Les investigations des autorités auraient abouti à des preuves sur l'implication de plusieurs hommes d'affaires controversés et contrebandiers présumés dans les manifestations de Tataouine, au Sud tunisien. C'est apparemment la goutte qui a fait déborder le vase. Des arrestations de grosses têtes ont été opérées lundi et mardi. Les concernés sont assignés à résidence dans le cadre des lois exceptionnelles de l'état d'urgence en cours en Tunisie. Longtemps soupçonné d'être l'homme des Trabelsi (belle-famille de Ben Ali), et traînant derrière lui des dizaines d'affaires de soupçons de malversations, le lobbyiste et homme d'affaires Chafik Jarraya a été arrêté lundi dans un café, aux Berges du Lac à Tunis. C'est une brigade antiterroriste de la Garde nationale qui a procédé à son arrestation. Son avocat, Fayçal Jadlaoui, affirme que l'assignation à résidence de son client est intervenue en vertu du décret n°78-50 du 26 janvier 1978 réglementant l'état d'urgence. Jarraya est connu pour être un lobbyiste, ayant dans son sillage des dizaines de députés de plusieurs bords, des hauts cadres de l'administration, du ministère de l'Intérieur et de la Douane, des magistrats, etc. En plus de Jarraya, l'ex-candidat en 2014 à la présidence de la République, Yassine Channoufi, a été arrêté. Ancien cadre à la douane, il est soupçonné, lui-aussi, de malversations. Son nom a été cité dans les Panama Papers. Par ailleurs, un grossiste de la contrebande, Néjib Ben Ismail, a été arrêté avant-hier soir à Ben Guerdane. Pourtant, il est basé dans la ville d'El Jem (300 kilomètres plus au nord) et est spécialisé dans le commerce des fruits secs. Ses camions ont servi pour transporter les «sit-inneurs» de Tataouine de la ville vers la zone d'El Kamour, 170 kilomètres au milieu du Sahara. D'autres personnes ont été arrêtées hier dans le cadre de la même opération, dont l'ancien colonel de la Douane et actuel homme d'affaires, Ridha Ayari, alors qu'il était en état de fuite, ou encore Kheïreddine Meddeb, contrebandier notoire, suspecté d'avoir fourni des véhicules aux manifestants de Tataouine et de grosses sommes d'argent aux «sit-inneurs». D'après diverses sources, la procédure d'interpellation a été conduite en étroite coordination et dans le secret total entre une brigade spéciale de la Garde nationale, le cabinet du ministre de l'Intérieur et un nombre restreint des membres du cabinet de la présidence du gouvernement.