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"UNE VAGUE GEANTE A RENVERSE NOTRE EMBARCATION... PUIS L'ENFER"
LE RECIT DE REDOUANE KHELAFI, SEUL RESCAPE DU NAUFRAGE AU LARGE DES CÔTES DE CHLEF
Publié dans Liberté le 08 - 07 - 2021

Redouane est le seul rescapé parmi 13 harraga disparus jusqu'à ce jour après le naufrage, vendredi dernier, d'une barque au large des côtes d'Aïn Hamadi dans la wilaya de Chlef.
Redouane Khelafi, le seul rescapé du naufrage de l'embarcation de fortune qui le transportait clandestinement avec 12 autres jeunes tous originaires de différentes communes de la wilaya de Chlef, raconte avec émotion, douleur, regret et amertume sa mésaventure face à la mort, à plus d'une vingtaine de kilomètres au large des côtes du littoral chéliffien.
"C'est depuis les côtes d'Aïn Hamadi, non loin du chef-lieu de la commune de Sidi Abderrahmane à l'ouest de la ville de Ténès, que le départ vers cette mésaventure — dont les conséquences se sont avérées fatales — a été donné vendredi. Nous étions nombreux à attendre le signal de départ pour rejoindre l'autre rive de la Méditerranée pour échapper au chômage, à la crise du logement, à la misère et au dégoût qui nous empoisonnent tous ici. Enfin, c'est ce que nous croyions !" lâche, dépité, Redouane.
Il raconte en pleurant l'aventure où il a failli laisser la vie, avant de se taire pour se souvenir de la suite. "Nous étions tous des jeunes de différentes régions de la wilaya ayant déjà fait connaissance des mois auparavant pour préparer, ensemble et dans la discrétion la plus totale, ce voyage qui allait nous mener vers... la mort. Moi d'Ouled Farès et d'autres de plusieurs autres communes de Chlef.
C'est vers 3h du matin que j'ai entendu le responsable chargé de diriger l'opération crier Ouled Farès ! Ouled Farès ! J'ai alors compris que c'était mon tour, celui de mon cousin et d'un voisin — nous habitons tous le même douar — d'embarquer. On ne nous appelle pas par nos noms, mais par le nom de la commune où nous habitons et représentons lors de ce périple marin. C'est la règle", témoigne le jeune Redouane.
Et après un moment de répit, le jeune rescapé dira qu'une fois entassés dans l'embarcation qui était chargée de harraga dont plusieurs pleuraient alors que d'autres priaient Dieu en citant quelques versets du Coran, histoire de demander pardon à leurs parents et à leurs proches de les avoir quittés dans de telles circonstances, l'aventure vers l'inconnu commence alors dans le noir.
"Et au fur et à mesure que l'embarcation dont le bruit du moteur était plus qu'assourdissant s'éloignait des côtes, la luminosité de l'éclairage public de la localité d'Aïn Hamadi s'affaiblissait pour devenir ensuite une simple lueur avant de disparaître définitivement. Après plus de deux heures de trajet en mer et à plus de 20 km des côtes, probablement, car je ne me souviens pas exactement de la situation dans laquelle nous nous trouvions, c'est une vague géante qui est venue secouer violemment notre embarcation après le passage d'un bateau qui nous a croisés à quelques dizaines de mètres. C'est à ce moment précis que commença notre enfer", se souvient Redouane qui assure qu'il n'oubliera jamais, tant qu'il sera vivant, cette grande angoisse vécue au moment du chavirement de l'embarcation.
"Véritable bouleversement au milieu des vagues géantes qui faisaient tanguer notre embarcation. Nous nous sommes rendu compte que c'était fini pour nous. Et juste avant que notre embarcation ne se renverse, nous avons eu l'idée de vider nos jerricanes, afin de les utiliser comme bouée de sauvetage, et c'est à ce moment précis qu'une autre vague, aussi haute que les précédentes, nous a propulsés à plusieurs mètres dans l'eau. Les cris au secours, les pleurs et les suppliques provenaient de tous les côtés où mes compagnons de voyage ont été jetés", raconte Redouane qui assure que c'est à partir de ce moment-là que "le contact entre nous a été définitivement rompu après une bataille très longue, acharnée et difficile qui a duré jusque vers midi".
"C'était vendredi dernier sachant que nous avons pris le départ des côtes d'Aïn Hamadi le même jour à 3h du matin", poursuit-il, tout en précisant qu'il ne sait toujours rien, du moins pour le moment, de ses compagnons tous portés disparus, âgés, selon lui, entre 20 et 30 ans, alors que chacun tenait, tout comme lui, un jerrican en guise de bouée, afin d'échapper à une noyade qui s'est avérée, finalement, plus que certaine.
Ce rescapé, s'il a pu échapper à la mort, c'est grâce aux pêcheurs qui, ce jour-là, récupéraient, non loin de l'endroit où il se trouvait, leur filet de pêche lorsqu'ils ont entendu appeler au secours.
"Il était 17 ou 18 h, je ne me rappelle pas l'heure exacte compte tenu de la faim, de la soif et de la fatigue éprouvée lors de cette mésaventure qui, je l'espère, ne se reproduira plus jamais !" Redouane, qui pleure toujours ses compagnons, lance un appel à tous ceux qui veulent opter pour cette évasion, qui se termine à chaque fois péniblement, de revenir à la raison une fois pour toutes et de ne plus prendre le risque d'opter pour la harga, un terme qu'il dit avoir définitivement éradiqué de son esprit.

AHMED CHENAOUI


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