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SALLES DES FÊTES A SKIKDA
Mécontentement citoyen, concurrence déloyale et cadre juridique défavorable
Publié dans Le Soir d'Algérie le 02 - 09 - 2007

Phénomène social à la mode ces dernières années, les salles des fêtes sont curieusement confrontées à la “concurrence” des groupements scolaires, à un cadre juridique jugé défavorable et à une grogne citoyenne.
On dénombre à Skikda, 16 salles dont 10 au chef-lieu sans compter les bâtisses anarchiques, particulièrement dans la région de Azzaba. Les prix varient d'une salle à l'autre. Entre 3,5 et 7 millions de centimes la journée. Souvent on affiche complet dès le début de la saison estivale. C'est le même cas pour les écoles primaires. Les Skikdis, férus de fêtes de mariage étalées sur toute la semaine, ont trouvé dans ces édifices une occasion en or pour faire l'économie de leurs efforts. Restera, bien sûr, la contrepartie en matière de prestations de service et de disponibilité des commodités recherchées qui n'est pas toujours à la mesure des attentes. “Elle ne mérite même pas 10 000 DA pour sa location”, nous dira un citoyen au sujet d'une salle dont nous tairons le nom du gérant. “Au sein des salles, la climatisation fait défaut, on y suffoque, les chaises sont celles des salles de cours du cycle primaire et, au niveau de la cuisine, c'est très restreint”, précise-t-il.
Nuisance sonore : principal effet détenteur du mécontentement
L'évolution n'est pas le credo des salles des fêtes. En dépit de l'ancienneté de quelques-unes, rarement, pour ne pas dire jamais, on a assisté au lancement de travaux d'aménagement externe ni a une quelconque reconfiguration du décor intérieur. “Je suis invité à des mariages dans cette salle et chaque année, c'est le même décor”, déclare un habitué des fêtes de mariage. Bien sûr, pour d'autres, récemment construites, l'amélioration se constate au niveau de la façade extérieure. Pour cause de tapage nocturne généré par des nuisances sonores, elles sont parfois la cible d'une grogne citoyenne. Selon Bouglouf Hacène, le président de l'association locale des salles des fêtes et vice-président national de la même union, “on parle de nuisances alors que celles générées par les groupements scolaires est plus dérangeante, pourtant personne n'en parle. Les mariages organisés au sein des cités le sont encore plus. A titre comparatif, nous sommes les seuls à respecter les horaires, en dépit des dispositions réglementaires qui nous autorisent à aller jusqu'à 2h 30 du matin”. Dans ce même contexte, et parlant également de la salle des fêtes de la cité Aïssa- Boukerma, dont il est propriétaire par procuration, il affirmera sur un ton de défi : “Jamais au grand jamais, on n'a dépassé minuit, nos clients peuvent en témoigner.” Il expliquera aussi, en parlant de nuisance, “il y a des normes pour en parler, on ne doit pas dépasser les 75 décibels, moins que ça, ce sont des sonorités tolérables. Même dans les pays développés, en passant devant des salles des fêtes, on entend du bruit. De plus, nous sommes en été, logiquement l'heure d'aller se coucher n'est pas la même qu'en hiver”. A plusieurs reprises, des comités de quartier et des collectifs d'habitants ont déposé une plainte pour tapage nocturne ou dénoncé par voie de presse les dépassements. Le déplacement des forces de l'ordre a été nécessaire pour tempérer momentanément les ardeurs. Pour y remédier, notre interlocuteur propose le recours à la formule des centres commerciaux, “c'est l'unique alternative pour éviter les désagréments aux citoyens. Le hic c'est que ce sont souvent des bâtisses devenues à usage d'habitation !” Il y a lieu de souligner aussi que, depuis, une haine viscérale s'est créée entre quelques habitants et les gérants de salles des fêtes ! La justice en sait quelque chose. Une deuxième solution peut être prônée : “Organiser des mariages à l'algéroise : café et gâteaux l'après-midi et plier bagage”, déclare-t-il. Une formule qui peut trouver preneur. Ne soufflant mot sur la concurrence loyale, Bouglouf ne mâche pas ses mots, par contre, au sujet de celle déloyale — l'accord donné par l'APC pour l'utilisation des groupements scolaires — “pourtant la loi interdit ce genre de pratiques, on n'en tient pas compte. Skikda serait la seule commune à l'échelle de wilaya à l'outrepasser”. Durant toute la période estivale, tous les groupements scolaires ont abrité des fêtes de mariage. Il était très difficile même de réserver une place !
Le décret 05.207, l'illustration d'un cadre juridique défavorable !
Reste le cadre juridique dans lequel fonctionnent les “abris des fêtes de mariage”. Lors d'une conférence de presse, le président de l'union locale a identifié la principale entrave, le décret 05.207 du 4 juin 2005, qui “assimile les salles des fêtes à un cabaret ou une boîte de nuit”. Et d'enchaîner : “Notre demande de modifier le décret est restée sans réponse car il devra également prendre en considération les spécificités régionales.” Deux cents salles sont fermées uniquement sur le territoire de la capitale pour cause de l'application dudit décret. “On s'étonne également que la durée d'autorisation d'exploitation pour les cabarets soit de 5 ans, alors qu'elle est seulement de 2 ans pour les salles des fêtes, selon l'article 08.” Cette durée d'exploitation demeure insuffisante pour rentabiliser un investissement aussi lourd. Autre détail lié à la mauvaise interprétation que font les instances compétentes des dispositions réglementaires, l'article 26 qui stipule que “les gérants des salles des fêtes ont une année pour se conformer à la loi, alors que souvent, pour ce même motif, il a suffi d'un mois seulement pour que les services concernés interviennent pour la fermeture de salles”.
Une commission présidentielle est-ce nécessaire ?
L'idée est d'un collectif d'habitants de la cité Aïssa-Boukerma qui s'est traduite par l'envoi de correspondances à la présidence de la République, la chefferie du gouvernement et au ministère de l'Intérieur. Les arguments avancés sont “aucune enquête publique préalable ne fut menée malgré les dispositions du décret exécutif 05-207, notamment l'article 12”, “des avis défavorables de la Sûreté de wilaya et de la DUC pour respectivement trouble à l'ordre public, non-conformité de la construction et non-respect du CES ont été émis” et “aucune enquête commodo et incommodo n'a été effectuée”. Des carences qui sont communes à plusieurs d'entre elles. Ce qui n'a pas empêché leur régularisation par les services de la wilaya. Il est utile de mentionner que la réglementation en vigueur, soit la circulaire ministérielle 01/007 datée du 08/10/2001, stipule que les salles des fêtes ne doivent pas être collées à des habitations. Ce qui n'est pas le cas le plus souvent. De même que les désagréments causés à la circulation du fait de l'inexistence d'un parc de stationnement pour quelques-unes d'entre elles sont un véritable casse-tête pour les automobilistes. Devenues partie prenante de l'environnement économique local (leur contribution à la création d'emplois n'est pas à négliger), les salles des fêtes, fortes de l'appui structuré de l'union locale du même nom, se doivent de s'assainir et d'asseoir une stratégie qui prenne en considération les intérêts du principal moteur de la société : le citoyen qui, paradoxalement, souffre des nuisances sonores et y contribue lui-même !


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