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Dessine-moi... la culture
Contribution
Publié dans Liberté le 16 - 11 - 2021


Par : Kennouche Tayeb
Sociologue
La culture inclut la tradition, mais cependant, elle ne se réduit pas à elle. Elle l'englobe, mais la déborde surtout. En raison de la valeur de son lien avec le passé, la tradition ne change pas. C'est dans l'immobilisme qu'elle s'institue en se transmettant toujours identique, de génération en génération, alors que la culture vagabonde, bohème et voyageuse, a besoin d'être curieuse et fureteuse pour être à tout moment contemporaine du présent.
J'avoue, de prime abord, toute la difficulté que j'ai à parler de culture, chez nous, dans une société qui, selon certaines approches, bien parcellaires faut-il le souligner, se trouve dans un état d'anomie. Pour la sociologie, une société anomique voit ses institutions se désinstitutionaliser, ses liens sociaux se déliter et ses valeurs tomber dans la péremption sinon dans la désuétude. Dans une situation pareille, l'imagination, le rêve, les émotions, les amours, les arts et même le langage subissent de graves dégâts au point où nous nous retrouvons dans la difficulté de ne plus savoir ni nous dire nous-mêmes, ni dire l'Autre, ni le monde duquel nous vient la désagréable impression de ne plus lui appartenir vraiment. Si cette anomie est pour le moins handicapante, elle ne doit nullement conduire la sociologie au désenchantement dont parle Max Weber. La sociologie doit, au contraire, se rappeler que c'est l'ombre dans laquelle peut se trouver toute société qui permet à la sociologie de produire, sur elle, de la lumière. C'est pourquoi doit se poser la question de savoir quelle sociologie peut être, aujourd'hui, convoquée pour poser la question de la culture dans notre société.
Mais, dès l'instant où le questionnement de la culture est lui-même une opération de culture, il serait, par conséquent, plus juste de nous demander au moyen de quelle culture sera approchée la culture chez nous. C'est la raison pour laquelle il me plaît d'affirmer que la sociologie ne m'a pas seulement appris le fidèle respect qu'exige la rigueur des théories qui structurent le champ de la connaissance de cette discipline. Car, récréative et divertissante, la sociologie m'a également fait connaitre la vaste culture de ses multiples terrains d'enquête où, à tout moment, elle continue de nous faire voyager. C'est depuis l'âge où j'étais lycéen en philosophie que je continue, allégrement, de lui donner la main pour qu'elle m'emmène, encore et toujours, dans de merveilleux voyages de culture, dans de véritables échappées belles, loin de chez moi. C'est dans des contrées improbables et insoupçonnées que je découvre, grâce à elle, combien la culture est une notion éminemment humaine.
Dans Tristes tropiques, par exemple, une œuvre traduite en 27 langues, Claude Lévy-Strauss m'a fait connaître le structuralisme culturel chez les Indiens Bororos du Brésil. Margaret Mead, cette talentueuse élève du célèbre Franz Boas, m'avait, en ce temps-là, permis de découvrir, chez les Indiens Samoans en Océanie le relativisme de la culture. Et, toujours lycéen, j'ai suivi Ruth Benedict jusqu'en Nouvelle-Guinée, où elle m'a enseigné le comparatisme culturel dans son ouvrage culte intitulé Patterns of culture.
Je pourrais, à loisir, continuer à déplier la cartographie de ces lointains voyages qu'auraient sûrement appréciés à leur juste mesure un Marco Polo, un Ibn Batouta ou même un Jules Verne. Dans tous ces voyages, j'ai vu les sciences sociales en général et la sociologie en particulier approcher l'humain, partout sur cette terre, en tant qu'être de culture.
