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«C'est la nature de l'articulation entre l'économique et le politique qui pose problème» Mourad Ouchichi . Economiste, auteur du livre Les fondements politiques de l'économie rentière en Algérie
On parle d'un nouveau modèle économique en préparation. Comment en construire un, affranchi de la rente pétrolière ? Le gouvernement a-t-il les ressources idéologiques et politiques nécessaires pour assumer une rupture radicale avec l'économie rentière et distributive des richesses qu'elle ne produit pas et redonner enfin au marché son rôle de créateur de richesses, à l'Etat son statut d'agent régulateur sans plus et à la société civile la liberté de s'organiser économiquement et politiquement en toute autonomie pour produire les richesses nécessaires à sa reproduction? Je doute fort. Cependant, ceci n'empêche pas de poser la problématique d'un modèle économique alternatif à ceux adoptés auparavant. Quelle est l'origine du problème ? La crise de l'économie algérienne n'est pas uniquement liée à la chute des prix internationaux des hydrocarbures. Cette dernière n'est que l'occasion d'une manifestation d'une crise latente et patente mais repoussée, sinon «camouflée», par la politique distributive de l'Etat. Sinon, depuis la fin des années 1970, la part des rentrées en devises du pays oscille, selon les périodes, entre 97%et 99%, ce qui démontre une dépendance totale du pays de la rente pétrolière malgré les multiples tentatives de réformes initiées pour sortir de cette situation. On parlait de l'après-pétrole au début des années 1980 déjà !!! L'analyse de toutes ces entreprises de réformes montre, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, que c'est l'Etat qui en est l'initiateur, mais c'est lui qui constitue le principal obstacle devant leur réussite. En fait, c'est la nature de l'articulation entre l'économique et le politique qui pose problème dans ce pays. Le champ économique algérien est encastré dans la sphère politique, il n'est pas autonome, et cela court-circuite la dynamique de création et d'accumulation des richesses. Le poids du facteur politique en Algérie fausse le système de prix et les mécanismes de la production et de la répartition de la valeur. Quelles sont les conditions de succès d'un nouveau modèle ? Parler d'un modèle économique alternatif revient à remettre radicalement en cause ce schéma politico-économique imposé depuis l'indépendance du pays à ce jour. Autrement dit, être capable de réorganiser la nation, politiquement en Etat de droit, économiquement en marché et sociologiquement en société civile autonome. Pour qu'un nouveau modèle économique ait quelques chances de réussir en Algérie, il faut impérativement un volontarisme de conviction pour lancer une double transition politique et économique pour instaurer une démocratie parlementaire instaurant des instituions légitimes par le suffrage universel capable de mener une lutte implacable contre les positions rentières des couches sociales parasitaires et prédatrices, qui se sont érigées actuellement en direction de la société. Au plan strictement économique, il faut libérer les initiatives et toutes les variables de régulation, à savoir, les prix, le taux de change, les salaires, etc., redonner son autonomie à la Banque d'Algérie, avec une perspective d'une nouvelle monnaie convertible, instaurer l'autonomie des entreprises publiques, avec possibilité de privatiser celles qui sont en déficit structurelle, arrêter ce système de subventions tous azimuts pour une autre politique plus ciblée, changer radicalement le système fiscal au profit d'un système déclaratif, mais avec un contrôle strict des ressources, instaurer un impôt sur la fortune, imposer une taxe d'habitation et une taxe foncière, etc. D'un autre côté, il faut une justice indépendante, un déverrouillage total du champ politique et médiatique, la reconnaissance sans ambiguïté de la liberté syndicale et celle de l'expression, les libertés individuelles et collectives. Aussi, il convient de souligner que sans une réforme des programmes scolaires, dans le sens d'introduction de l'esprit critique et des valeurs universelles, et sans une autonomie totale de l'université, c'est-à-dire en finir avec sa surpolitisation à travers le système de désignation à base d'allégeance de responsables, aucune réforme n'a de chances de réussir, car un chantier d'une telle ampleur à besoin de compétences managerielles et techniques modernes que l'école et l'université actuelles sont incapables de produire. Sans quoi, on retombera dans le même travers du passé, c'est-à-dire adopter des réformettes en attendant que les prix des hydrocarbures remontent et le retour à la case de départ.