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Bataille de Tripoli : Radioscopie des forces en présence
Publié dans El Watan le 10 - 04 - 2019

La Libye est en guerre depuis février 2011, même s'il y a eu des moments de répit, entre le décès d'El Gueddafi, en octobre 2011, et le début du conflit Karama (Est)/Fajr Libya (Ouest) mi-2014. L'actuelle bataille de Tripoli n'est d'ailleurs que la finale de cette opposition entre deux modèles de la Libye post-El Gueddafi.
L'armée nationale de Haftar et le gouvernement provisoire de Theni (basé à Al Baydha) contrôlent l'est et le sud du pays, ainsi que 70% de la richesse pétrolière, sans bénéficier de ses revenus. Le gouvernement Al Sarraj, basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, ne dispose pas d'armée, mais gère les richesses du pays, de la pire manière si l'on en croit les récentes déclarations de l'envoyé spécial de l'ONU, Ghassen Salamé, qui déplore la corruption généralisée. Haftar a attaqué Tripoli pour prendre le contrôle de l'autorité en Libye.
Mais, les observateurs s'interrogent sur la capacité de l'armée nationale à soumettre les milices et les militaires loyaux de Misrata.
Les connaisseurs du conflit libyen savent que l'armée de Haftar est composée d'anciens militaires de l'armée d'El Gueddafi. L'actuel homme fort en Libye exigeait systématiquement, depuis 2014, l'ancien matricule militaire pour enrôler les prétendants.
Il demande aux miliciens et aux autres de passer systématiquement par des formations de 12 mois, au moins, dans l'une des deux académies militaires de l'est du pays.
La discipline militaire est nécessaire pour le maréchal afin de garantir l'homogénéité de l'armée. En quatre ans, Haftar a constitué une armée régulière, de plus de 100 000 hommes, répartie dans toute la Libye. Anciennement gardes nationaux, les forces spéciales d'Assaeka, dirigées par le général Ounaies Boukhemada, constituent un corps d'élite de l'armée, formé de près de 3000 hommes.
Potentiel militaire
Haftar dispose aussi d'un noyau d'une armée de l'air adossée à une vingtaine d'anciens avions de combat, héritage de l'armée d'El Gueddafi, essentiellement des Mig 23.
Ces avions lui ont assuré une suprématie dans ses batailles contre le terrorisme à Benghazi, Derna et au Sud, à chaque fois où l'armée de Haftar a été sollicitée, durant les trois dernières années, dans des batailles de ville (Benghazi et Derna) ou sur des terrains découverts au Sud.
Il s'agit d'une armée régulière, répondant aux normes rigides de la discipline militaire de guerre, comme elle en a fait usage dans la dernière campagne pour le contrôle du Sud.
Elle a pu surmonter les réticences tribales dans le Fezzan, pourtant gangrené par les rivalités. Les actions de l'armée sont coordonnées par l'état-major, elle dispose de la quasi-totalité des bases militaires à travers le pays et contrôle toutes les richesses pétrolières, à part les maritimes.
Du côté des groupes armés, qui soutiennent actuellement le gouvernement Al Sarraj, il s'agit de milices sous des appellations diverses, qui se sont divisées les attributions des forces classiques de sécurité, telles que la sécurité préventive, la sécurité générale, la sécurité Abou Salim, la sécurité de l'aéroport, etc. avec tous les gouvernements de l'après-révolution.
Fayez Al Sarraj n'est même pas parvenu à former le corps de garde présidentielle, cité pourtant dans l'accord de Sekhirat.
Ces milices ont refusé la formation de cette garde. Avec Al Sarraj, il y a aussi les Saraya révolutionnaires de Souk Jomaâ et Zaouia, dans la banlieue de la capitale libyenne. Et il ne faut pas oublier les forces armées loyales de Misrata, évaluées à 10 000 hommes bien armés, qui ont libéré la ville de Syrte des mains de Daech, en 2016.
Ces troupes doivent toutefois protéger leur ville, ainsi que Syrte. Le camp d'Al Sarraj dispose, aussi, de quatre avions d'entraînement, rattachés à l'école d'aviation de Misrata.
Forces et faiblesses
Haftar a choisi le moment de la guerre et l'a préparée à sa manière. Personne ne s'attendait à ce que l'Armée nationale libyenne (ANL) avance sur Tripoli, juste après sa campagne du Sud.
Et même lorsque le vieux maréchal parlait de la libération de Tripoli, personne ne croyait que l'ANL avait le potentiel humain et logistique nécessaires pour contrôler toute la Libye. «C'est un point fort en faveur de Haftar, perçu par la population comme l'homme qui va stabiliser la Libye, d'autant plus qu'il parle de lutte contre la corruption et pour le rétablissement de l'autorité de l'Etat», souligne le juge libyen Jamel Bennour.
Par contre, les forces de Haftar connaissent mal la région de Tripoli. Elles ont été prises dans certaines embuscades et ont enregistré certaines pertes humaines ou prises d'otages, par méconnaissance du terrain. «Cela ne saurait que prolonger la guerre», poursuit sceptique le juge.
Du côté d'Al Sarraj, les groupes armés n'ont jamais affronté une armée régulière, même du temps d'El Gueddafi, puisque les forces loyales avaient alors fui le terrain.
Les milices ne sont pas habilitées à une guerre d'usure, d'autant plus qu'elles n'ont plus le soutien de la majorité de la population, comme du temps de la révolution. Ces groupes disposent toutefois de l'appui des miliciens islamistes radicaux, mis sur la touche en marge de la chute de Daech en Libye.
Néanmoins, un tel ralliement pourrait crédibiliser davantage Haftar à l'échelle internationale, puisqu'il ne cesse de parler de sa lutte pour libérer Tripoli du pouvoir des milices terroristes. Al Sarraj ne peut vraiment compter que sur les troupes loyales de Misrata et les milices armées assurant la sécurité de Tripoli.
On ne peut conclure sans parler des alliances des uns et des autres. Alors que Haftar bénéficie du soutien des Emirats et de l'Arabie, ainsi que de celui de la Russie, de la France, de l'Egypte et de la Jordanie, comme cela a été régulièrement manifesté.
Le camp d'Al Sarraj est plutôt soutenu par le Qatar, bailleur de fonds de l'islam politique, de la Turquie, de la Grande-Bretagne et de l'Italie, qui accuse la France de vouloir lui dérober ses intérêts en Libye. Les Etats-Unis de Trump sont encore en phase de tâtonnement.


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