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A travers le pays
Publié dans El Watan le 09 - 03 - 2019

– Marée humaine à Chlef
Comme en 1962 lors de la fête de l'indépendance du pays, les Chélifiennes, vêtues symboliquement du haïk traditionnel, ont manifesté hier à l'occasion du 8 Mars, après la prière du vendredi, contre le pouvoir en place, à sa tête le chef de l'Etat candidat à un 5e mandat. C'est une marée humaine qui a déferlé au chef-lieu de wilaya, malgré le manque de moyens de transport en commun.
Les mots ne suffisent pas pour décrire l'ambiance de joie qui a prévalu et le nombre extrêmement important de citoyens, hommes, femmes, enfants, personnes âgéesayant sillonné les rues de la ville de Chlef, au rythme de groupes musicaux. Ils ont défilé aux cris de «Pouvoir dégage», «Non au 5e mandat», «Nous voulons une rupture pacifique avec le système en place depuis des décennies», «Le peuple est souverain dans le choix de ses dirigeants».
Parmi la foule formant une grande procession, on a remarqué la présence de militants… du FLN, de fonctionnaires, d'étudiants, d'enseignants universitaires et de l'éducation, d'avocats et de médecins. A ceux-là sont venus s'ajouter les architectes de la wilaya et d'autres acteurs de la société exerçant dans différents secteurs. Tous sont d'accord pour dire que «le système actuel est fini et doit partir au plus vite pour laisser le peuple choisir librement et souverainement ses dirigeants capables de redonner à ce grand pays la place qu'il mérite dans le concert des nations démocratiques et développées». A.Yechkour
– Impressionnantes manifestations à Tlemcen
Immenses, impressionnantes, historiques, les manifestations pacifiques à Tlemcen, Maghnia, Sebdou, Ghazaouet, Remchi, les villages, les bourgades de la wilaya. Plus de 1 300 000 citoyens sont sortis en masse, hier, en chantant l'hymne de la liberté, de la libération du joug de Bouteflika et de son clan mafieux qui ont longtemps fait croire à cette population qu'elle leur était acquise. Une usurpation que les manifestants ont dénoncé : «Ni Bouteflika, ni Saïd, non au 5e mandat !»
Des moments forts et émouvants. En sillonnant les artères principales, la foule saluait les femmes sur leurs balcons, emblème national à la main. «Nous ne sommes pas bien, nous ne sommes pas bien.» Une dame âgée, en pleurs, le drapeau en l'air, priait : «Dieu vous protège mes enfants, Dieu protège notre patrie !»
Les jeunes femmes, des roses à la main, poussaient des youyous. Jamais des processions de cette ampleur, composées de filles et de garçons de ce pays, n'ont autant exprimé le changement. Dans la paix et la fraternité. Le plus beau, aussi, femmes et hommes attendaient dans leurs quartiers le passage du «train
de la liberté» pour s'y coller et continuer à scander : «Pacifique, pacifique, pour la 2e République !» C. Berriah
– Gigantesque à Mascara
À Mascara, ils étaient, ce 8 mars, très nombreux, des milliers de jeunes ont investi les principales artères de la ville. Juste après la grande prière du vendredi, des centaines de jeunes venus des quatre coins de la wilaya commencent à se rassembler sur la place Emir Abdelkader, connue par le commun des mortels de «Sous la place». Des femmes, des jeunes et moins jeunes, des journalistes, des médecins libéraux, des enseignants et étudiants universitaires, des artistes du 7e art, des élus d'obédience MSP de l'APC de Tighennif et de l'APW rejoignent les manifestants.
Tout le monde scandait, devant la stèle de l'Emir Abdelkader, d'une même voix des slogans contre Bouteflika et sa clique. «Barakat (ça suffit)», «Pouvoir dégage», «Ramenez la BRI et les forces spéciales, Bouteflika, il n'y aura pas de 5e mandat», «Ouyahia, le peuple n'est pas content.» De leur côté, les partisans du pouvoir n'ont donné aucun signe de vie depuis le 22 février. Ils sont totalement absents de la place publique. «Ils n'ont pas de place. C'est au tour des jeunes libres de prendre le flambeau», commente Djamel, un militant démocrate. Souag Abdelouahab
– Grandiose mobilisation citoyenne à Sidi Bel Abbès
Ici, c'est le peuple. Fakhamatou chaab (Son Excellence le peuple, ndlr)», crie Imen, jeune universitaire drapée de l'emblème national, au milieu d'une marée humaine en procession à hauteur du boulevard la Macta, au centre-ville de Sidi Bel Abbès. «Trop, c'est trop. Nous ne voulons plus de ce pouvoir. Ils doivent tous partir, et maintenant», se retourne-t-elle, essoufflée, vers ses copines vêtues d'une étoffe vert et rouge. Par milliers, des citoyens de tout âge et de tous horizons ont réinvesti hier la rue pour dire non au 5e mandat de Bouteflika et réclamer une rupture totale avec le système politique en place.
