Un match plein de promesses    Les Verts terminent 2014 en beauté    "C'est une affaire de justice"    Washington prêt à accueillir Raul Castro    Cazeneuve ouvert à tout acte de coopération    Une fin de campagne électorale houleuse    Benflis accuse l'administration    Une police algérienne toujours plus performante    Louisa Hanoune exprime son "niet"    L'étau se resserre sur les trafiquants    Une femme et son fils blessés    Grine apporte son soutien à Kamel Daoud    Le Grand Prix revient au film canadien Gabrielle    Baisse des cours pétroliers : Le gouvernement écarte toute révision des subventions    Sonatrach 1, autoroute Est-Ouest, Khalifa : Les procès au début 2015    OULED MIMOUN : 1024 agents de douane formés depuis 2009    Blida : Séisme de 4,7 degrés sur les hauteurs de Bouinan    CHLEF: Deux collégiens simulent leur enlèvement    Bordj Bou Arreridj : Un véhicule dérape, 8 morts    ES Sétif : Quatre joueurs convoités par des clubs étrangers    La déflagration    Tuez le, ce chroniqueur !    « Le développement du terrorisme est le nouveau défi pour la police arabe »    Les relations algéro-cubaines hissées à un véritable partenariat    USM Alger    EnquÃate-Témoignages    L’hiver en lumiÚres de Bab-El-Oued    Filet de veau en papillote    Pas d’exception    MC El-Eulma    Afrique du Sud    Comme le vent projeté au FICA    ACTUCULT    Au moins 11 morts    Libye : Les pays africains exhortent les occidentaux à agir    Le Parlement échoue à élire un chef d'Etat dès le 1er tour : La Grèce au seuil d'une crise politique    Crédits sans intérêts : 28 % ont été remboursés à l'échelle nationale    Wilaya d'Alger : Le budget primitif 2015 arrêté à plus de 35 milliards DA    USA : Baisse inférieure aux attentes des stocks de brut    Marché mondial des produits agricoles : Café, cacao et sucre pénalisés par leur disponibilité    Petrobras : Fin d'année noire pour la compagnie phare du Brésil    S'en sortir ou nous en sortir ?    Verts d'Europe : Riyad Mahrez attise les convoitises du continent    Quand les médias s'en mêlent    La crise assombrit l'horizon des Algériens    Entre réalisme et défaitisme    Un programme de formation en Algérie    Timbuktu : l'intégrisme source de tous les maux    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.




Vos amis recommandent

Nous sommes le GIA, nous allons à Paris pour mourir
Publié dans El Watan le 25 - 12 - 2009

