façon, est venue la troisième invitation à l'exil, une de celles qu'on ne peut raconter par pudeur car elles relèvent du personnel et de l'intime.
Alors, si vous passez un jour à Oran, dites à mes deux braves lions de la place d'armes que je ne les ai pas oubliés, pas un seul jour. Ils vous emmèneront dans un lieu qui restera celui de ma formation à l'esprit critique, à la citoyenneté et à l'honneur d'un homme libre.
Seuls eux le savent, ils vous conduiront dans une petite école de Bouisville (certainement portant un autre nom de nos jours), entre ciel, plage et montagne, un internat où, paradoxalement, l'ennui du soir, lorsque les externes rentrent chez eux, vous laisse seul avec la solitude, base de la réflexion et de l'abstraction.
Il y avait en face une vigne et, devant la porte d'entrée, un merveilleux amandier dans un champ qui fleurissait d'une blancheur éblouissante au printemps.
Et cela vous donnait une force insurmontable à affronter tous les grands esprits, dans le ciel comme ceux portant des épaulettes du pouvoir qui brillent au soleil. Elles n'éblouissaient que les oiseaux qui fuyaient. J'ai eu beaucoup de chance car nombreux de mes jeunes camarades étaient, du matin au soir, dans la promiscuité familiale (au sens large), avec des discussions sans fin, du bruit et jamais un moment d'intimité. Dans ces cas, votre liberté de penser ne peut émerger car vos paroles, vos rêves et vos gestes sont perpétuellement guidés, surveillés et sanctionnés par le groupe.
Ce pays que j'ai tant aimé n'a jamais voulu de moi, étant francophone par l'instruction, athée par conviction et libre par droit. Tant pis, il y a une chose que les abrutis ne pourront jamais m'enlever, c'est mon algérianité profonde, construite par un petit Oranais francophone, certain de ses idées et de sa liberté.
Et si, dans une autre vie, le Grand invisible me demandait où je voudrais naître, je lui répondrais, sans aucune hésitation, dans le pays de Camus, de Mohamed Dib, d'Assia Djebar, de Feraoun et de Rouiched… Sous un amandier, entre plage, ciel et montagne.

Par Si Lakhdar Boumediène
Enseignant


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