12 000 consultations pour coups et blessures ont été enregistrées durant cette année 2006. Séquestrations, enlèvements, meurtres, menaces, coups, sévices sexuels… autant d'aléas qui ne cessent de ronger l'existence féminine devant le mutisme démesuré aussi bien de la société que des pouvoirs publics qui n'interviennent qu'après dépôt officiel d'une plainte. Autrement dit, les associations habilitées à dénoncer de telles agressions sont en nombre infiniment réduit, notamment dans les contrées de l'intérieur du pays. Dans ce sillage, et pour marquer la Journée mondiale de la violence contre les femmes, le bureau local de l'Association nationale de consultation juridique et information, présidée par Me Aroussi, a initié, durant ce week-end, une rencontre- débat abritée par la salle des conférences Mustapha-Mekki et animée par des personnalités en connaissance du phénomène. “Au sein de la famille, en milieu professionnel ou dans la rue, les pires mortifications peuvent, à la longue, devenir la règle et ce, quel que soit le niveau social ou culturel de la victime ou de son tortionnaire”, s'accordait à dire d'emblée Me Babou, avocat agréé à la cour de Tiaret. Et d'enchaîner : “Cette cruauté a franchi la ligne rouge dans la mesure où, en connaissance de cause, on remarque que les femmes ne sont pas seulement traitées de la sorte pour les rapetisser ou les forcer à se soumettre, mais pour les marquer à jamais tant les séquelles que portent certaines d'entre elles se traduisent parfois par un handicap à vie ou un accès vers l'au-delà.” Les chiffres concernant la violence font peur. Au premier semestre de l'année en cours, les services de sécurité ont enregistré pas moins de 4 268 cas de violences contre les femmes dont 25 se sont soldés par un décès dont 9 en milieu rural et 16 dans les grandes villes. Pour sa part, le Dr Nehar, médecin légiste au sein de l'hôpital Youssef Damardji de Tiaret, maintient que la majorité des cas enregistrés au niveau de son service relèvent des délits conjugaux. Cette dernière trouve trop méprisants ces forfaits qui se sont illustrés par 12 000 consultations durant cette année 2006, dont 189 femmes victimes durant le seul mois de Ramadhan. Aussi, elle n'a pas manqué de mettre en relief le cas de cette jeune femme de 36 ans qui s'est présentée avec une multitude de plaies sur tout le corps. Quant à Amina, assistante sociale au sein de la maternité de Tiaret, elle a préféré relater, en se référant aux écrits et recherches du célèbre psychologue Pierre Daco, les conséquences généralement engendrées par ces violences telles que la frigidité, la stérilité, le masochisme ou la nymphomanie. Néanmoins, l'ampleur du phénomène ne peut être extrapolé seulement à partir des données recueillies par les institutions hospitalières ou sécuritaires dans la mesure où plusieurs femmes vivent leur calvaire intérieurement par peur de représailles si elles viennent à dénoncer leurs bourreaux ou tout simplement par simple pudeur dans les contrées où cela est toujours pris sous l'angle de tabou. R. SALEM