"Culture savante, culture vécue"
Voilà pourquoi la sociologie ne cesse, à tout instant, de m'interpeller, pour être le porteur éveillé de la culture de ma société. D'être le dépositaire de sa mémoire et son spéléologue aussi, comme aurait dit Boualem Sansal, pour être dans la capacité de la rendre transparente dans toutes ses profondes invisibilités. Pour cela, il suffit, surtout, de savoir l'écouter quand elle se met à parler d'elle, de l'entendre quand elle choisit de se dire, de lui prêter l'oreille quand elle accepte de se raconter... Et c'est parce j'éprouve un vrai plaisir et un intérêt certain à lui être attentif que j'ai fini, grâce à Pierre Bourdieu, par habiter, il y a de cela quelques longues années déjà, une des nombreuses maisons kabyles,que des mains de femmes, depuis des siècles, ont joliment décorées pour couronner, à la manière d'un diadème, les plus hautes crêtes du Djurdjura. Je pense avoir toujours habité cette maison qui, aujourd'hui hélas, est menacée de disparation. Je me souviens avoir, dans mon enfance, chassé les grives et les palombes avec Fouroulou, mon ancien camarade de jeu. C'est une maison presque voisine du village de Tasga qu'un jour Mouloud Mammeri, très hospitalier, m'a fait visiter. C'est là où j'ai fait la précieuse connaissance de Mokrane, qui m'a appris que la lecture d'un journal acheté chaque matin avait, dans cette vallée que je ne suis pas prêt d'oublier, autant de valeur que le pain quotidien qui y était bien souvent rare. Bien des fois aussi, j'ai été l'invité heureux de Aicha Machakra, au pied du mont Chélia, pour visiter la Grotte éclatée que Kateb Yacine venait juste d'inaugurer. Et, plus bas dans le Kimmel, où j'ai pris le chemin pour rentrer chez moi, qui se trouve désormais être partout, j'ai cru avoir, tour à tour, croisé les ombres de Fanny Colonna et de Germaine Tillon qui, chacune à sa manière, avaient franchi, au cours de leurs diverses enquêtes, les frontières aurésiennes. Je me surprends, parfois, à me demander qui me fait le plus Algérien ? La littérature ou la sociologie ? Mais à vrai dire, pourquoi vouloir s'embarrasser avec une pareille question quand la mince frontière qui les sépare les lie au contraire et les réunies au point de les confondre souvent. Sociologie et littérature se mêlent et se combinent, en effet, pour nous permettre de nous voir avec d'autres yeux, de sentir ou d'éprouver des choses inédites avec de nouvelles émotions, de connaître d'autres états d'âme et de multiplier nos vies. à cet instant même me vient à l'esprit Gibran Khalil Gibran qui disait, dans son œuvre Le Prophète, "le désir de littérature c'est la moitié de la vie. L'indifférence à son égard c'est la moitié de la mort". Mais à la différence de Monsieur Jourdain, nous ne pouvons innocemment disserter sur la culture sans savoir ce qu'elle signifie vraiment. On ne distingue pas toujours les contours de ce terme. On ne sait pas toujours ce qu'il recouvre précisément, mais l'on sent bien qu'il dit des choses importantes sur notre société, sur le monde et sur nous-mêmes. Définir la culture est un exercice que je trouve périlleux. Pour tenter de le réussir, il faudrait disposer d'attèles et de rivets pour fixer cette notion tellement glissante, tellement fuyante, tellement furtive.
La culture, en effet, est un substantif qui compte dans le dictionnaire des sciences sociales un nombre important de définitions. C'est dire qu'une définition de plus ne le fera pas sortir de son opacité. Bien au contraire, elle assombrirait encore davantage cette notion bien gélatineuse. Je suis plutôt tenté de la définir par ce qu'elle n'est pas car, très souvent, elle est appréhendée comme un savant millefeuille où tradition, folklore, coutume, religion, loisir et divertissement pêle-mêle, se mélangent pour composer la crème de cette savoureuse pâtisserie. La culture inclut la tradition, mais cependant, elle ne se réduit pas à elle. Elle l'englobe, mais la déborde surtout. En raison de la valeur de son lien avec le passé, la tradition ne change pas. C'est dans l'immobilisme qu'elle s'institue en se transmettant toujours identique, de génération en génération, alors que la culture vagabonde, bohème et voyageuse, a besoin d'être curieuse et fureteuse pour être à tout moment contemporaine du présent.
À la différence de la tradition, la culture ne s'hérite pas. Elle s'acquiert. Elle se conquiert. La culture ne relève pas non plus du folklore qui, lui, dans des occasions bien opportunes, se contente de cosmétiser un moment de vie passé que momifient des représentations distrayantes, légères et fugaces. Mouloud Mammeri disait : "Le folklore n'est pas la culture du peuple : il en est dans le meilleur des cas la caricature et dans le pire la négation." La culture, au contraire, est un effort constamment déployé et soutenu pour demeurer, à tout moment, actuelle dans un monde en mouvement qui ne s'arrête jamais. La culture craint, en effet, la sédentarisation dans un monde en perpétuelle transhumance, dans un monde de plus en plus nomade, dans un monde qui, pour le sociologue Wadi Bouzar, a cessé d'être dans la pause pour ne plus exister que dans la mouvance et la migration. La culture ne relève pas non plus de la coutume qui, à la différence de la tradition, n'implique nulle diffusion ou transmission sociale. La coutume est simplement la stricte habitude d'un groupe restreint, circonscrit à l'intérieur d'un espace bien réduit.
