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3 ans de prison contre Amir DZ et 1 an dont 6 mois avec sursis contre Réda City 16
Poursuivis pour menaces, extorsion de fonds et chantage
Publié dans El Watan le 02 - 01 - 2019

Une peine d'un an de prison ferme, dont six mois avec sursis, a été prononcée lundi dernier par le tribunal de Sidi M'hamed, près la cour d'Alger, contre l'artiste Réda Hmimid, plus connu sous le nom de Réda City 16, son beau-frère, Ahmed Chaoui, Boukhalfi Cherif et Madani Rouabhi. La même juridiction a cependant relaxé Billel Tahkout, fils de l'homme d'affaires Mahieddine Tahkout, Lyes Hadibi, directeur du site électronique Eldjazair24, Boukhalfi Cherif, et condamné par défaut le blogueur Amir DZ à trois ans de prison, avec mandat d'arrêt international.
Il a fallu attendre tard dans la soirée de lundi dernier pour connaître les décisions du tribunal de Sidi M'hamed, près la cour d'Alger, sur l'affaire d'«extorsion de fonds», «chantage» et «menaces à travers les réseaux sociaux», pour laquelle sont poursuivis l'artiste Réda City 16, de son vrai nom Réda Hmimid, Billel Tahkout, fils de l'homme d'affaires Mahieddine Tahkout, Lyes Hadibi, directeur du site électronique Eldjazair24, Boukhalfi Cherif, Ahmed Chaoui et Madani Rouabhi. La salle était archicomble et l'audience a duré plus de 10 heures.
Quatre prévenus, Réda City 16, Ahmed Chaoui, Boukhalfi Cherif et Madani Rouabhi, détenus depuis déjà trois mois, sont dans le box alors que les deux autres poursuivis, Billel Tahkout, Lyes Hadibi, sont en liberté. Ils sont tous poursuivis pour complicité avec le blogueur Amir DZ, de son vrai nom Amir Boukhors, d'«extorsion de fonds», de «chantage», de «menaces» et de «diffamation à travers les réseaux sociaux».
Dès sa prise de parole, le collectif de plus d'une vingtaine d'avocats dénonce «plusieurs violations flagrantes de la procédure». Certains parlent du non-respect par les gendarmes de l'obligation d'une ordonnance du juge pour avoir accès aux comptes des prévenus, de l'élaboration des rapports d'expertise sans l'ordre du magistrat instructeur et d'une série d'autres griefs qui, pour les avocats, auraient dû susciter l'annulation de la procédure.
Le président prend acte et décide de lier le traitement de ces «vices de forme» à l'examen du dossier dans le fond. Il appelle à la barre Réda City 16. D'emblée ce dernier lance : «A ce jour, je ne sais pas pourquoi je suis en prison depuis trois mois. J'ai été arrêté dans des conditions violentes comme un grand criminel. Une vingtaine de gendarmes ont encerclé ma voiture puis m'ont fait descendre et mis les menottes, sous les flashs de photographes et des caméras. Même dans les films on ne voit pas ce genre d'arrestation.
On m'a emmené à Bab J'did et enfermé dans un bureau où les gendarmes faisaient des va-et-vient incessants, me menaçant de m'en faire voir de toutes les couleurs, de m'envoyer dans les geôles.» Le juge : «Pourquoi Naïm Mazouz a-t-il, selon vous, déposé plainte contre vous ?
Y a-t-il quelque chose entre vous ?» Réda City 16 : «Je ne connais pas Naïm, mais plutôt son père Ahmed (…). Un jour, Billel Tahkout m'a appelé alors que j'étais en tournée pour me dire qu'Ahmed Mazouz avait besoin de moi. Je lui ai dit qu'à mon retour je l'appellerai. Une semaine plus tard, il m'a recontacté et m'a demandé de passer à son bureau à Dar El Beïda.