Alger, samedi 24 décembre 1994. Le GIA détourne l'avion d'Air France pour tenter de le faire exploser sur la capitale française. Quinze ans après les faits, El Watan Week-end vous fait revivre l'événement.
Ils sont quatre, jeunes, rasés de près, vêtus en costume et en imperméable. Sur leur poitrine, des badges du personnel d'Air Algérie. Sur le tarmac de l'aéroport d'Alger, ils prennent place dans une 305 blanche aux couleurs de la compagnie française et attendent patiemment que tous les passagers montent à bord de l'airbus d'Air France qui doit décoller vers Paris à 11h25. Lorsque tous les voyageurs ont embarqué, les quatre jeunes dont l'un portant un gros sac s'engouffrent à leur tour dans l'appareil. Au commandant de bord, ils se présentent comme des policiers dépêchés par la présidence de la République pour effectuer un dernier contrôle avant le décollage. L'équipage laisse faire et les passagers s'exécutent. Une chanteuse de renom, Hassiba A., installée dans la cabine 1er classe, apostrophe un des policiers en lui tendant son passeport : « Heureusement qu'il y a des hommes comme vous pour nous défendre contre ces ordures de terroristes ! » En guise de réponse, le policier lui assène un coup de poing sur le visage.
Choquée, la femme se rassoit sans protester. Dans l'autre cabine, un autre passager, croyant avoir affaire à des collègues, exhibe alors sa carte de police. Il est conduit vers la porte de sortie avant qu'on l'exécute d'une balle dans la tête. La déflagration provoque l'étonnement, puis la stupeur. C'est à ce moment que le chef du groupe fait irruption dans la cabine première classe, un pistolet à la main avant d'hurler : « Nous sommes le GIA, nous sommes des moudjahidine. » Ce samedi 24 décembre 1994, veille de Noël, un groupe terroriste du GIA conduit par Abdellah Yahia, récemment évadé de la prison de Tazoult, à Batna, vient de prendre le contrôle du vol Air France 8969 avec à son bord 271 passagers et 12 membres d'équipage. A Alger comme à Paris, la nouvelle du détournement fait l'effet d'un cataclysme.
Si les revendications des ravisseurs sont pour le moment floues, leur objectif est précis : décoller sur Paris pour faire crasher l'avion au-dessus de la capitale française. Durant les premières heures de la prise d'otage, les autorités algériennes tentent de négocier la libération d'une partie des passagers. Le groupe terroriste leur formule ses exigences : la libération des dirigeants du FIS dissous, emprisonnés à la prison de Blida après leur condamnation en juin 1992 à douze ans de réclusion. Les heures passent. A l'intérieur de l'avion, les voyageurs sont pétrifiés. « Nous allons tous mourir, parle doctement Yahia. Nous allons à Paris pour exploser l'avion. Ne vous inquiétez pas, vous n'allez rien sentir. Rien sentir… » Prise de panique, la femme d'un ministre fait une crise d'asthme.
Apitoyé par son sort, Yahia demande à la chanteuse de lui venir en aide. Celle-ci accepte, mais négocie : elle voudrait bien la secourir si toutefois le chef consentait à lui rendre sa liberté. Elle fera donc partie du premier groupe de passagers que le groupe libère en début d'après-midi. Un des passagers, un diplomate vietnamien qui rentrait chez lui parce que sa femme venait d'accoucher, connaîtra un funeste sort. Alors qu'il est conduit vers la porte de sortie, un terroriste lui loge une balle dans la nuque. Deuxième victime. La tension est à son comble. Tandis que les Algériens continuent de négocier la libération des passagers, le gouvernement d'Edouard Balladur met la pression sur Alger. En attendant que les autorités algériennes autorisent le décollage de l'appareil ainsi que l'exige Paris, Balladur échafaude un plan B : faire intervenir le GIGN français. C'est ainsi que dans la journée du samedi, des policiers français s'envolent vers Palma de Majorque pour préparer un éventuel assaut.
Sur place, ils s'entraînent à bord d'un airbus identique à celui qui est cloué sur le tarmac d'Alger. Si les Algériens excluent toute possibilité d'une intervention française sur le sol algérien, ils ne pensent moins faire intervenir les fameux Ninjas… Oui, mais comment amadouer entre temps ces fanatiques déterminés à mourir ? Le ministre de l'Intérieur, Meziane Cherif, en charge des négociations, pense avoir trouvé la faille. Il fait venir la mère du Yahia dans la tour de contrôle. Elle parle, tente de raisonner son fils, mais lui reste obstiné. « On se retrouvera au Paradis », lance-t-il en guise d'adieu. Dimanche 25 décembre. Les négociations s'enlisent. Dans la soirée, les terroristes posent un ultimatum : si leurs exigences ne sont pas satisfaites, ils exécuteront un passager toutes les heures. A 21h30, ils passent à l'acte en tuant le cuisinier de l'ambassade de France à Alger, Yannick Meunier. La nouvelle provoque un nouveau pic de tension à Paris. Balladur s'entretient au téléphone avec le président Zeroual. L'échange est vif, musclé, presque discourtois. La France exige que l'avion quitte le sol algérien, Zeroual finit par accéder à la demande. Il est 3 heures du matin en ce lundi 26 décembre quand l'appareil atterrit à l'aéroport de Marignane, à Marseille.
Durant l'heure de vol, les passagers sont soulagés, ils sentent la délivrance. Mais le cauchemar n'est pas encore terminé. A Marseille, les terroristes négocient un plein de kérosène. Leur objectif n'a pas changé d'un iota : gagner Paris pour faire exploser l'avion au-dessus de la Tour Eiffel. Pour ce faire, ils préparent les passagers pour le dernier voyage en diffusant, à partir des haut-parleurs de l'appareil, des versets coraniques, des prêches morbides. « Ils nous parlent de l'au-delà, du paradis, témoigne le chanteur Ferhat M'henni, passager de ce vol. C'est comme si vous vous penchiez sur un cercueil pour renifler cette mort qui vous saisit à plein le corps. » Il est 17h12 quand l'équipe du GIGN donne enfin l'assaut. L'échange est bref, fulgurant, brutal. Retranchés dans la cabine de pilotage, les quatre terroristes sont abattus. Les passagers sont évacués vers l'extérieur tandis que les ravisseurs sont emballés dans des sacs en plastique avant d'être acheminés vers la morgue. Ainsi s'achève le détournement de l'airbus d'Air France du 24 décembre 1994. Mais l'histoire n'est pas finie.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.