Vision globale du sujet, Kheira Flidjani, dans sa conception artistique, refuse d'abord d'isoler le visage du reste de l'enveloppe physique en vertu de sa conviction que tout le corps contribue à modeler la figure : le nu ! Combien n'a-t-elle pas souffert. Parce qu'elle a osé casser un tabou. Des regrets ? «Je n'en ai cure. A quoi bon s'empoisonner l'existence quand on a eu une vie aussi belle et riche que la mienne ?», avait-elle répondu un jour à une question. Charme de Paris, Montparnasse et la vie de bohême, Kheira Flidjani s'intégrait sans grande difficulté dans ce monde cosmopolite. Cependant, sa grande passion demeure la peinture, et pour accéder à l'Ecole des beaux-arts, elle exerce divers métiers artistiques dont des petits rôles dans le cinéma pour payer ses cours. Elle commença tout d'abord à peindre des paysages, la nature morte et s'exerce même à la glaise et à la sculpture. Libre et pleine de foi en l'art, elle «s' incorpore» dans la peinture du nu. Elle a une approche directe, souvent frontale du modèle, aplats de couleurs et coups secs de pinceaux, impromptue du détail allusif et la force expressive du ton localement porté à son maximum d'intensité. En 1963, Kheira Flidjani retourne dans son pays, l'Algérie, avec des souvenirs mais elle fut gagnée par la nostalgie, l'atavisme. Elle est boudée même par certains artistes Quelques années plus tard, elle expose. La plupart de ses œuvres sont des nus. Des voix s'élèvent et font des remous. Elle est boudée même par certains artistes, mais elle ne lâche pas la mise. Elle continue son combat «artistique». Au fond de la figure, le pacte secret qui fait de l'homme le privilégié de la création, ou comme disait le philosophe Marcel Jouhandeau, «tout visage m'invite à concevoir une âme, toute âme a un autre soleil». Tantôt bercée par le soleil de son pays ,tantôt noyée par la solitude et les contraintes de la vie, Kheira Flidjani portait en elle cet amour pour l'art pictural marqué par des peintres classiques tels que Modigliani, Renoir, Lorrain… Dans ses nus, Kheira Flidjani ne se contente pas de fixer les traits plus ou moins parfaits d'un beau corps particulier, mais de faire confidence à tous, et par-delà les temps, de ce qu'éveille d'ardeur et de passions, d'amour de soi-même et de la vie, un beau corps nu sous le soleil. Un esprit pictural En dépit des protestations, Kheira Flidjani a existé avec sa peinture, elle a transformé cet art en instrument de lutte pour une raison de vivre. Et puis, chez l'être, l'habitude des exercices spirituels, intellectuels ou même physiques finissent toujours par modeler un visage ou un corps et lui imposent une structure en ensemble de signes dont il faut découvrir la gille et la clé. La peinture de cette artiste peintre n'est donc pas un art illusoire… ses œuvres visent en sorte à restituer la part fondamentalement individuelle d'un être humain. Et c'est dans cet esprit pictural que Kheira Flidjani s'est exprimée avec fougue et audace, donnant à ses œuvres des éléments d'émotion et de vie.