Il y a de nombreuses questions que les hommes d'affaires se posent avec acuité quand il s'agit d'investir en Algérie, ou de gérer le mieux possible leur entreprise. L'arsenal juridique y est, en effet, incomplet, souvent contradictoire et, parfois même, sujet à des changements brutaux. Les réactions des autorités publiques sont versatiles, la concurrence exercée par le marché informel est, pour le moins déloyale, le climat des affaires peu motivant et le statut social des entrepreneurs fortement dévalorisé. C'est pourquoi les dirigeants d'entreprises, notamment ceux qui relèvent du secteur privé, sont aujourd'hui nombreux à souscrire à l'idée d'un débat national à la faveur duquel ils pourraient débattre des problèmes récurrents qui entravent la bonne marche de leurs affaires. La nécessité d'une telle rencontre est reconnue par tous les acteurs économiques et sociaux du pays, tant les interférences politiques et les modes de gestion qui se sont succédé depuis 1988 ont rendu le processus de réforme illisible et, à bien des égards, incohérent. Tous ces acteurs ont aujourd'hui besoin de savoir si les entreprises publiques économiques sont, comme le proclame la réforme de 1988, autonomes et soumises à l'obligation de résultats ou pas, si leurs dirigeants sont d'authentiques managers dotés de vrais pouvoirs de décision ou de simples fonctionnaires aux ordres des tutelles, comme semble l'indiquer le revirement subitement imprimé aux réformes par le président Abdelaziz Bouteflika en juillet 2009. Les entrepreneurs privés algériens quotidiennement confrontés aux entraves bureaucratiques ont, quant à eux, besoin de savoir s'ils disposent réellement de la liberté de commerce et d'industrie que leur accorde pourtant expressément l'article 37 de la Constitution de 1989. Le foncier, l'accès au crédit et la politique de change Ces acteurs économiques comptent également sur cette concertation multilatérale à un haut niveau pour apporter des réponses, ou, à défaut, sensibiliser les autorités politiques concernées, sur des problèmes aussi importants que les modalités d'octroi de crédits aux entreprises, la politique de change, l'accès au foncier, le régime des transferts appliqué aux franchises, le concours multiforme des élites expatriées et autres préoccupations majeures des entrepreneurs en quête d'un meilleur environnement des affaires. Les banquiers, certes tétanisés par le code pénal ultra répressif en vigueur, ne devraient-ils pas faire preuve de davantage d'audace lorsqu'il s'agit de prendre des risques susceptibles de contribuer à la promotion de projets utiles pour le pays, quand bien même ils seraient initiés par des promoteurs privés ? Quelle place sera accordée à l'entreprise privée algérienne aujourd'hui encore confinée à la périphérie du secteur public économique ? Quelles sont les missions précises de l'Etat régulateur et notamment quand il s'agit du secteur privé qu'il s'agit certes d'obliger à respecter la loi, mais également de protéger eu égard à sa fragilité structurelle ? Quelles actions précises l'Etat compte-t-il entreprendre pour éradiquer le marché parallèle qui gangrène l'économie et empêche les entreprises légalement constituées d'améliorer leurs résultats et la qualité de leur gouvernance ? Autant de questions fondamentales qu'un débat national pourrait trancher, ou au moins clarifier, pour le grand bien de l'entrepreneuriat. Car, comme on le constate, beaucoup de questions importantes continuent à se poser, aussi bien aux acteurs économiques (entreprises, banques, investisseurs, etc.) confrontés à d'inextricables difficultés sur le terrain, qu'aux acteurs politiques, qui ont du mal à prendre des mesures législatives et réglementaires en cohérence avec la transition vers l'économie de marché qu'ils prétendent vouloir conduire. La non-réponse à ces questions explique en grande partie l'enlisement des réformes, avec tout le cortège de dérives que les entrepreneurs sont contraints de subir. Libéralisation débridée Peu audacieuses, car pilotées par des autorités politiques qui n'ont, en réalité, jamais souhaité un changement systémique radical, les quelques réformes réalisées tout au long de ces deux dernières décennies ne sont, effectivement pas de nature à bouleverser la configuration et le mode de gestion des entreprises, restées globalement les mêmes qu'aux premières années de l'indépendance. A la périphérie des entreprises publiques économiques bénéficiant de nombreux privilèges que leur confère leur appartenance exclusive à l'Etat, continuent aujourd'hui encore à activer des entreprises privées, essentiellement familiales, n'ayant d'autre ambition que de capter une part de la rente investie dans les projets étatiques de développement, en devenant autant que possible les fournisseurs ou les sous-traitants attitrés des entreprises et institutions publiques. L'expansion du marché local, générée par les commandes publiques, incitera certains promoteurs privés à investir dans un large éventail de créneaux de production, avec l'espoir de tirer profit de l'explosion de la demande locale, en prenant notamment le contrôle des circuits de distribution. Bien que la libéralisation débridée du commerce extérieur et l'explosion du marché informel, leur aient porté des coups durs, les investissements productifs et les activités de commerce effectués à cet effet, continuent aujourd'hui encore à rapporter gros. Sous réserve de quelques actions nécessaires à l'amélioration des performances productives, les investissements en question continueront, sans doute longtemps encore, à être rentables tant la demande intérieure, portée par les commandes publiques, la salarisation effrénée et les fortunes amassées durant ces dix dernières années, a de bonnes chances de s'installer dans la durée.