CAN 2017/ L'Algérie tête de série: Un derby arabe est possible    Soudani humilié par la Juve    Faiblesse de la productivité, dévaluation du dinar et dominance de la sphère informelle    Un rôle leader dans l'élevage du pur sang arabe et du cheval barbe    L'émouvant message de Messi à Totti    Décès de nourrissons suite à leur vaccination    « Nous allons rattraper le retard en termes de coopération »    Des téléphones portables, des puces et des cartes mémoire récupérés    Un nouvel accord entre l'Algérie et l'organisation R20 d'ici fin 2016    La Syrie n'est qu'un enjeu régional pour les grandes puissances !    PORT D'ALGER : L'affaire des conteneurs sera jugée dans les prochains jours    Abdelouahab Nouri : « 1.560 projets adoptés à l'échelle nationale »    Campagne contre l'islamophobie    Les candidats tirent les leçons de l'empoignade    7e finaliste, 9 titres, 14e finale algérienne    qui sort le plus au cours des matchs ?    Deux explosions visent une mosquée    « El Khotoba » lance la compétition    Visages et paysages d'Algérie    Hommage à Athmani à Tizi Ouzou    L'indice de la criminalité en hausse    Commentaire : Etre ministre de nos jours    11 casemates et 2 bombes artisanales détruites à Batna    Gabon: Ali Bongo prête serment    Le Cameroun jouera l'OM en amical avant l'Algérie    Abdelmalek Sellal impute la responsabilité aux journalistes    Tayeb Louh : "L'affaire va être jugée prochainement"    L'ultimatum des parents d'élèves    Plus de 3 800 stagiaires inscrits à la session de septembre à Khenchela    Ouadhias/Artisanat : La richesse du terroir algérien    On parle pétrole à Alger    Les Verts à l'étranger / Leicester-Porto - une première dans l'histoire du football algérien : Slimani, Mahrez et Brahimi dans un même match de la C1    Mohamed Tamalt serait blessé en prison    Le spectacle "Nanta" débarque à Alger    Recueil de contes populaires dans plusieurs régions du pays en octobre    Le Parti communiste français dénonce les propos de Hollande    Festival du film de Jagran : «La route d'Istanbul» à l'affiche à Bombay    Colombie : l'accord de paix avec les Farc signé    Nouvelle et grave provocation marocaine    Affectés au niveau de 5 tribunaux: Prestation de serment de 30 nouveaux magistrats    Voyager dans un autre temps    Déficit d'enseignants de Physique et de Mathématiques: Les contractuels de retour et un concours de recrutement à l'horizon    Chteibo : un jeune retrouvé pendu    Lancement de trois satellites algériens: L'Algérie fait un pas important dans sa quête de la maîtrise des technologies spatiale et satellitaire.    Le «j'accuse» de Zohra Drif-Bitat    ANSEJ d'Aïn Defla : Plus de 6000 projets financés    Yémen : La coalition arabe veut un règlement d'ensemble    "La réunion de l'Icso va clarifier beaucoup de choses"    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Nous sommes le GIA, nous allons à Paris pour mourir
Publié dans El Watan le 25 - 12 - 2009

Alger, samedi 24 décembre 1994. Le GIA détourne l'avion d'Air France pour tenter de le faire exploser sur la capitale française. Quinze ans après les faits, El Watan Week-end vous fait revivre l'événement.
Ils sont quatre, jeunes, rasés de près, vêtus en costume et en imperméable. Sur leur poitrine, des badges du personnel d'Air Algérie. Sur le tarmac de l'aéroport d'Alger, ils prennent place dans une 305 blanche aux couleurs de la compagnie française et attendent patiemment que tous les passagers montent à bord de l'airbus d'Air France qui doit décoller vers Paris à 11h25. Lorsque tous les voyageurs ont embarqué, les quatre jeunes dont l'un portant un gros sac s'engouffrent à leur tour dans l'appareil. Au commandant de bord, ils se présentent comme des policiers dépêchés par la présidence de la République pour effectuer un dernier contrôle avant le décollage. L'équipage laisse faire et les passagers s'exécutent. Une chanteuse de renom, Hassiba A., installée dans la cabine 1er classe, apostrophe un des policiers en lui tendant son passeport : « Heureusement qu'il y a des hommes comme vous pour nous défendre contre ces ordures de terroristes ! » En guise de réponse, le policier lui assène un coup de poing sur le visage.
