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Da Méziane, c'est le «Djihad», l'engagement et la modestie personnifiés
Publié dans La Nouvelle République le 18 - 11 - 2018

Il y a des hommes, qu'on écrit avec un grand H, et qui de leur vivant n'ont ja-mais souhaité briller dans le ciel de la notoriété, ne serait-ce que dans leur environ-nement immédiat, c'est-à-dire dans la région où ils sont venus au monde, ou dans celle (ou celles) où ils ont travaillé et milité.
Ils sont nombreux, bien sûr, ceux-là mêmes sur qui le pays a mis tout son poids en matière d'espoir, en des moments cruciaux, parce qu'il croyait en leur détermination pour combattre la France coloniale qui a commis un acte odieux, inique et immoral en confisquant une nationalité et un territoire. De ce fait, ces Hommes très jeunes alors qui se trouvaient dans le nombre impressionnant des obstinés et des résolus ont répondu sincèrement, physiquement, à l'appel de Novembre le glorieux, pour venir à bout de difficiles situations que vivait notre peuple, au fil des âges, et auquel l'Histoire a trop souvent fait violence. Ainsi, leur détermination n'a eu point de cesse qu'ils soient parvenus à cette majestueuse réussite, le recouvrement de notre souveraineté nationale, fruit d'un combat opiniâtre, qui a expulsé les pénibles épreuves et les cruelles tortures que notre peuple a connues et subies, pendant plus d'un siècle et qui ne sont pas uniquement physiques, mais aussi morales, politiques, économiques et culturelles.
Da Méziane, l'enfant de Thala Amara, de ces cimes enneigées de la Haute Kabylie, s'inscrit lui aussi dans le chapitre des combattants de la liberté. Il n'a que dix-neuf (19) ans quand il décide d'aller au-devant de son destin, avec la fougue du citoyen spolié, oppressé et la conviction du jeune interdit dans son propre pays, car rejeté dans le statut de colonisé chez les tenants d'un impérialisme abject. Mais au fait, à cet âge-là, le jeune Méziane Izri, qui est venu au monde, un 24 août 1938, dans ce plus grand village de la commune de Tizi-Rached, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, avait-il besoin de rejoindre ce qu'appelaient les Français «les rebelles», «les fellagas» ou «les hors-la-loi», c'est selon, pour exhiber ses muscles et crier sa colère ? N'y avait-il pas autre moyen qui pouvait l'attirer, en quittant ses montagnes «difficiles» pour s'installer chez quelques parents, par exemple, à Alger, et se choisir un métier pour passer convenablement, ou tant bien que mal, sa jeunesse, dans le profit et le calme ?
Penser à cette éventualité ou à d'autres, dans ce genre, c'est méconnaître l'Homme, qui venait à peine de sortir de l'adolescence. Oui, c'est ne pas connaître celui qui est né dans la fournaise de la lutte contre les indus occupants de notre pays, celui que la fortune n'a point épargné en lui ravissant ses parents, à un âge où il avait tant besoin de leur assistance, de leur aide et de leur affection, celui qui, en regardant autour de lui, se trouvait pratiquement seul, du fait que vingt-cinq (25) membres de sa famille, les plus valeureux sont partis renforcer les rangs des moudjahidine au maquis. Pourquoi pas moi, se disait-il ? D'autant qu'à cet âge là, quand on vit sur les hauteurs de la vallée du Sébaou, à Thala Amara, un village qui baigne dans l'Histoire, on ne peut être que révolutionnaire, militant et combattant contre de pré-tendus «pacificateurs» de l'ordre colonial français.
Et encore, posons-nous cette ultime question : n'avait-il pas l'ardeur pour aller se joindre et renforcer la légitimité du combat de son peuple qui a su utiliser sa fougue et son courage dans l'immensité de son territoire, comme une influence décisive ?
Oui, à dix-neuf ans, à l'âge où ses pareils, quelque part dans le pays, s'orientaient en s'adonnant à d'autres aventures, parce que férus de voyages, de loisirs et d'occupations qui leur étaient profitables, lui l'enfant de la Kabylie, victime de la lourde facture des tragédies de l'oppression colonialiste, ne pouvait rester indifférent devant la sauvagerie et le mal incommensurable qu'enduraient les siens dans les majestueuses montagnes du Djayapura, de même que sur l'ensemble du territoire national, pendant cette période sombre de leur Histoire. Ainsi, le jeune Mélaine Izmir, prend le maquis ! Il rejoint ses frères et s'implique pleinement dans le combat libérateur. C'était dur pour lui, mais la détermination était là, présente constamment, cette valeur qui a fait de lui un adulte bien avant son âge et un sacré baroudeur, sans avoir fait «d'école militaire».
Son périple de moudjahid entrepris en 1957, en wilaya 3 et en zone 3, d'abord sous le commandement de l'impétueux batailleur Kaci Ouali Mohand Larbi, et ensuite dans la même wilaya et dans la même zone, sous le commandement de Messaoudi Rabah où il prend part tout jeune qu'il était, mais non moins aguerri par la détermination de vaincre à la grande et célèbre «Bataille de Ath Frah», à Fort national, le mène du Djurdjura à la frontière tunisienne où il y reste aux côtés de «grandes pointures» de la lutte de libération nationale, jusqu'au cessez-le-feu.
