PLF 2020: la Commission des finances et du budget de l'APN examine les amendements proposés    Juventus : Ronaldo ne sera pas sanctionné    Para-athlétisme/Mondial-2019 (Lancer du poids F32): Mounia Gasmi décroche le bronze    Les programmes de logements réalisés par des entreprises algériennes    L'Algérie souhaite installer une industrie locale des énergies renouvelables    Sit-in des professeurs d'enseignement primaire à Alger    Procès en cours de 42 militants du Hirak (Vidéo)    JUSTICE : Vers le recrutement de 274 magistrats    CORRUPTION : Le procès d'Ouyahia, Sellal et 3 ex-ministres fin novembre !    Crimes contre les civils sahraouis: l'Association des juristes démocrates condamne    De fortes pluies continueront d'affecter plusieurs wilayas de l'Est    RECEPTIONNES EN 2013 : 120 logements sociaux non encore attribués à El-Kerma    De nouvelles élections dans un climat crispé    Marche contre l'islamophobie à Paris    La filière de l'Europe de l'Est se prépare    L'offensive de Benmessaoud    Est-ce le déclic pour la JSMB ?    "Le pouvoir est pris de panique"    Un budget 2020 déséquilibré    La communauté internationale appelée à faire pression sur le Maroc pour éliminer son «mur de la honte»    4 morts et 2 blessés à Djelfa    Hassen Ferhani présente "La reine du Sahara" à Alger    Une fatwa ratée pour une reine répudiée    Timide présence du livre algérien en l'absence de ses éditeurs    ACTUCULT    Liban: des milliers de manifestants dans la rue    Festival de danse contemporaine: prestations diverses sur "la recherche et la compréhension de soi"    Transport maritime : Report et annulation de plusieurs rotations vers Marseille    Tunisie : Ghannouchi et les islamistes veulent la présidence de l'Assemblée    Benlamri offre la qualification à Al Shabab Essaoudi    Les Prix du concours de récitation du Coran et des Hadiths remis vendredi    Benflis s'engage à satisfaire les demandes du Hirak    Ligue 2: Du retour du RCR à la déception du WAT    Présidentielle: Une campagne électorale pas comme les autres    Lancement hier de la vaccination contre la grippe saisonnière: Plus de 60.000 doses et plus de 200 médecins et infirmiers mobilisés     Constantine - Caravane de sensibilisation sur les dangers du monoxyde de carbone    Bouira - Collision sur l'autoroute : 3 blessés    Algérie-Zambie et Algérie Botswana : Liste des 23 joueurs convoqués    Ligue 1 (10e journée) : Le CRB chute à Constantine, l'ESS et le CABBA renouent avec la victoire    Bouira: 70 exposants participent à la foire locale de l'artisanat traditionnel    CAF Awards 2019 : Dix Algériens parmi les nominés pour le Onze-type de l'année    Jeunes porteurs de projets économiques: Le ministère de Travail annonce une bonne nouvelle    Présidentielle du 12 décembre prochain: Benflis prévoit des réformes politiques, économiques et sociales dans son programme électoral    Le porte-parole du candidat à la présidentielle, Abdelaziz Belaid Il est venu le temps de remplacer la légitimité révolutionnaire par la légitimité ...    Présentation du projet de loi modifiant le Code de procédure pénale: Zeghmati dévoile les grandes lignes du plan judiciaire    Morales lance un appel au dialogue    Parution : "Medghacen, histoires secrètes", regards croisés sur le plus ancien mausolée royal    24e SILA: L'édition africaine commune "très faible"    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





«Tout le pays est dans la gestion courante»
Mourad Ouchichi. Maître de conférences en Sciences économiques
Publié dans El Watan le 13 - 05 - 2019

– Des arrestations en série, des ISTN et des annonces de dévoilement de grandes affaires de corruption. Quel impact sur le monde de l'économie ?
L'impact de ces arrestations, des ISTN, des scandales financiers en série, etc., sur le monde économique est désastreux. Les conséquences de cette situation sont, à plus d'un titre, contraires à l'intérêt national. Elles aggravent certainement le dysfonctionnement de l'économie nationale ainsi que le gel de toute possibilité d'acquisition des parts de marché dans l'économie mondiale.
Au niveau interne, ce climat de peur et de suspicion instauré provoque inéluctablement un ralentissent de l'investissement, de l'activité bancaire, des transactions commerciales, de la vitesse de la circulation de la monnaie nationale, une ruée vers le marché informel de la devise pour se «débarrasser» du dinar au profit de l'euro et du dollar, blanchiment massif d'argent, pour ne citer que ces exemples. Conséquences : un ralentissement de la croissance hors hydrocarbures, une augmentation du chômage et une érosion importante du pouvoir d'achat à cause de l'inflation… pour ne se limiter qu'à cela.
Au niveau externe, l'image de l'économie nationale ternie et ses opérateurs sont suspects ; et là nous faisons bien face à deux facteurs suffisants pour disqualifier toute tentative de percée au niveau du marché international.
Ceci dit, nous ne sommes pas en train d'insinuer que la lutte contre la corruption qui gangrène le pays ne doit pas se faire, et ses acteurs ne doivent pas rendre des comptes car il s'agit de l'argent public et de la moralisation de la vie politique, économique et sociale du pays. Cependant, la manière et le timing choisis n'obéissent à aucune rationalité économique. Ce sont des actions politiques qui s'inscrivent dans l'exact contraire de ce qu'exige la situation politique et économique du pays. La surpolitisation de l'économie a toujours conduit à la pollution de la vie politique et à l'échec sur le plan économique.