Beaucoup de femmes, fait inhabituel, sont en tête des marches. En ce vendredi 8 mars, coïncidant avec la Journée mondiale de la femme, elles ont commencé à affluer, vers 14h, vers la place du 1er Novembre (ex-Carnot), a-t-on constaté. Certaines, en habit traditionnel, poussent des youyous modulés par intermittence qui se mêlent aux nombreux slogans scandés par les manifestants : «Chaab la yourid Bouteflika wa Said», «Non au 5e mandat», «Y'en a marre de ce pouvoir» et les incontournables «Ouyahia Irhal» et «FLN dégage».
«La seule grande réalisation de Bouteflika est d'avoir poussé les Algériens à s'unir, dans une parfaite harmonie, contre les figures incarnant la corruption, l'incompétence et l'injustice en Algérie», ironise Ahmed, qui manifeste pour la troisième fois depuis le début de la contestation contre le 5e mandat. Dans une ambiance de fête, des portraits des historiques de la Guerre de libération sont portés fièrement par des jeunes filles. M. Abdelkrim
– Dans la joie à Mostaganem
Les manifestations contre le 5e mandat se sont poursuivies à Mostaganem, mais aussi dans plusieurs communes urbaines et semi- rurales. Certaines localités dans la wilaya de Mostaganem semblent plus explosives que d'autres. En effet, hier, juste après la prière, des centaines de jeunes manifestants ont investi les différents boulevards à Mostaganem.Ils défilaient au rythme de chansons anti-5e mandat. Un impressionnant dispositif de sécurité quadrillait les lieux sensibles, car craignant des débordements. La circulation était quasi impossible. Même les motos et véhicules s'étaient joints au mouvement. Ils ont fait le tour de plusieurs quartiers. Lors des prêches de ce vendredi, des imams ont appelé les manifestants au calme concernant les marches. Lakhdar Hagani
– Historique à Tiaret
Des milliers de personnes ont défilé hier à Tiaret. «Non au système maffieux», «Silmia, silmia, non au 5e mandat» étaient les premier slogans des marcheurs venus du sud de la ville, à partir du parc omnisports Kaïd Ahmed. La grande marche s'est dirigée vers le centre-ville vers le rond-point le Regina, là où d'autres processions de marcheurs affluaient des quatre coins de Tiaret. S'ensuivent des slogans autrement plus soutenus et en rapport avec la crise politique que vit l'Algérie, à savoir «FLN dégage», «Ouyahia dégage», «Vous avez mangé le pays, ô voleurs».
La marche s'est poursuivie dans les dédales de l'ancienne ville en passant par le boulevard Bekhatou, la Place du marché, montant à la place de l'Indépendance et se dirigeant vers le siège de la wilaya. De temps à autre, des propos émergeant tels «Pouvoir assassin», «Y a pas de 5e mandat ya Bouteflika», «Peuple, armée khawa khawa». Dans la marche, il y avait des personnes âgées et des jeunes venus de Sougueur et de Ksar Chellala. Dans son écrasante majorité, la marche s'est singularisée par sa composante jeune. Amellal Fawzi
– Témouchent a vibré comme jamais
Témouchent a vibré comme jamais ce vendredi : «Monsieur, j'ai eu la chair de poule en les voyant défiler côte à côte ! J'ai soixante ans et je n'ai jamais vu cela. Des femmes qui manifestent, c'était du temps du parti unique, mais il les ramenait des agglomérations alentours !» Elles étaient là, certaines vêtues élégamment de haïks immaculés, un clin d'œil au 5 Juillet 1962 et l'identité algérienne.
Un air de liberté régnait. Il y avait encore ce drapeau berbère vert et jaune qu'on a vu pour la première fois exhibé, sans que personne ne s'offusque, et dont la présence signifie bien que le pays est désormais un. Les gens n'en revenaient pas d'être si nombreux. Si les manifestants étaient vendredi dernier quelques milliers, cette fois, ils étaient des dizaines de milliers pour une cité de 70 000 habitants.
Et à l'arrivée au point de jonction final devant l'ex- square de la mairie, l'actuelle place du 9 Décembre était noire de monde vers 16h, alors que des marcheurs affluaient encore. Pour avoir une idée du nombre, chaque manifestant occupant 1m2, il faut savoir que la place fait environ 15 000 m2. Car cette fois, les familles sont sorties et les moins de 25 ans ne formaient pas la majorité écrasante. Vers 16h20, l'heure a été à la séparation selon le mot d'ordre de ne pas dépasser 17h. M. Kali


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