Cession d'actifs du groupe El Khabar à Cevital: polémique autour d'une affaire relevant des compétences de la justice    Le Parti national écossais remporte les législatives en Ecosse    Messahel salue le transfert à Tripoli du conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale libyen    Le pétrole repasse sous 45 dollars à Londres    La lente disparition du billet "Ben Laden"    Le Département d'Etat a autorisé la vente à la Tunisie de 24 hélicoptères de reconnaissance Bell OH-58D Kiowa    Classement Fifa : l'Algérie conserve sa 33e place mondiale    Liverpool : Kolo Touré rend hommage à Sakho    Leicester : Mahrez aurait pris sa décision !    PSG : La Roma a pris sa décision pour Digne    L'aveuglement du regard des autres    Afghanistan: la bonne récolte de pavot inquiète les Américains    Les cours du pétrole terminent en petite hausse    Ouyahia plébiscité Secrétaire général du RND    Dans la peau d'un trader : SMS 2    La foule en question    La spiruline, ou le "super aliment"    La Colombie déclare 74 prisons en état d'urgence sanitaire    Espagne: premier cas détecté de microcéphalie associée au virus Zika    Trump embauche un directeur financier pour sa campagne nationale    Le piano: histoire d'un instrument    L'art, une histoire de perception...    Mettre fin au gaspillage alimentaire est un vrai défi pour la région MENA (rapport de la FAO)    Comment l'Arabie Saoudite va sortir du piège pétrole avant l'Algérie    Sidati plaide pour la mise en oeuvre de mesures permettant de rétablir la pleine fonctionnalité de la Minurso    Festival du film arabe de Corée du sud: le réalisateur algérien Merzak Allouache à l'honneur    Début des travaux du congrès extraordinaire du RND à l'Aurassi    Le chantage se poursuit    La Protection civile fin prête    Réactions    Histoire de deux tragédies    Plaidoyer pour l'adaptabilité des langues étrangères    MCA : Changement au niveau du staff technique : Amrouche et Menad pour la nouvelle saison ?    Syrie / Une trêve a été conclue hier : Alep, le silence des armes    Alger / Relogement : Bientôt une autre opération    Tabagisme : 45 Algériens en meurent chaque jour    MOB : Ultimes réglages avant l'ES Tunis : Les défections inquiètent Amrani    Skikda: Les terroristes en déroute, échec d'une tentative de fuite    Conflit syrien: Paris rameute d'infréquentables soutiens    Constantine - Les candidats au bac attendent toujours leurs cartes biométriques    Maladies saisonnières: Le dispositif d'alerte activé    Photo de Bouteflika: Valls plaide sa bonne foi auprès de Sellal    Ligue des champions : La meilleure équipe d'Europe, c'est l'Atlético    Ultime explication pour le maintien    Des parlementaires contre-attaquent    Séminaire autour du droit du sport    Le Keblouti, source de la littérature révolutionnaire    Selon Mohamed Aissa : L'Islam qu'on connaît au Maghreb et en Afrique a une seule source    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Nous sommes le GIA, nous allons à Paris pour mourir
Publié dans El Watan le 25 - 12 - 2009

Alger, samedi 24 décembre 1994. Le GIA détourne l'avion d'Air France pour tenter de le faire exploser sur la capitale française. Quinze ans après les faits, El Watan Week-end vous fait revivre l'événement.
Ils sont quatre, jeunes, rasés de près, vêtus en costume et en imperméable. Sur leur poitrine, des badges du personnel d'Air Algérie. Sur le tarmac de l'aéroport d'Alger, ils prennent place dans une 305 blanche aux couleurs de la compagnie française et attendent patiemment que tous les passagers montent à bord de l'airbus d'Air France qui doit décoller vers Paris à 11h25. Lorsque tous les voyageurs ont embarqué, les quatre jeunes dont l'un portant un gros sac s'engouffrent à leur tour dans l'appareil. Au commandant de bord, ils se présentent comme des policiers dépêchés par la présidence de la République pour effectuer un dernier contrôle avant le décollage. L'équipage laisse faire et les passagers s'exécutent. Une chanteuse de renom, Hassiba A., installée dans la cabine 1er classe, apostrophe un des policiers en lui tendant son passeport : « Heureusement qu'il y a des hommes comme vous pour nous défendre contre ces ordures de terroristes ! » En guise de réponse, le policier lui assène un coup de poing sur le visage.
