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«Tout le pays est dans la gestion courante»
Mourad Ouchichi. Maître de conférences en Sciences économiques
Publié dans El Watan le 13 - 05 - 2019

– Des arrestations en série, des ISTN et des annonces de dévoilement de grandes affaires de corruption. Quel impact sur le monde de l'économie ?
L'impact de ces arrestations, des ISTN, des scandales financiers en série, etc., sur le monde économique est désastreux. Les conséquences de cette situation sont, à plus d'un titre, contraires à l'intérêt national. Elles aggravent certainement le dysfonctionnement de l'économie nationale ainsi que le gel de toute possibilité d'acquisition des parts de marché dans l'économie mondiale.
Au niveau interne, ce climat de peur et de suspicion instauré provoque inéluctablement un ralentissent de l'investissement, de l'activité bancaire, des transactions commerciales, de la vitesse de la circulation de la monnaie nationale, une ruée vers le marché informel de la devise pour se «débarrasser» du dinar au profit de l'euro et du dollar, blanchiment massif d'argent, pour ne citer que ces exemples. Conséquences : un ralentissement de la croissance hors hydrocarbures, une augmentation du chômage et une érosion importante du pouvoir d'achat à cause de l'inflation… pour ne se limiter qu'à cela.
Au niveau externe, l'image de l'économie nationale ternie et ses opérateurs sont suspects ; et là nous faisons bien face à deux facteurs suffisants pour disqualifier toute tentative de percée au niveau du marché international.
Ceci dit, nous ne sommes pas en train d'insinuer que la lutte contre la corruption qui gangrène le pays ne doit pas se faire, et ses acteurs ne doivent pas rendre des comptes car il s'agit de l'argent public et de la moralisation de la vie politique, économique et sociale du pays. Cependant, la manière et le timing choisis n'obéissent à aucune rationalité économique. Ce sont des actions politiques qui s'inscrivent dans l'exact contraire de ce qu'exige la situation politique et économique du pays. La surpolitisation de l'économie a toujours conduit à la pollution de la vie politique et à l'échec sur le plan économique.
– C'est-à-dire…
Illustrations : prenons le cas de la question du timing. On laisse la corruption se banaliser plus de deux décennies durant, et une fois que l'insurrection populaire éclate, le régime politique, ou ce qui en reste, décide d'arrêter d'une manière sélective et incohérente certains hommes d'affaires, d'actionner une certaine presse pour rendre spectaculaire la «campagne» de lutte contre la corruption, etc. Tout indique qu'il s'agit d'un règlement de comptes par personnes interposées ainsi que d'une grande opération de séduction vis-à-vis du peuple en marche vers le changement total du système de gouvernance du pays, sans plus.
Revenons à la manière dont cette opération est menée. Primo, elle est sélective dans le sens où le choix est porté sur certains hommes d'affaires et non pas d'autres. Secundo, elle est incohérente car la mise en détention d'Ali Haddad, parce qu'il a tenté de fuir le pays avec un faux passeport… est tout à fait logique, mais incarcérer Issad Rabrab, pour une affaire de surfacturation est incompréhensible. Ce dernier cas se traite autrement : redressement fiscal, amendes, saisie du matériel… et non pas par l'incarcération avant le jugement.
Autres choses, en économie, il y a celui qui trace les règles de jeu, c'est-à-dire le pouvoir, et il y a les joueurs qui sont les acteurs économiques. Quand on mène une opération de moralisation de la vie publique, on commence par ceux qui ont tracé les règles du jeu. En Algérie, nous assistons à l'inverse. Conclusion, la lutte contre la corruption n'a de sens que si elle est menée par des institutions légitimes dans un cadre d'un Etat de droit.
– Qu'en est-il de l'impact sur les travailleurs concernés par l'incarcération de leurs chefs d'entreprises ?