La culture, elle, doit au contraire disposer de plus d'espace possible pour respirer chaque fois autrement dans le but d'échapper à la répétition, à la duplication, au copié-collé, à la mécanique du rite et aux itinéraires fléchés. La culture est toujours dans le besoin de s'aérer. Et, dans cette perspective elle s'aventure sur des chemins de traverse et des sentiers escarpés qui, eux, savent lui faire atteindre l'universel.
La culture ne se confond pas non plus avec la religion car, partout et en tout lieu, la culture produit l'unité de l'humain dans la riche diversité qui le singularise. La culture ne se réduit pas au loisir et au divertissement. Car elle n'est, nullement, un exercice ludique ni même une précieuse coquetterie recherchée pour se donner l'air d'avoir une tête bien pleine ou une tête bien faite. La culture, au contraire, est une véritable quête du sens, mais surtout une vraie quête de soi.
Althusser...
Nietzsche nous apprend, dans son ouvrage Ainsi parlait Zarathoustra, que l'éternel retour n'a pas toujours pour destination une quelconque île d'Ithaque ; il a, d'abord, pour principale adresse notre propre personne qu'émiettent et dispersent tant d'égarements et tant d'oublis. C'est par la culture que nous serons en mesure de devenir ce que nous sommes. C'est par elle que nous aurons à revenir de notre propre absence, de notre propre errance pour nous retrouver et enfin disposer de notre identité que nous avons presque toutes et tous endossée unique, homogène et statique à cause de l'idéologie qui la phagocyte et qui nous aliène. Si l'idéologie qui, pour Louis Althusser, est un rapport imaginaire au réel, participe activement à la construction de nos pratiques sociales qui sont, pour l'essentiel, héritées et très rarement choisies, la culture, quant à elle, a pour vertu de déconstruire ces pratiques au sens derridien du terme.
C'est de cette façon, d'ailleurs, que la culture nous permet de mettre ces pratiques à distance, non seulement pour les interroger sur leur nature, mais pour les questionner, également, sur leur portée et nous permettre, enfin, de nous libérer de nous-mêmes.
Pour emprunter au matérialisme historique son langage, je dirai que la culture est une véritable conscience en soi et pour soi, pour l'agent social qui la met en œuvre dans le but de se donner les moyens de se libérer ou d'échapper aux mécanismes dissimulés de la domination dont il est, très souvent, l'inconsciente victime. Cette sorte de conscience ressemble comme une sœur jumelle à la conscience du grand-père de Slimane Benaïssa, qui, dans le monologue de Babor Gharek, symbolise une conscience qui ne dort jamais. La culture est par excellence le domaine de la conscience claire. Pour dire plus simplement les choses, c'est par la culture que se débusque l'idéologie qui nous absorbe et nous englue. C'est par la culture que nous accédons au statut d'un sujet social qui pense, alors qu'entre les mains de l'idéologie nous avons la caractéristique de n'être plus qu'un simple objet pensé, socialement acté et quelquefois, même, tracté. C'est la raison pour laquelle j'estime qu'il n'y a pas meilleur endroit de liberté pour la culture qu'un espace de société où les frontières deviennent des horizons, car il est important de se souvenir que la frontière est née d'une scélérate blessure que l'histoire a fait subir à la géographie où la première vocation de l'homme est d'être libre.
Voilà pourquoi la culture nous entraîne à enjamber les herses, à sauter par-dessus les clôtures pour nous élever au-dessus de nous-mêmes et nous faire soi, car pour être Algérien ou Algérienne il faut avoir les moyens de l'être, car on ne naît pas Algérien, on le devient, surtout quand l'école chez nous ne semble pas en mesure de mettre sur pied, pour le compte de son public scolaire, une véritable opération d'algérianisation.
Mais la culture, c'est également un passage à gué, c'est une passerelle, c'est "une porte et un pont", dirait Simmel, qui permettent à l'agent social de se dérober de sa propre personne, de se délester de lui-même, de se fuir pour aller à la rencontre de l'Autre qui, lui aussi, à son tour, se serait débarrassé de ses menottes pour avoir l'humanité offerte au creux de ses mains. La rencontre avec l'Autre a pour vertu, en effet, de nous faire évader de l'emprise que notre propre culture est en mesure d'exercer sur nous. En fait, Paul Ricœur ne dit pas autre chose quand il soutient l'idée que le chemin le plus court pour aller de soi à soi passe, nécessairement, par l'Autre.