– C'est-à-dire…
Illustrations : prenons le cas de la question du timing. On laisse la corruption se banaliser plus de deux décennies durant, et une fois que l'insurrection populaire éclate, le régime politique, ou ce qui en reste, décide d'arrêter d'une manière sélective et incohérente certains hommes d'affaires, d'actionner une certaine presse pour rendre spectaculaire la «campagne» de lutte contre la corruption, etc. Tout indique qu'il s'agit d'un règlement de comptes par personnes interposées ainsi que d'une grande opération de séduction vis-à-vis du peuple en marche vers le changement total du système de gouvernance du pays, sans plus.
Revenons à la manière dont cette opération est menée. Primo, elle est sélective dans le sens où le choix est porté sur certains hommes d'affaires et non pas d'autres. Secundo, elle est incohérente car la mise en détention d'Ali Haddad, parce qu'il a tenté de fuir le pays avec un faux passeport… est tout à fait logique, mais incarcérer Issad Rabrab, pour une affaire de surfacturation est incompréhensible. Ce dernier cas se traite autrement : redressement fiscal, amendes, saisie du matériel… et non pas par l'incarcération avant le jugement.
Autres choses, en économie, il y a celui qui trace les règles de jeu, c'est-à-dire le pouvoir, et il y a les joueurs qui sont les acteurs économiques. Quand on mène une opération de moralisation de la vie publique, on commence par ceux qui ont tracé les règles du jeu. En Algérie, nous assistons à l'inverse. Conclusion, la lutte contre la corruption n'a de sens que si elle est menée par des institutions légitimes dans un cadre d'un Etat de droit.
– Qu'en est-il de l'impact sur les travailleurs concernés par l'incarcération de leurs chefs d'entreprises ?
Concernant l'impact sur les travailleurs des entreprises concernées, on observe sur le terrain deux catégories : les travailleurs de Cevital de Rabrab, et le reste. Les travailleurs de Cevital qui ont organisé des manifestations publiques contre le blocage des projets de leurs entreprises bien avant le soulèvement du peuple, l'incarcération de leur patron les a jetés naturellement dans le soutien total aux revendications populaires. Le reste, je suppose qu'ils sont dans la situation d'incertitude et de peur quant à leur avenir, car ils savent pertinemment que leurs entreprises fonctionnent essentiellement grâce aux marchés publics.
– Il y a aussi cette annonce de la Cour des comptes, c'est-à-dire de renforcer le contrôle dans les entreprises économiques publiques, alors qu'à ce niveau, ce ne sont pas les scandales qui ont manqué au cours de ces dernières années. Pourquoi une telle mesure aujourd'hui à votre avis ?
La réponse à votre question ne peut être d'ordre économique, elle ne peut être que politique. Je soupçonne fortement nos dirigeants de vouloir instaurer un climat de peur et de panique pour déstabiliser le mouvement populaire en cours. De peur de voir l'UGTA se disloquer et les travailleurs du secteur public se libérer en créant d'autres syndicats et rejoindre massivement le mouvement, par cette opération les décideurs visent deux choses : terroriser les dirigeants et autres responsables des entreprises publiques en leur rappelant l'opération mains propres d'Ouyahia qui a débouché sur l'incarcération injuste de milliers de cadres.
Et ce afin de les neutraliser et les pousser à exercer une pression politique maximale sur les travailleurs. En ce qui concerne les travailleurs eux-mêmes, on leur rappelle l'éventualité de fermeture de ces entreprises, donc la perte d'emploi, et pour beaucoup de responsables syndicaux de l'UGTA surtout ceux impliqués dans les affaires des œuvres sociales d'où l'activation des enquêtes sur les affaires de corruption. Tout cela n'obéit à aucune logique économique mais vise à séparer le monde du travail du HIRAK.
– Dans le secteur privé, les entreprises sont dans l'incertitude avec la peur de se retrouver impliquées dans des affaires de corruption. Elles sont en fait en situation du wait and see . D'où le blocage de bon nombre d'actions et de projets. Qu'en pensez-vous ?
Vous l'avez bien dit, c'est une situation de wait and see. Relâchement de la cadence de travail provoquant la baisse de la productivité, méfiance, incertitudes et l'évitement du risque d'invertir. Mais cette situation n'est pas propre au secteur privé, elle touche également les entreprises et les administrations publiques. Tout le pays est dans la gestion courante.
– Avec tous ces ingrédients, comment préserver l'outil économique de débordements dommageables au pays ?
Il y a en ordre deux conditions impliquant deux niveaux de responsabilité, celle la plus lourde qui incombe aux décideurs de pays, du moins pour l'instant, et celle des citoyens et citoyennes.
Commençons par la première. A à mon avis, il faut que les dirigeants cessent dans les plus brefs délais cette surpolitisation de l'économie et son implication directe dans les enjeux politiques. Sur ce point, leur responsabilité est historique et complètement engagée pour préserver l'outil économique de débordement dommageable aux intérêts supérieurs du pays. Il est donc urgent de sortir le pays de l'impasse constitutionnelle actuelle et d'ouvrir la voie à une double transition politique vers la démocratie et l'économie productive.
En ce qui concerne les citoyens en général, il est impératif de faire la différence entre l'Etat et le pouvoir politique, l'administration, les entreprises, l'école, l'université, etc., ce sont des institutions de l'Etat, donc du peuple et non pas du régime. La préservation de l'outil de production et de gestion est un préalable pour la réussite de toute entreprise de changement. Donc en ces temps de crise aiguë, il est plus que nécessaire d'avoir le sens de perspective historique et de protéger l'économie nationale des ingérences extra-économiques, que ce soit des nationaux ou des partenaires étrangers.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.