Je ne le connaissais pas, mais il m'a bien reçu. Nous avons parlé du marketing de son groupe et il a demandé si je pouvais l'aider pour promouvoir ses produits à travers mon émission de télévision.» Le juge : «Il voulait de la publicité ?» Le prévenu : «Juste une aide pour développer la stratégie de promotion de son groupe. Nous avons parlé durant 20 minutes, avant que mon beau-frère, qui m'attendait dehors m'appelle. J'ai dit à Mazouz que je devais partir.
Il m'a répondu : ”Tu as peur de ton épouse ? Normal, nous avons tous peur de nos femmes.” Il voulait savoir ce que faisait mon beau-frère, je lui ai répondu qu'il installait des caméras. Il m'a demandé de lui donner son numéro de téléphone pour qu'il l'appelle. Les deux sont restés en contact.» Le juge : «Etes-vous chanteur ou faites-vous de la publicité ?»
Le prévenu : «Ma société Anya service a assuré les campagnes de marketing d'une quarantaine de sociétés, dont Huawei, Coca-Cola, Oppo…» Le juge : «Connaissez-vous Tahkout Billel ?» Le prévenu : «Notre relation était plus commerciale à travers le groupe Cima-Motors qu'il gère et qui sponsorise les émissions et les clips que je réalise.
Avec le temps, nous nous sommes liés d'amitié.» Le juge : «N'avez-vous pas parlé de Mazouz, de Bellat et de leurs produits ?» Le prévenu : «Jamais !» Le juge : «Qu'avez-vous à dire sur les vidéos et les photos retrouvées chez vous, dont le contenu est lié aux produits de Bellat et de Mazouz ?»
Le prévenu : «Les gendarmes ont trouvé de nombreuses vidéos, peut-être même des centaines, qui font le buzz sur les réseaux sociaux et que je télécharge. Ces vidéos sont accessibles sur YouTube depuis 2014.» Le juge : «Vous aviez demandé à Bellat de sponsoriser votre émission et quand il a refusé, vous l'avez fait chanter.
Est-ce vrai ?» Le prévenu dément formellement l'avoir connu ou rencontré, avant de céder sa place à Rouabhi Madani. Il nie tout rôle dans l'affaire de chantage à travers les réseaux sociaux, mais le juge essaie de mieux comprendre en rappelant Réda City 16 à la barre : «Est-ce lui qui était chargé de gérer votre page ?»
Le prévenu : «Djamel Sekrani est administrateur de ma page officielle, de mon émission de télévision et c'est Madani Rouabhi qui gérait la page officielle en tant que Réda City 16.» Sur Lyes Hadibi, directeur du site Eldjazair24, il déclare que «c'est un ami», mais refuse d'être plus explicite sur leurs échanges de vidéos.
«On ne fait pas de politique. On parle de généralités.» Le juge l'interroge sur Amir DZ. «Je ne le connais pas. Je ne l'ai vu que deux fois en France. J'étais de passage à Paris où j'ai rencontré, dans un restaurant, un groupe d'Algériens et parmi eux Amir DZ, avec lequel j'ai pris des photos.» Le juge : «Vous vous êtes échangés des vidéos…» Le prévenu dément en expliquant : «Quand j'ai été arrêté, je ne savais même pas pourquoi.
Un des gendarmes m'a dit que Naïm Mazouz a fait l'objet de menaces de la part de Amir Boukhors, qui lui envoyait des photos intimes. Je ne comprenais pas le lien entre moi et Amir DZ. Je n'ai aucune relation, ni avec Mazouz ni avec Bellat.» Réda éclate en sanglots lorsqu'il est interrogé sur sa mère.
«Ma mère était malade et je ne le savais pas. Mon père me l'a caché. Elle était atteinte d'un cancer. Je ne l'ai su que quelques jours avant son transfert en France, avec une prise en charge que mon père, un retraité de l'armée, a pu obtenir. Mais elle est morte», dit-il en larmes.
