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Une mémoire dans la mémoire
Mahfoud Kaddache était un éminent historien et un auteur prolixe
Publié dans El Watan le 01 - 08 - 2006

Décédé dimanche dernier d'une attaque cardiaque à l'hôpital de Aïn Naâdja, l'historien Mahfoud Kaddache constitue une figure emblématique et une autorité intellectuelle incontestable dans sa quête sempiternelle et inassouvie de la mémoire.
Une mémoire à ce jour tronquée et falsifiée, prisonnière, entre autres, des chapelles idéologiques. Outre son statut d'historien, Mahfoud Kaddache a un long parcours dans les Scouts musulmans algériens (SMA) et la lutte du peuple algérien pour son indépendance. Né en 1921 à La Casbah d'Alger, où son père est mandataire à la rue de la Lyre, il est initié à son jeune âge aux vicissitudes de la vie. En effet, il exerce plusieurs petits métiers : marchand de légumes, vendeur de savonnettes et de produits de beauté. En parallèle, il mène de brillantes études : certificat d'études, brevet élémentaire, brevet supérieur, licence d'histoire, et quelques années plus tard, doctorat d'Etat. Il devient un des animateurs principaux des SMA créés en 1939, alors que les premiers groupes scouts sont fondés en 1936. Les autorités coloniales ne sont pas restées indifférentes aux activités des SMA. A leur égard, elles sévissent par la répression. Des activités des scouts sont interdites. Adolescent, Kaddache assume des responsabilités. Il est commissaire local puis chef du groupe El Kotb en 1940. En 1941, le président des SMA, Mohamed Bouras, est condamné puis fusillé. Les forces coloniales pensent même dissoudre ces groupes. Avec ses amis du groupe El Kotb, il prend part au défilé du 1er mai 1945. Durant 1946, sont créés plusieurs camps avec les scouts français. Kaddache devient secrétaire général. Au cours de manifestations internationales à Prague, Budapest, Bucarest et Paris, plusieurs chefs scouts affichent leur lien avec le PPA. Vient la guerre de Libération nationale de 1954, Mahfoud Kaddache a répondu présent. Il est menacé par un article du journal Rivol puis échappe à deux tentatives d'assassinat par l'OAS. Au cours d'une audience accordée en 1961 par le général de Gaulle, il plaide avec l'écrivain Mouloud Feraoun en faveur de la négociation et la paix. Après l'indépendance, il se consacre à la recherche, une aventure intellectuelle qui intervient dans un contexte politique difficile. Les organisations de masse sont contrôlées et deviennent des satellites du pouvoir, et la liberté d'expression est asphyxiée. Ainsi, les lendemains de la fête sont très courts avec tous ces espoirs qui ont vite fini par se faner. Dans cette situation, l'histoire devient un enjeu idéologique important pour un pouvoir soucieux uniquement de sa pérennité. Des intellectuels organiques se penchent sur la mémoire d'une manière sélective, partiale et biaisée, des figures historiques sont bannies. Conscient de ces enjeux, Mahfoud Kaddache se consacre à l'histoire de son pays avec rigueur scientifique et lucidité. Pour lui, l'histoire est une science. Se situant en dehors de toute chapelle idéologique, il explique les évènements et les confronte avec un esprit d'analyse perspicace. Il recourt à la sociologie et à l'économie, entre autres sciences, pour étudier les avatars de l'histoire. Mahfoud Kaddache a écrit quatorze ouvrages. Exemple de cet héritage, L'Algérie médiévale (éditions Enal, Alger 1992). Une période marquée sur le plan politique, selon l'auteur, par l'émergence de nombreux Etats, à l'exemple des Kharejites de Tahert, des Zirides d'Achir, des Hammadites de Béjaïa et des Zyanides de Tlemcen. Ainsi que des Etats empires, tentatives pour unifier toute l'Afrique du Nord. Il cite en ce sens les Fatimides (909-1171) venus d'Orient et dont le fer de lance est une tribu berbère, les Kotamas, avec les Mourabitoun (1056-1147) partis du Sud marocain pour atteindre tout le Maroc, l'Ouest algérien et l'Andalousie. Les Berbères de l'Atlas, à leur tête Ibn Toumert et Abdelmoumen, permettent aux Mouwahidoun de régner sur trois pays nord-africains et l'Andalousie (1130-1269). En 1993 est publié Histoire