Ce clin d'œil de cette France est celui du 6e Festival images de la diversité et de l'égalité (Fidel) qui s'est tenu vendredi, samedi et dimanche derniers au cinéma Etoile des Lilas, point de rencontre géographique entre le 20e arrondissement de Paris et la ville des Lilas (Seine-Saint-Denis). Trois thématiques ont composé le programme de ce 6e Fidel : «La banlieue bouge», «Combats des femmes» et «Territoires et mémoires». Avec des films et des rencontres-débats. L'engagement des organisateurs du festival – connus notamment pour leur combat pour l'égalité des droits, la reconnaissance du 17 octobre 1961 et des mémoires occultées –, Samia Messaoudi, présidente et responsable de la communication, Mehdi Lalaoui, responsable associatif, délégué général, Nadia Mellah, déléguée artistique et programmatrice est de montrer, par l'image, les combats d'égalité, en France et ailleurs. Samia Messaoudi indique que ce programme «s'inscrit dans les luttes portées encore par des hommes et des femmes épris de liberté et de justice» à travers des thèmes toujours aussi forts : «Combats de femmes d'ici et d'ailleurs, redonner l'espoir dans les quartiers populaires et, enfin, avoir l'exigence d'être aux côtés des réfugiés qui sont venus, fuyant la guerre et la misère». A l'exemple du documentaire Nulle part en France de Yolande Moreau, qui présente l'indigne camp de Calais, Les migrants ne savent pas nager de Jean-Paul Mari dont le sujet traite de sauveteurs bénévoles venus d'Europe pour secourir des réfugiés menacés de noyade. D'autres films relatent par la fiction ou la réalité crue l'engagement de femmes de banlieue qui luttent contre «cette vie dans le ghetto», à l'exemple de Divines de Houda Benyamina, ou de femmes kurdes en armes contre Daech, avec la présentation en exclusivité du documentaire Gulistan, terre des roses de Zayné Akyol. Des échanges avec le public ont lieu à l'issue des projections, ainsi que des rencontres avec les réalisateurs, des responsables associatifs et politiques. Un festival dans la veine de «donner à voir l'histoire de l'autre, de celui ou de celle qui offre à notre pays une diversité et apporte une richesse qui invite à devenir un(e) citoyen(e) soucieux(se) de solidarité et d'égalité». En ouverture du festival, vendredi soir, le Chemin de croix, le parcours de Soulayman Badié, un jeune guinéen qui retrace sur des morceaux de tissu blanc le parcours périlleux depuis son pays natal jusqu'à Lampedusa, puis Calais en passant par le Sénégal, le Mali, l'Algérie, le Maroc. «Tradition d'immigration et non d'accueil» Les documentaires, bouleversants, sur le calvaire des réfugiés qui au péril de leur vie tentent de gagner l'Europe depuis la Libye, la Turquie ou le Maroc nous montrent combien la solidarité, cette lueur d'espoir est nécessaire, qui gagnerait à s'élargir, à résister aux murs d'indifférence, voire d'hostilité, d'égoïsme et d'individualisme érigés par des gouvernants qui ne veulent rien voir ni entendre. Au cœur de la tourmente les migrants ne savent pas nager, un bateau, l'Aquarius, financé par des dons de citoyens européens (11 000 euros par jour, le coût de son entretien), autour d'un marin, l'Allemand Klaus Vogel, fondateur de l'association SOS Méditerranée, et d'une équipe de bénévoles qui sillonne la Méditerranée – transformée en cimetière marin avec 40 000 noyés en quinze ans, aujourd'hui toutes les deux heures il y a un mort noyé – pour secourir hommes, femmes et enfants qui, pour la plupart, ont pour la première fois découvert la mer et ses périls. «Depuis que la France rayonne dans le monde, je me demande comment le monde n'est pas mort d'insolation», citant un journaliste français, Olivier Le Cour Grandmaison, militant associatif et politologue, qui dénonce le leurre du discours politique de droite comme de gauche sur la «France terre d'accueil», rappelant d'un point de vue historique et rétrospectif les mesures dissuasives adoptés par les différents gouvernements. «La France a une tradition d'immigration mais pas d'accueil», souligne-t-il avec, à l'appui de son propos, le rappel de l'internement administratif qui a commencé avec le regroupement de 350 000 républicains espagnols dans des camps. «Accueillir, c'est recevoir quelqu'un comme un semblable.» «C'est d'abord et avant tout des égards juridiques», ajoute-t-il. A une politique commune sur les migrants, les Etats européens ont fait le choix d'«une politique d'inhospitalité», ont indiqué les intervenants à l'échange qui a suivi la projection des documentaires sur les migrants à travers Frontex en consentant d'énormes moyens policiers, humains, juridiques et de renseignement. La politique de Frontex est une procédure d'identification, de fichage des étrangers et de lutte contre les passeurs, rappelle une représentante de la Cimade. Et les réfugiés qui réussissent à arriver à Lampedusa, des demandeurs d'asile, deviennent des clandestins sans papiers.