C'est l'automne ! Les patrons des «Hammams» prévoyants commencent dès maintenant à préparer leurs «bains maures», comme on les appelle dans la terminologie latine. Les bains publics et particulièrement «les bains de vapeur» ont été découverts par certains peuples depuis des milliers d'années. Chez nous, ces bains existaient bien avant l'invasion romaine. En effet, un voyageur romain du nom de Marius Lapidarus(1) a raconté dans une chronique du deuxième siècle avant J. Christ que «les bains de vapeur numides étaient presque un miracle. Ils étaient très différents des ‘‘bains romains''. Pour diminuer les risques d'incendie, les Berbères construisaient le bain de vapeur à une certaine distance des habitations et obligatoirement au bord d'une rivière ou d'un ruisseau, voire d'une source abondante en eau». Mohammed El-Idrissi, le célèbre voyageur et géographe (1100-1186), disait que : «Les Maghrébins chauffaient le bain surtout le jeudi et la veille des grandes fêtes. En hiver, on chauffait le ‘‘hammam'' trois, quatre heures, voire plus ; sur les charbons ardents, l'eau chauffait presque, jusqu'à ébullition. Avant l'entrée des ‘‘baigneurs', les masseurs plongent des balais de bain amollis dans l'eau chaude et balaient le plafond et les murs. Ils répandent ensuite de l'eau chaude sur les bancs, obturent hermétiquement les orifices de ventilation avec des chiffons de laine bien amollis dans l'eau chaude et ferment la porte. Le bain reste ainsi au moins une heure. La chaleur se répand uniformément dans tout le local. Quand on entre dans ‘‘le bain maghrébin'', on est surpris par une forte chaleur accompagnée d'une vapeur chaude presque compacte»(2). Les bains maures ou les hammams d'aujourd'hui ont été améliorés avec le temps. Cependant, les belles traditions du bain public ont disparu. Jusqu'au milieu des années soixante-dix, les clients (ou les clientes) ressentant après le bain une agréable lassitude dans tout le corps, se dirigeaient sans hâte vers le «coin du thé». Là, ils prenaient un thé aromatique ou une tisane et se dirigeaient vers leur petit matelas pour s'allonger (bien couverts) et déguster leur thé. Les bains publics d'aujourd'hui sont repoussants par le laisser-aller et la saleté. Les femmes y pratiquent le «trabendo» et les hommes y vont juste pour «reprendre de la forme». Et pourtant, le bain de vapeur était à l'origine un poste sanitaire. Autrefois, on en parlait toujours respectueusement, on l'entretenait toujours très propre et bien rangé. Il faut dire aussi que «la vapeur du bain» était pour nos ancêtres une excellente guérisseuse. Au moindre malaise, fièvre, rhume, courbature, on y recourait.Le traitement par la chaleur (l'hypothermie, dirait-on aujourd'hui) donnait de bon résultats. Il y avait de vieux masseurs (kyassine) qui savaient vaincre les maladies par le massage. Dans le bain public, on ne craignait pas d'être contaminé par des maladies. La haute température, la fumée et la vapeur chaudes dressaient incontestablement un obstacle à la propagation des maladies. Note : 1) Cité Charles Andre Julien. 2) Voyage d'El Idriss –T. Beyrouth Dar Sadir (en arabe), 1972