Réda rappelle, en réponse à une question d'un des avocats, le dépôt de plainte resté sans suite, auprès de la gendarmerie, sur le piratage de sa page et de ses données par des gens qui lui réclamaient 10 000 dollars, faute de quoi ils menaçaient de rendre publiques toutes ses données.
Le juge appelle Boukhalfi Cherif, qui confirme que l'homme d'affaires Ahmed Mazouz lui avait demandé de placer des caméras de surveillance dans son usine. Il a pris des photos, mais le projet n'a pas été achevé. «C'était trop important pour mes capacités. J'ai résilié le contrat.
Les photos sur le groupe Mazouz ont toutes été supprimées», dit-il avant de céder sa place à Billel Tahkout qui lance d'emblée n'avoir «aucune relation» avec la partie civile, en l'occurrence Bellat et Mazouz. Le juge : «N'avez-vous pas fait chanter Naïm Mazouz ?» Le prévenu nie et explique : «Lorsque j'ai été arrêté, j'ai demandé à Mazouz s'il avait déposé plainte contre moi et il m'a affirmé ne pas l'avoir fait. Il me l'a même précisé par écrit, transmis aux gendarmes et au juge.
Ma relation avec le père de Mazouz est commerciale. Le père a cherché après moi par téléphone. Il voulait le numéro de Réda City 16. Je le lui ai donné. Pas plus.» Le juge : «Qu'en est-il de votre relation avec Lyes Hadibi ?» Le prévenu : «Lorsque notre groupe a fait l'objet d'une campagne médiatique calomnieuse, je lui ai demandé de m'aider à organiser une riposte pour donner la vraie image de nos produits.»
Le juge appelle Ahmed Chaoui, beau-frère et administrateur de la page de l'émission de Réda City 16. Il précise au tribunal que son rôle se limite à diffuser des informations concernant l'émission de Réda City 16, «mais lorsqu'il s'agit d'autres informations, je me réfère à Réda». Le juge : «Avez-vous publié les photos de Mazouz ?»
Le prévenu : «Je ne les ai pas vues.» Le juge continue : «Des photos et vidéos sur le wali de Djelfa, le directeur de la culture de Jijel et bien d'autres personnes ont été retrouvées. Qu'avez-vous à dire ?» Le prévenu continue de nier les faits et rappelle qu'il n'est que l'administrateur invisible de cette page.
«Les prévenus ne sont pas les auteurs des menaces»
Le juge appelle Madani Rouabhi, le gérant de la page de Réda City 16. Lui aussi dément avoir vu les photos de Mazouz, qui auraient été retrouvées par les enquêteurs.
Lui succédant, Lyes Hadibi, directeur du site électronique Eldjazair24, déclare : «J'ai été arrêté et entendu sur la base d'un autre nom.» Le juge : «Connaissez-vous Billel Tahkout ?» Le prévenu : «Il m'avait appelé après la campagne médiatique qui a ciblé le groupe Cima-Motors, et m'a demandé de travailler avec lui. Il a fait appel à moi es-qualité, de plus il est de mon devoir de réagir contre les pratiques de chantage et de menaces.
Moi-même j'étais contre Amir dz. Ce qu'il publie est contre mes principes. Nous ne partageons pas la même idéologie. J'avais de bonnes relations avec Réda City 16 et Billel Tahkout. Pour ce qui est des autres prévenus, je ne les connais pas.»
La parole est donnée à la partie civile. Naïm Mazouz s'avance : «J'ai reçu des photos très intimes par le réseau téléphonique d'internet. Le correspondant que je ne connaissais pas m'a demandé de payer sous peine de publier le contenu.
Je n'y ai pas prêté attention. Je lui ai répondu de faire ce qu'il voulait avec. Trois jours après, il me rappelle pour me dire qu'il ne m'a pas oublié et il m'a envoyé d'autres photos de nos usines. J'en ai parlé à mon père, et il m'a conseillé de déposer plainte contre X, ce que j'ai fait. Lorsque les gendarmes m'ont appelé pour identifier les auteurs, j'étais étonné.
