InfoSoir : Quelle conséquence sur l'esprit et la motivation des élèves après un mois de grèves ? Dr K.Abdeslam : Bien sûr, la grève qui dure plus de trois jours provoque un déséquilibre psychique et pédagogique chez les élèves. Car le vide leur fait sentir le désarroi et le laxisme. Il provoque chez eux l'oubli des connaissances et affaiblit leur motivation, surtout que les enfants, de nature, ont tendance à se dégager des obligations scolaires et aiment jouer plutôt que de réviser. La grève est souvent annoncée pour une durée illimitée, à qui profite-t-elle ? La grève n'est jamais bénéfique. Elle ne l'est ni pour les élèves, ni pour le rendement de l'école nationale, ni pour l'image de l'Etat algérien dans les institutions internationales, notamment l'Unesco. Il faut savoir que le volume horaire exigé pour atteindre les objectifs déterminés et développer les compétences ciblées est un paramètre indispensable pour valoriser nos diplômes, nos attestations, ainsi que la qualité de la formation et de l'éducation. Etes-vous d'accord avec ceux qui disent que la responsabilité des syndicats dans ce blocage est entière ? Bien sûr, les syndicats sont aussi responsables que la tutelle (MEN). Ils ne parlent que de leurs droits sans jamais assumer leurs devoirs. Et ils ne parlent que des salaires sans aucune revendication liée à la qualité de l'éducation, sa dégradation, ses programmes, les stratégies d'enseignement, les moyens didactiques, ainsi que la surcharge des classes qui perturbe l'efficacité de l'acte pédagogique. Ils parlent encore moins de la réforme qui a échoué sur plusieurs aspects tels que le manque de formation sur les nouvelles approches pédagogiques exigées par les nouveaux programmes. Les enseignants sont surpris pourtant chaque début d'année par des manuels et un programme sans aucune préparation ni formation pour maîtriser les méthodes et concepts inclus. Pour sa part, le ministère applique la politique de la fuite en avant sans trancher sur les dossiers en attente. Quelles sont à votre avis les mesures urgentes que devrait prendre le ministère de l'Education pour changer la donne ? Les mesures d'urgence sont :annuler les vacances de printemps pour les établissements touchés par la grève. Ouvrir un débat scientifique non pas politique sur notre école et son devenir avec des spécialistes et impliquer les parents d'élèves pour qu'ils prennent leurs responsabilités. Sensibiliser la société et dévoiler toutes les pratiques perturbantes de notre école en ayant le courage de stopper ce trabendo pédagogique. Il est aussi important de réorganiser les cours de soutien au niveau des écoles sous la surveillance des parents et de l'Etat. Sans oublier de régler les problèmes socioprofessionnels et pédagogiques des enseignants pour ne pas les laisser gangrener la scolarisation de nos enfants. * Maître de conférences au département de psychologie et sciences de l'éducation et orthophonie à l'université de Sétif II