La valeur n'attend point le nombre des années, n'est-ce pas ? Et le voilà, notre Da Méziane il mérite ce titre de respect qu'on attribue aux valeureux hommes du Djurdjura, parce que pétris d'expérience et de sacrifice, prenant son courage à deux mains pour cette périlleuse opération d'acheminement d'armes et de munitions.
C'était en 1958 et les combats faisaient rage dans l'ensemble de notre territoire occupé, qu'il fallait arracher des griffes du colonialisme. Da Meziane, avec un petit groupe de djounoud a couvert la distance, de la wilaya 3 à la frontière Est du pays, en dix-huit (18) jours pénibles où il lui fallait éviter tous les dangers pour une si mémorable mission. En effet, une mission dure, mais bien réussie, comme il l'a voulue et comme l'exigeait ses responsables qui, le sachant apte et plein de volonté, lui ont confié ce que d'aucuns redoutaient, non pas par peur, loin s'en faut, mais pour les innombrables dangers qui pouvaient surgir à tout moment.
Ainsi, en 1959, Da Meziane était positionné à la Base de l'Est à Ouchetata, exactement, et servait dans le 2ème bataillon, sous le commandement de Boukhaïr Ali et cela jusqu'à 1961 où il était muté à Seghira toujours en Base de l'Est au 23ème bataillon que commandait Mohamed Ou Mohamed. C'est dire qu'il a fait du chemin, le jeune Kabyle du Djurdjura, à peine âgé de 23 ans. Impensable, par ailleurs, dans les autres guerres, si ce n'est dans les révolutions comme la nôtre qui a démontré cette formidable adhésion de sa jeunesse à la libération de son pays ! Oui, Da Meziane a fait ce chemin avec la volonté qui était sienne, et toujours à Seghira, au 29ème bataillon sous le commandement du même chef, en l'occurrence Ou Mohamed, jusqu'en 1962, et plus exactement, jusqu'à la fin de la lutte de libération où notre peuple et ses combattants en sont sortis victorieux.
Il sera démobilisé en 1963 et libéré des rangs de l'ANP.
C'est là, aussi, le mérite de Da Meziane qui, de la Kabylie jusqu'à la frontière-Est du pays, a su montrer ses capacités de révolutionnaire, de combattant et d'Algérien, digne de ce nom, vivant entièrement l'unité de son peuple dans la bataille du destin, où il a fait son apprentissage pour la libération de son pays avec de grandes pointures qui ont tenu la dragée haute aux forces coloniales, en leur menant un combat des plus tenaces et des plus entêtés, par le biais de leurs commandos que l'Histoire n'oubliera pas de célébrer dans ses pages qui seront écrites, nous le souhaitons vivement, par des mains propres, honnêtes et respectables.
En 1963 donc, démobilisé des rangs de l'ANP quelque mois avant on l'appelait encore l'ALN, Da Meziane prend encore son bâton de pèlerin pour ren-trer de plain-pied dans la vie civile.
Il est à Alger, la blanche Dzayer Beni Mezg-henna là où il s'installe et travaille, durement, assidument, en tant que cheminot, jusqu'à sa retraite, Il choisit cette Entreprise des Chemins de fer et devient ce prolétaire au sens aigu de l'engagement, du sacrifice et de la solidarité, dans cette Ecole qui conservait encore l'ardeur et l'engagent syndicalistes.
Des années sont passées dans ce travail qui lui assurait la pitance de ses enfants. Il bossait durement, comme on dit dans le jargon, parce qu'il fallait vivre et produire. Mais allait-il oublier son passé de moudjahid, allait-il balayer d'un revers de main, cet odyssée infernale et laborieuse historique même qui la mené des majestueuses montagnes de Kabylie jusqu'à la Base de l'Est ?
Allait-il oublier ces terrains de combats qui étaient marqués, tous les jours, par leurs lots de victimes, en termes de chouhada et de blessés ? Non ! Et là, il appelle son fils, son aîné, et lui confie solennellement que son vœu le plus cher était de refaire avec lui, le chemin de cette traversée, en marquant des arrêts dans ces lieux de jadis, selon le programme qu'il s'était imposé pendant les dix-huit jours de marche pénible, mais quoi qu'il en soit passionnante.
Malheureusement, il n'a pu avoir cette occasion de revivre ces journées, que dis-je, ces mémorables journées qu'il voulait partager avec sa progéniture. Enfin, Da Meziane restait l'homme sage, l'homme de bien, l'altruiste qui savait faire des placements dans l'intérêt de ses prochains, sans attendre un quelconque retour. N'a-t-il pas, avant sa mort, creusé un puits dans le village, au moment où les gens pensaient qu'il le réservait à ses propres besoins et ceux de sa famille, ou ce qu'il en restait, parce qu'ils étaient tous à Alger ? Eh bien, non ! Il le creusait pour le bien de la population, de l'ensemble des fellahs et pour abreuver leurs bêtes. Le puits ne sait pas tari, l'eau coule abondamment jusqu'à aujourd'hui avec la bénédiction de Dieu.
