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La colère sociale embrase plusieurs villes tunisiennes
son économie est frappée de plein fouet
Publié dans Liberté le 30 - 05 - 2020

Avec l'épidémie du coronavirus, la Tunisie s'attend à ce que l'économie se contracte de 4,3%, soit la pire récession économique que le pays ait connue depuis son indépendance.
Plusieurs centaines de Tunisiens ont manifesté en fin de semaine dans au moins sept villes du pays pour réclamer de l'emploi, l'amélioration des conditions de vie et des plans de développement locaux, alors que le pays s'attend à faire face à une grave crise économique liée entre autres à la pandémie du coronavirus. À Hajeb El-Ayoun et Sidi Bouzid, au centre du pays, des centaines de protestataires sont sortis dans les rues, dans la matinée de jeudi, pour protester contre la marginalisation que subissent leurs villes souffrant d'un "manque flagrant d'infrastructures et de projets économiques", selon l'agence de presse Reuters.
Dans la ville de Gafsa, au sud-ouest du pays, des centaines de diplômés universitaires se sont rassemblés le même jour devant le siège de l'Etat, scandant les slogans hostiles au chef du gouvernement Elias al-Fakhfagh et brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "gang de voleurs", ou encore "diplômés sacrifiés". Cités par des médias locaux, plusieurs de ces universitaires ont appelé les autorités à faire preuve d'écoute mais aussi à trouver des solutions rapides à leurs préoccupations. Le mécontentement des Tunisiens s'est propagé dans l'après-midi aux villes de Beja, de Kasserine, de Tozeur où les chômeurs ont organisé plusieurs rassemblements pour rejeter les plans du gouvernement prévoyant le gel des recrutements dans le secteur public. Mercredi, la production de phosphate s'est complètement arrêtée dans la région minière d'Al-Houd, dans le sud du pays, en raison d'une manifestation de chômeurs ayant organisé un sit-in sur les sites de production.
Avec l'épidémie du coronavirus, la Tunisie s'attend à ce que l'économie se contracte de 4,3%, soit la pire récession économique que le pays ait connue depuis son indépendance. Les prochains mois, selon plusieurs observateurs, risquent d'être extrêmement agités avec la multiplication de manifestations dans tout le pays. Selon un rapport du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDS), le mécontentement social ira en s'aggravant avec notamment des répercussions négatives du Covid-19 qui frappe déjà de plein fouet le secteur du tourisme, considéré comme le premier pourvoyeur d'emplois et de devises.
Multiplication des foyers de protestations
Déjà, au mois de mars dernier, le nombre de protestations dans tout le pays a pratiquement doublé enregistrant plus de 220 mouvements de protestation, dont 119 pontanés, soit 53,4% du total des mouvements d'après le FTDS. "5,3% du total de ces mouvements de protestation, soit 101 mouvements de protestation, ont tourné à la violence", s'est encore inquiété le forum tunisien. Dans le détail, le gouvernorat de Kairouan a maintenu le premier rang des régions connues pour avoir le plus de revendications sociales avec 47 mouvements sociaux dont plus de la moitié sous forme instantanée, suivi de celui de Sidi Bouzid (34 mouvements), dont 73,5% ont pris un caractère violent, puis le gouvernorat de Jendouba avec 29 mouvements dont 22 ayant un caractère violent.
Le confinement global dans le pays, précise le même rapport, a fait naître des protestations de la part des familles démunies et des personnes à revenu limité dans plusieurs villes du pays, au sud notamment où la pauvreté est très répandue par rapport aux autres régions.
Ces contestations ont connu un blocage de routes par des pneus brûlés ainsi que des rassemblements de protestation devant les sièges des autorités locales pour revendiquer une aide financière. Le FTDS a noté que la situation épidémiologique exceptionnelle et l'état de paralysie quasi-totale n'ont pas empêché la poursuite des mouvements de contestation traditionnels survenus dans certaines régions citant, à titre d'exemple, la revendication de l'accès à l'eau potable à El Oueslatya et des mouvements de jeunes sans emploi pour réclamer la justice sociale.
Karim Benamar


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