La culture est une mémoire qui parle. C'est une mémoire qui chante, une mémoire qui danse, une mémoire qui peint. Marathonienne, c'est une mémoire qui ne connaît point d'essoufflement car elle est, également, une mémoire qui sculpte, une mémoire qui dessine, une mémoire qui tisse. La culture est une mémoire qui pense.
En somme, c'est une mémoire qui crée et qui s'enrichit en permanence. Plus qu'une façon d'être dans la société, la culture est une condition d'être dans l'humanitude. C'est une façon d'être présent à soi, à l'Autre et au monde. Elle permet à chacun d'exister dans la forme qu'il aura, délibérément, choisie pour accomplir, de la manière la plus apaisée, la traversée de sa vie. C'est par la culture que nous découvrons qu'il y a des cultures et non pas une seule qui, sur toutes les autres, aurait à exercer sa domination, son hégémonie ou son monopole. C'est par la culture que nous accédons à l'Universel même quand il nous arrive d'être cloitrés chez nous. C'est pourquoi, cher lecteur, j'ai envie de vous demander : où irons-nous ce prochain week-end ? Voulez-vous venir avec moi admirer les ruines d'Angkor ou celles de Petra ? Visiter le musée anthropologique de Mexico ou contempler les statues de Botero à la place des sculptures à Medellín ?
Ou, mieux encore : irons-nous à la nuit tombée, du côté de la Vega de Grenade, vivre, dans le charme gracieux des Sévillanes, un bout d'Andalousie et aux notes d'une guitare flamenca évoquer au pied de l'Alhambra le grand poète andalou Garcia-LLorca ?
Ou encore : voulez-vous que l'on se rende à Konya, sur les terres d'un ancien empire, assister à une soirée où tous les derviches tourneurs de la terre se seront rassemblés pour rendre un bel hommage à leur maître respecté Jalal Eddine Rumi, dont l'ombre est toujours accompagnée par celle de son ami Shams Eddin Etabrizi ?
Ou, plus simplement : irons-nous sur une felouque, après avoir dîné juste d'un plat de "kouchari" dans une des nombreuses gargotes de souk El-Attaba, dans l'ancien Caire, fumer du narguilé et déguster un café à la cardamone tout en nous laissant bercer par les eaux du Nil et charmer par la voix d'un "hakaouati", lui-même attendri par l'histoire d'Isis et d'Osiris ?
Ou, pour ne pas trop nous éloigner de chez nous, préférez-vous, alors, si le cœur vous en dit, que l'on quitte Annaba pour Tunis, en taxi, avant la prière du crépuscule ? Et là, nous prendrons le TGM qui nous conduira à Sidi Boussaïd, au café "Des Délices", pour siroter un thé aux pignons, et avec un "machmoum" de jasmin porté à l'oreille, nous nous laisserons emporter par les tambourins des "aissawas" dont les "m'dihs" sont parfumés d'encens ?
Quelle belle humanité que ces sociétés qui savent exister dans le style de vie que leur culture leur a prescrit ! C'est parce que chacune de ces sociétés est respectueuse de sa propre histoire que la condition humaine connaît encore le bonheur de se dépayser par la culture.
La culture participe, en effet, à la production d'une société qui, pour continuer d'exister, a pour souci vital de respirer, toujours fraîchement, à pleins poumons. Parce que claustrophobe dans sa nature, la société a besoin, constamment, de s'aérer. La culture lui permet, alors, d'échapper à l'enfermement, à la suffocation et à l'étranglement que des idéologies toujours agissantes, mais surtout rampantes, cherchent, sournoisement, à lui infliger.
C'est dans cet embrigadement que se corsète une société. C'est par l'endoctrinement qu'elle se bâillonne pour se mettre, dans une grande innocence, à conspirer contre elle-même. La culture la protège de ses dérives, de ses reniements et de ses propres détournements. Elle la sauve de ses amnésies et de l'oubli qu'elle peut avoir d'elle-même en lui enseignant le refus salvateur de respirer un air déjà respiré, ou d'accepter, docilement, de se mettre sous le masque d'une respiration artificielle, ou encore de se contenter d'une respiration qui n'est pas la sienne.


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