Alors, l'on se pose cette question : Da Meziane, savait-il au moins quant à moi je ne le pense pas de quelqu'un qui donne sans calcul que tout le bien qu'il a fait se trouve en bonne place, là-haut, chez le Seigneur des Mondes ? Dans tous les cas, il avait dans la tête d'oublier toutes les bonnes actions qu'il faisait, et il était en règle avec sa conscience ! Ainsi, le 14 juin 2001, il décède et rejoint sa dernière demeure en silence. Il n'a pas laissé de testament, au sens propre du terme, mais une dernière volonté, la sien-ne, pour ce qui est de son enterrement, comme font d'aucuns avant de mourir.
Da Méziane repose chez lui, en Haute Kabylie, sous un olivier qu'il a vu grandir, dans une terre qui appartenait à l'aîné de ses enfants et qui l'a offerte aux gens de son Arch pour devenir un cimetière afin d'enterrer leurs morts. Bon sang ne saurait mentir, n'est-ce pas ? Boudjellil, à côté, c'est là où il se repose de son sommeil éternel. «Ardh Rabbi Terham» la terre de Dieu est toute miséricorde ! Ce lopin de terre qui sert de sépulture à ceux de la région, est situé dans ce petit village souvenir des 40 «Imenfen», ou les 40 bannis dont il y avait, à leur tête, un légendaire héros de la lutte anticolonialiste, Saïd Ou Abdoun, celui qui a été chef de maquis, entre la fin du 19ème siècle et du début du 20ème.
Que n'a-t-il pas choisi le moudjahid, ce Da Meziane, pour son dernier sommeil ? La terre qu'a foulée le combattant Ou Abdoun pour lutter contre les troupes coloniales, et plus tard d'autres commandos de la lutte de libération nationale de Novembre 54 ! Rien que ça ! Et sous l'olivier arbre sacralisé par les Saintes écritu-res, parce que symbole de la paix et dans la bienheureuse odeur des chouhada ! Le Bled de Da Meziane est là, c'est toute cette Algérie, pour laquelle il a combattu et qu'il portait chaleureusement dans son cœur.
Son bled, c'est ce petit village, cette région qui l'a vue naître et atteindre son adolescence. Un geste de cette nature, pour un Kabyle digne de ce nom, a plus de signification dans une société consciente. Et ainsi, Da Méziane nous a transmis le message que nous imaginons ainsi et qui n'est pas loin de la réalité quand on connait un battant et un nationaliste de sa trempe : «Enfants de mon pays, unissez-vous ! Sachez que nos différentes régions qui ont de riches acquis, sont le socle de notre pays qui nous lègue ce merveilleux patrimoine diversifié dans ses couleurs, mais commun dans son ancestralité pour faire revivre les épopées cultu-relles de notre civilisation millénaire et ainsi préserver le patrimoine algérien» Tel est le portrait d'un moudjahid, d'un homme, qui n'a pas cessé, jusqu'à sa mort, de vivre pour le bien et la prospérité de son pays. Ainsi, pour la mémoire collective de notre peuple, il faudrait de temps à autre, mettre en évidence des militants de cette envergure, ceux qui, modestes dans leur combat, modestes dans leur vie de tous les jours, nous ont légué ces valeurs d'exemple, ces valeurs dont nous avons un sérieux besoin aujourd'hui, à l'heure de l'indifférence et des luttes de cloc.
Les remémorer en les célébrant, en plusieurs occasions, nous servirait énormément à combattre l'imposture qui s'est installée en bonne place, déformant ainsi notre Histoire, au moment où de vrais, d'authentiques militants, nationalistes à l'image de Da Meziane, s'égarent dans les archives de l'oubli et s'entament dans les abysses du renoncement. Notre passé glorieux il faut le souligner a besoin de repères, de bons et solides repères.
La nouvelle génération a surtout besoin de ressources crédibles et donc authentiques, pour s'enorgueillir, aujourd'hui et demain, et Da Meziane possédait cette formidable matière pour nous la concéder après sa mort, parce qu'il a fait partie de ce passé célèbre avec tous ses hauts faits, durant ses années de lutte opiniâtre, aux côtés d'illustres moudjahidine. Paix à Da Meziane, à celui qui est retourné à Dieu, après avoir accompli convenablement son devoir national, après avoir bien élevé ses enfants, dans les valeurs du pays, après avoir rivalisé, constamment, dans le bien et l'accomplissement des bonnes œuvres et de la piété. Sa vie a été un exemple de droiture, d'humilité, de bonté, de conscience, de fidélité et de courage ! Pourvu que nous puissions nous présenter, demain, devant le Miséricordieux, avec ces bonnes valeurs !
Frère Da Meziane, repose en paix, tu l'as bien méritée !
Par Kamel Bouchama Auteur


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