Je leur ai dit que je ne connaissais pas les auteurs, sinon j'aurais déposé plainte contre eux. La même chose devant le juge. Billel Tahkout est un ami. Je ne peux pas croire qu'il soit responsable. J'ai écrit au juge pour retirer la plainte, mais en vain. Je n'ai jamais dit que Réda City 16 est derrière la page de Amir DZ. Ce sont les gendarmes qui l'ont dit. Pas moi.»
Etant absent à l'audience, Lakhdar Bellat est représenté par son avocat, qui explique que tout citoyen est en droit de recourir à la justice s'il estime être diffamé. «La justice doit se construire sur des preuves. Lakhdar Bellat était sincère. Il n'a jamais changé ses propos. Il a toujours dit qu'il n'avait rien contre les prévenus et qu'il n'a jamais déposé plainte contre Billel Tahkout.
Nous défendons le droit et nous disons que dans le dossier rien ne prouve que les auteurs sont les prévenus ici présents. Nous nous désistons de notre qualité de partie civile en ce qui concerne Billel Tahkout et pour les autres prévenus.» Une surprise pour le représentant du ministère public, qui laisse apparaître un large sourire.
L'avocat de Mazouz rappelle lui aussi avoir déposé une lettre de désistement de la plainte contre tous les prévenus, laissant le procureur pantois.
Il entame son réquisitoire par un rappel des sanctions prévues «contre toute mauvaise utilisation des réseaux sociaux qui touche à la vie privée», et précise que «c'est sur plainte de la partie civile que l'enquête a été ouverte par les gendarmes».
Pour lui, les prévenus sont poursuivis pour «complicité de menaces, d'atteinte à la privée, de chantage et d'extorsion de fonds».
Selon lui, ils aidaient Amir DZ à menacer Bellat et Mazouz, publiaient sur sa page des informations, des photos et des vidéos qui portaient atteinte à la vie privée s'ils ne payaient pas. «Les gendarmes ont récupéré ces photos et trouvé les enregistrements utilisés par Réda City 16 pour réclamer 40 000 euros à Mazouz en contrepartie de la non-diffusion d'une émission contre lui.
Il est devenu ami de Amir DZ, auquel il a transmis des vidéos intimes de Naïm Mazouz et les photos de l'usine. Il y a aussi ces photos privées servant de moyens de chantage contre le groupe Sim, le wali de Djelfa, Fatima Kellal, Bensdira Saïd, le directeur de la culture de Jijel et contre bien d'autres personnalités, transmises à Amir DZ, qui recevait en contrepartie de l'argent.»
Pour toutes ces raisons, le procureur requiert trois ans de prison ferme par défaut, assortie d'une amende de 100 000 DA contre Amir Boukhors et une peine de 2 ans de prison ferme contre Réda City 16, Ahmed Chaoui, Madani Rouabhi, Cherif Boukhalfi, assortie d'une amende de 100 000 DA. Il demande un an de prison ferme assortie d'une amende de 100 000 DA contre Billel Tahkout et Lyes Hadibi.
Plus d'une vingtaine d'avocats vont se relayer pour plaider la relaxe de l'ensemble des prévenus en axant plus sur les «vices de procédure», les «anomalies» ayant entaché l'enquête préliminaire et surtout les nombreuses interrogations sur «l'absence de preuves matérielles» dans ce dossier qui a fait couler beaucoup d'encre.
Vers 21h30, le verdict tombe. Ainsi, Réda City 16 devra attendre plus de trois mois pour quitter l'établissement pénitentiaire d'El Harrach, puisqu'il a été condamné à un an de prison ferme, dont six mois avec sursis. Il en est de même pour son beau-frère Ahmed Chaoui, Boukhalfa Cherif et Madani Rouabhi, alors que Lyes Hadibi, directeur du site Eldjazair24, et Billel Tahkout ont été disculpés des faits qui leur étaient reprochés.


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