du nationalisme algérien (éditions Enal - Alger). En deux volumes, l'historien analyse la période 1919-1951 du mouvement national algérien. L'ouvrage est divisé en cinq parties. La première, « L'Algérie au lendemain de la Première Guerre mondiale (1919-1926) », aborde la situation des Algériens et l'attitude des Européens, en majorité hostiles à la question algérienne. Suit « La période 1927-1935 ou les années difficiles ». Il y est constaté que « le pouvoir colonial est maître de la situation… Les partisans de l'Islah (la réforme) sont plus portés sur les questions culturelles et religieuses que sur les revendications politiques. Seuls l'Etoile nord-africaine et le parti communiste menacent l'ordre établi, mais leur emprise sur les masses est encore insignifiante ». Dans « La période 1936-1939. D'un congrès à l'autre. Les progrès du nationalisme » est relevé « le fait essentiel » traduit par « le reniement de la question algérienne par le parti communiste qui réussit, face au Front populaire européen, à regrouper les élus, les notables et même les oulémas dans le congrès musulman autour d'un programme revendicatif assimilationniste axé principalement sur le projet Blum-Violette ». Le PPA est « le seul de tous les partis, face à la répression administrative et aux partis regroupés au sein du Congrès musulman », à défendre « la thèse de l'indépendance nationale ». Dans « L'Algérie musulmane durant la Seconde Guerre mondiale » l'auteur observe que « la thèse de la patrie algérienne et de l'indépendance de l'Algérie fait de grands progrès grâce aux activités clandestines du PPA, au ralliement des oulémas, des notables et des élus au ‘‘manifeste'' de Ferhat Abbas que rejetèrent tous les Européens, ceux de la résistance — les communistes compris — comme ceux de la droite coloniale ». La cinquième et dernière partie est intitulée « Les échecs politiques. L'impasse (1946-1951) ». La tendance nationaliste révolutionnaire prône tous « les moyens de lutte dans la légalité et la clandestinité : le combat et la lutte armée ». Le gouvernement de de Gaulle, « n'ayant pas pris en considération les propositions du manifeste, les élus, les oulémas et les nationalistes du PPA se regroupèrent autour d'un mouvement unitaire, les ‘‘Amis du manifeste et de la liberté'' (AML). Y est analysée aussi la situation de la création et de la dissolution de l'OS ». En 2003, Mahfoud Kaddache publie L'Algérie des Algériens. De la préhistoire à 1945 (éditions Paris-Méditerranée). Cet ouvrage regroupe quatre volumes édités séparément, à savoir L'Algérie dans l'Antiquité, L'Algérie médiévale, L'Algérie durant la période ottomane et L'Algérie des Algériens. Dans sa préface, l'auteur indique que l'Algérie est « une longue histoire. Les historiens ont souvent insisté sur les peuples qui ont envahi le pays sans s'appesantir sur les autochtones. D'intéressantes études ont paru sur les différentes périodes du passé de l'Afrique du Nord et du Maghreb, les multiples invasions subies, les différents souverains… Mais tout cela concerne l'ensemble du grand territoire nord-africain. Peu ont été consacrées au territoire actuel algérien ». Il constate qu'aujourd'hui « les citoyens de l'Etat national algérien ont besoin de connaître l'histoire de leur propre territoire, celle qui est imbriquée dans la grande histoire de l'Afrique du Nord et du Maghreb, mais aussi celle des Etats ancêtres de l'Algérie actuelle, la Numidie, le royaume de Tahert, l'Algérie ottomane et l'Algérie coloniale. Ils y découvriront les sources de leur identité, les constantes de leur résistance multiforme et les acquis légués par les différents peuples et les civilisations qu'ils ont côtoyés ». La disparition de Mahfoud Kaddache est une grande perte pour l'Algérie. Il a légué aux nouvelles générations une œuvre monumentale où elles peuvent retrouver leurs mémoires, repères et identité. Une œuvre qui leur permettra de se réconcilier avec leur passé pour mieux aborder l'avenir. Une œuvre qui secoue la question sempiternelle de la réécriture de l'histoire de l'Algérie. Une question qui demeure d'actualité.

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