Choquée, la femme se rassoit sans protester. Dans l'autre cabine, un autre passager, croyant avoir affaire à des collègues, exhibe alors sa carte de police. Il est conduit vers la porte de sortie avant qu'on l'exécute d'une balle dans la tête. La déflagration provoque l'étonnement, puis la stupeur. C'est à ce moment que le chef du groupe fait irruption dans la cabine première classe, un pistolet à la main avant d'hurler : « Nous sommes le GIA, nous sommes des moudjahidine. » Ce samedi 24 décembre 1994, veille de Noël, un groupe terroriste du GIA conduit par Abdellah Yahia, récemment évadé de la prison de Tazoult, à Batna, vient de prendre le contrôle du vol Air France 8969 avec à son bord 271 passagers et 12 membres d'équipage. A Alger comme à Paris, la nouvelle du détournement fait l'effet d'un cataclysme.
Si les revendications des ravisseurs sont pour le moment floues, leur objectif est précis : décoller sur Paris pour faire crasher l'avion au-dessus de la capitale française. Durant les premières heures de la prise d'otage, les autorités algériennes tentent de négocier la libération d'une partie des passagers. Le groupe terroriste leur formule ses exigences : la libération des dirigeants du FIS dissous, emprisonnés à la prison de Blida après leur condamnation en juin 1992 à douze ans de réclusion. Les heures passent. A l'intérieur de l'avion, les voyageurs sont pétrifiés. « Nous allons tous mourir, parle doctement Yahia. Nous allons à Paris pour exploser l'avion. Ne vous inquiétez pas, vous n'allez rien sentir. Rien sentir… » Prise de panique, la femme d'un ministre fait une crise d'asthme.
Apitoyé par son sort, Yahia demande à la chanteuse de lui venir en aide. Celle-ci accepte, mais négocie : elle voudrait bien la secourir si toutefois le chef consentait à lui rendre sa liberté. Elle fera donc partie du premier groupe de passagers que le groupe libère en début d'après-midi. Un des passagers, un diplomate vietnamien qui rentrait chez lui parce que sa femme venait d'accoucher, connaîtra un funeste sort. Alors qu'il est conduit vers la porte de sortie, un terroriste lui loge une balle dans la nuque. Deuxième victime. La tension est à son comble. Tandis que les Algériens continuent de négocier la libération des passagers, le gouvernement d'Edouard Balladur met la pression sur Alger. En attendant que les autorités algériennes autorisent le décollage de l'appareil ainsi que l'exige Paris, Balladur échafaude un plan B : faire intervenir le GIGN français. C'est ainsi que dans la journée du samedi, des policiers français s'envolent vers Palma de Majorque pour préparer un éventuel assaut.
Sur place, ils s'entraînent à bord d'un airbus identique à celui qui est cloué sur le tarmac d'Alger. Si les Algériens excluent toute possibilité d'une intervention française sur le sol algérien, ils ne pensent moins faire intervenir les fameux Ninjas… Oui, mais comment amadouer entre temps ces fanatiques déterminés à mourir ? Le ministre de l'Intérieur, Meziane Cherif, en charge des négociations, pense avoir trouvé la faille. Il fait venir la mère du Yahia dans la tour de contrôle. Elle parle, tente de raisonner son fils, mais lui reste obstiné. « On se retrouvera au Paradis », lance-t-il en guise d'adieu. Dimanche 25 décembre. Les négociations s'enlisent. Dans la soirée, les terroristes posent un ultimatum : si leurs exigences ne sont pas satisfaites, ils exécuteront un passager toutes les heures. A 21h30, ils passent à l'acte en tuant le cuisinier de l'ambassade de France à Alger, Yannick Meunier. La nouvelle provoque un nouveau pic de tension à Paris. Balladur s'entretient au téléphone avec le président Zeroual. L'échange est vif, musclé, presque discourtois. La France exige que l'avion quitte le sol algérien, Zeroual finit par accéder à la demande. Il est 3 heures du matin en ce lundi 26 décembre quand l'appareil atterrit à l'aéroport de Marignane, à Marseille.
Durant l'heure de vol, les passagers sont soulagés, ils sentent la délivrance. Mais le cauchemar n'est pas encore terminé. A Marseille, les terroristes négocient un plein de kérosène. Leur objectif n'a pas changé d'un iota : gagner Paris pour faire exploser l'avion au-dessus de la Tour Eiffel. Pour ce faire, ils préparent les passagers pour le dernier voyage en diffusant, à partir des haut-parleurs de l'appareil, des versets coraniques, des prêches morbides. « Ils nous parlent de l'au-delà, du paradis, témoigne le chanteur Ferhat M'henni, passager de ce vol. C'est comme si vous vous penchiez sur un cercueil pour renifler cette mort qui vous saisit à plein le corps. » Il est 17h12 quand l'équipe du GIGN donne enfin l'assaut. L'échange est bref, fulgurant, brutal. Retranchés dans la cabine de pilotage, les quatre terroristes sont abattus. Les passagers sont évacués vers l'extérieur tandis que les ravisseurs sont emballés dans des sacs en plastique avant d'être acheminés vers la morgue. Ainsi s'achève le détournement de l'airbus d'Air France du 24 décembre 1994. Mais l'histoire n'est pas finie.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.