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«La littérature algérienne en exil», thème d'une conférence tenue à Alger
Organisée par l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel
Publié dans Le Soir d'Algérie le 20 - 10 - 2020

Une conférence sur le thème «La littérature algérienne en exil» a été animée samedi à Alger par des académiciens chercheurs, qui sont revenus sur le parcours et le contexte environnant de plusieurs auteurs établis à l'étranger ou s'exprimant dans la «langue de l'autre», à l'occasion de la Journée nationale de l'émigration.
Organisée par l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc), en commémoration de la Journée nationale de l'émigration, marquant le 59e anniversaire des massacres du 17 Octobre 1961, cette rencontre a été animée à la villa Dar Abdeltif par six universitaires et traducteurs qui ont évoqué l'attachement profond et indéfectible à la mère patrie exprimé dans une production littéraire de «haute esthétique», par la diaspora algérienne. Abordant l'œuvre de l'écrivain et dramaturge Kateb Yacine, l'écrivain et homme de théâtre H'mida Ayachi a d'abord relaté sa rencontre, durant les années 1970, avec «ce monument de la créativité» alors qu'il occupait le poste de directeur du Théâtre régional de Sidi Bel Abbès. L'auteur de Prophète de la désobéissance (2011) a évoqué des facettes enfouies dans la personnalité de Kateb Yacine, qu'il n'exprimait qu'à travers une «créativité abondante aux formes esthétiques» à l'image des massacres du
8 Mai 1945 et la prise de conscience, la rencontre avec la Révolution, le rapport à la mère, la relation avec l'Histoire et l'Emir Abdelkader, les préoccupations et les errances. «Le théâtre de Kateb Yacine, qui se joue sur une scène vide (...), se caractérise par la puissance du texte qu'il soutient avec des rites et des chants populaires», explique H'mida Ayachi, citant quelques-uns de ses textes, écrits ou montés en spectacles.
La secrétaire générale de la Fondation Emir-Abdelkader», Z'hor Assia Boutaleb, est ensuite intervenue pour rappeler que l'Emir Abdelkader était aussi «rattaché à l'école doctrinale de la pensée d'Ibn Arabi et un des maîtres spirituels majeurs du soufisme contemporain» durant son exil à Damas (Syrie). Les enseignements qu'il prodiguait à ses disciples ont été rassemblés dans l'ouvrage Kitab Al Mawaqif (Le livre des haltes).
L'universitaire-traducteur des œuvres de Mohammed Dib, Mohamed Sari, a, quant à lui, mis en valeur l'importance du travail de la traduction dans la récupération de la littérature algérienne «écrite dans la langue de l'autre». Il a fait remarquer que chez les écrivains algériens, «l'acte d'écrire est en soi une traduction» car l'emploi des langues dites «savantes» (l'arabe ou le français) ne sert qu'à traduire un imaginaire imprimé en «langue populaire» (dardja ou tamazight), d'où cette «diglossie» (distance entre la langue d'écriture et celle de la réflexion) existante de fait dans la littérature algérienne.
L'universitaire spécialiste de Mohammed Dib, Amel Salhi, a communiqué sur l'«engagement de Dib» dans ses écrits refusant de se conformer au modèle de l'«intellectuel imposé par l'Occident». Le romancier et maître de conférences Fayçal Lahmar a abordé le thème de la littérature algérienne d'expression arabe traversant l'exil, à l'exemple de Ahlem Mosteghanemi.
La directrice de l'organisation de la diffusion culturelle au ministère de la Culture et des Arts, Djamila Mustapha Zeggai, a présenté à l'assistance l'écrivaine exilée Fatima Bouregaâ Gallaire, qui s'est servi de la langue de l'autre pour dire ouvertement et sans tabous les travers de sa société d'origine, alors que l'universitaire Chahrazed Toufouti a évoqué «l'ambivalence de la présence et de l'absence» chez Assia Djebar et son attachement à l'Algérie, citant ses ouvrages, Une femme sans tombe et Les enfants du nouveau monde.
Célébrée le 17 octobre de chaque année, la Journée nationale de l'émigration marque les massacres commis par la police française contre des Algériens sortis manifester pacifiquement le 17 octobre 1961 à Paris contre un couvre-feu pour contester et dénoncer pacifiquement le couvre-feu décidé uniquement à leur encontre.


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