Choquée, la femme se rassoit sans protester. Dans l'autre cabine, un autre passager, croyant avoir affaire à des collègues, exhibe alors sa carte de police. Il est conduit vers la porte de sortie avant qu'on l'exécute d'une balle dans la tête. La déflagration provoque l'étonnement, puis la stupeur. C'est à ce moment que le chef du groupe fait irruption dans la cabine première classe, un pistolet à la main avant d'hurler : « Nous sommes le GIA, nous sommes des moudjahidine. » Ce samedi 24 décembre 1994, veille de Noël, un groupe terroriste du GIA conduit par Abdellah Yahia, récemment évadé de la prison de Tazoult, à Batna, vient de prendre le contrôle du vol Air France 8969 avec à son bord 271 passagers et 12 membres d'équipage. A Alger comme à Paris, la nouvelle du détournement fait l'effet d'un cataclysme.
Si les revendications des ravisseurs sont pour le moment floues, leur objectif est précis : décoller sur Paris pour faire crasher l'avion au-dessus de la capitale française. Durant les premières heures de la prise d'otage, les autorités algériennes tentent de négocier la libération d'une partie des passagers. Le groupe terroriste leur formule ses exigences : la libération des dirigeants du FIS dissous, emprisonnés à la prison de Blida après leur condamnation en juin 1992 à douze ans de réclusion. Les heures passent. A l'intérieur de l'avion, les voyageurs sont pétrifiés. « Nous allons tous mourir, parle doctement Yahia. Nous allons à Paris pour exploser l'avion. Ne vous inquiétez pas, vous n'allez rien sentir. Rien sentir… » Prise de panique, la femme d'un ministre fait une crise d'asthme.
Apitoyé par son sort, Yahia demande à la chanteuse de lui venir en aide. Celle-ci accepte, mais négocie : elle voudrait bien la secourir si toutefois le chef consentait à lui rendre sa liberté. Elle fera donc partie du premier groupe de passagers que le groupe libère en début d'après-midi. Un des passagers, un diplomate vietnamien qui rentrait chez lui parce que sa femme venait d'accoucher, connaîtra un funeste sort. Alors qu'il est conduit vers la porte de sortie, un terroriste lui loge une balle dans la nuque. Deuxième victime. La tension est à son comble. Tandis que les Algériens continuent de négocier la libération des passagers, le gouvernement d'Edouard Balladur met la pression sur Alger. En attendant que les autorités algériennes autorisent le décollage de l'appareil ainsi que l'exige Paris, Balladur échafaude un plan B : faire intervenir le GIGN français. C'est ainsi que dans la journée du samedi, des policiers français s'envolent vers Palma de Majorque pour préparer un éventuel assaut.
Sur place, ils s'entraînent à bord d'un airbus identique à celui qui est cloué sur le tarmac d'Alger. Si les Algériens excluent toute possibilité d'une intervention française sur le sol algérien, ils ne pensent moins faire intervenir les fameux Ninjas… Oui, mais comment amadouer entre temps ces fanatiques déterminés à mourir ? Le ministre de l'Intérieur, Meziane Cherif, en charge des négociations, pense avoir trouvé la faille. Il fait venir la mère du Yahia dans la tour de contrôle. Elle parle, tente de raisonner son fils, mais lui reste obstiné. « On se retrouvera au Paradis », lance-t-il en guise d'adieu. Dimanche 25 décembre. Les négociations s'enlisent. Dans la soirée, les terroristes posent un ultimatum : si leurs exigences ne sont pas satisfaites, ils exécuteront un passager toutes les heures. A 21h30, ils passent à l'acte en tuant le cuisinier de l'ambassade de France à Alger, Yannick Meunier. La nouvelle provoque un nouveau pic de tension à Paris. Balladur s'entretient au téléphone avec le président Zeroual. L'échange est vif, musclé, presque discourtois. La France exige que l'avion quitte le sol algérien, Zeroual finit par accéder à la demande. Il est 3 heures du matin en ce lundi 26 décembre quand l'appareil atterrit à l'aéroport de Marignane, à Marseille.
Durant l'heure de vol, les passagers sont soulagés, ils sentent la délivrance. Mais le cauchemar n'est pas encore terminé. A Marseille, les terroristes négocient un plein de kérosène. Leur objectif n'a pas changé d'un iota : gagner Paris pour faire exploser l'avion au-dessus de la Tour Eiffel. Pour ce faire, ils préparent les passagers pour le dernier voyage en diffusant, à partir des haut-parleurs de l'appareil, des versets coraniques, des prêches morbides. « Ils nous parlent de l'au-delà, du paradis, témoigne le chanteur Ferhat M'henni, passager de ce vol. C'est comme si vous vous penchiez sur un cercueil pour renifler cette mort qui vous saisit à plein le corps. » Il est 17h12 quand l'équipe du GIGN donne enfin l'assaut. L'échange est bref, fulgurant, brutal. Retranchés dans la cabine de pilotage, les quatre terroristes sont abattus. Les passagers sont évacués vers l'extérieur tandis que les ravisseurs sont emballés dans des sacs en plastique avant d'être acheminés vers la morgue. Ainsi s'achève le détournement de l'airbus d'Air France du 24 décembre 1994. Mais l'histoire n'est pas finie.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.