Concernant l'impact sur les travailleurs des entreprises concernées, on observe sur le terrain deux catégories : les travailleurs de Cevital de Rabrab, et le reste. Les travailleurs de Cevital qui ont organisé des manifestations publiques contre le blocage des projets de leurs entreprises bien avant le soulèvement du peuple, l'incarcération de leur patron les a jetés naturellement dans le soutien total aux revendications populaires. Le reste, je suppose qu'ils sont dans la situation d'incertitude et de peur quant à leur avenir, car ils savent pertinemment que leurs entreprises fonctionnent essentiellement grâce aux marchés publics.
– Il y a aussi cette annonce de la Cour des comptes, c'est-à-dire de renforcer le contrôle dans les entreprises économiques publiques, alors qu'à ce niveau, ce ne sont pas les scandales qui ont manqué au cours de ces dernières années. Pourquoi une telle mesure aujourd'hui à votre avis ?
La réponse à votre question ne peut être d'ordre économique, elle ne peut être que politique. Je soupçonne fortement nos dirigeants de vouloir instaurer un climat de peur et de panique pour déstabiliser le mouvement populaire en cours. De peur de voir l'UGTA se disloquer et les travailleurs du secteur public se libérer en créant d'autres syndicats et rejoindre massivement le mouvement, par cette opération les décideurs visent deux choses : terroriser les dirigeants et autres responsables des entreprises publiques en leur rappelant l'opération mains propres d'Ouyahia qui a débouché sur l'incarcération injuste de milliers de cadres.
Et ce afin de les neutraliser et les pousser à exercer une pression politique maximale sur les travailleurs. En ce qui concerne les travailleurs eux-mêmes, on leur rappelle l'éventualité de fermeture de ces entreprises, donc la perte d'emploi, et pour beaucoup de responsables syndicaux de l'UGTA surtout ceux impliqués dans les affaires des œuvres sociales d'où l'activation des enquêtes sur les affaires de corruption. Tout cela n'obéit à aucune logique économique mais vise à séparer le monde du travail du HIRAK.
– Dans le secteur privé, les entreprises sont dans l'incertitude avec la peur de se retrouver impliquées dans des affaires de corruption. Elles sont en fait en situation du wait and see . D'où le blocage de bon nombre d'actions et de projets. Qu'en pensez-vous ?
Vous l'avez bien dit, c'est une situation de wait and see. Relâchement de la cadence de travail provoquant la baisse de la productivité, méfiance, incertitudes et l'évitement du risque d'invertir. Mais cette situation n'est pas propre au secteur privé, elle touche également les entreprises et les administrations publiques. Tout le pays est dans la gestion courante.
– Avec tous ces ingrédients, comment préserver l'outil économique de débordements dommageables au pays ?
Il y a en ordre deux conditions impliquant deux niveaux de responsabilité, celle la plus lourde qui incombe aux décideurs de pays, du moins pour l'instant, et celle des citoyens et citoyennes.
Commençons par la première. A à mon avis, il faut que les dirigeants cessent dans les plus brefs délais cette surpolitisation de l'économie et son implication directe dans les enjeux politiques. Sur ce point, leur responsabilité est historique et complètement engagée pour préserver l'outil économique de débordement dommageable aux intérêts supérieurs du pays. Il est donc urgent de sortir le pays de l'impasse constitutionnelle actuelle et d'ouvrir la voie à une double transition politique vers la démocratie et l'économie productive.
En ce qui concerne les citoyens en général, il est impératif de faire la différence entre l'Etat et le pouvoir politique, l'administration, les entreprises, l'école, l'université, etc., ce sont des institutions de l'Etat, donc du peuple et non pas du régime. La préservation de l'outil de production et de gestion est un préalable pour la réussite de toute entreprise de changement. Donc en ces temps de crise aiguë, il est plus que nécessaire d'avoir le sens de perspective historique et de protéger l'économie nationale des ingérences extra-économiques, que ce soit des nationaux ou des partenaires étrangers.


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