«Enfin, la vie me sourit». Ses grands yeux brillants reflètent la gratitude pour la bonté divine et les hommes qui l?ont concrétisée. «Je vais me marier, c?est le plus beau jour de ma vie. Vous ne pouvez savoir à quel point je suis heureuse, je veux exploser de joie, et crier sur tous les toits que je suis comblée. C?est un cadeau du ciel qui vient m?arracher à cette vie triste que je mène depuis ma tendre enfance. Je n?aurais jamais cru trouver le sourire et un homme qui m?aime avec toute cette souffrance que je traîne avec moi et me marier», raconte Hind. Un grand sourire se dessine sur son visage d?enfant. «J?aime Samir, il me répète sans cesse que je dois oublier mon passé, redémarrer tout à zéro avec lui, comme si je venais de me réveiller, de renaître. J?ai vécu près de 11 ans dans un centre d?accueil à Oran. J?ai perdu tout espoir de vivre le grand amour et de rencontrer un homme qui pourra m?accepter, me prendre la main et me faire oublier mon passé. Mon existence a été un terrible parcours, parsemé de rudes épreuves. J?avais à peine dix ans lorsque mon père nous a chassées ma mère et moi de la maison. Il s?est remarié sans le consentement de ma mère ; nous ne l?avons su que le jour où il nous l?a imposée. Nous avons, depuis, vécu l?enfer, c?étaient des disputes sans cesse, elle nous embêtait en permanence. Je ne m?entendais guère avec ma belle-mère, moi aussi elle me persécutait sans cesse. Nous n?avions pas où aller, mais ma mère ne m?a pas laissé tomber. Durant plus de quatre mois, j?ai vécu avec ma mère une vie de nomade, nous passions nos nuits chez nos proches, nous n?étions pas stables. Quelque temps après, elle a su qu?il y avait un centre d?accueil dans la ville d?Oran, et c?est là que nous avons trouvé refuge. Quatre ans après, ma mère est décédée, pourtant elle n?avait même pas la quarantaine. J?ai vécu ensuite seule. Je ne me rappelle même plus de son visage, j?avais à peine 14 ans. À 20 ans, j?ai été transférée au centre de Dar El-Hassanette, j?ai émis le v?u de me marier et de fonder un foyer. Je n?y croyais pas lorsque l?une des femmes de ménage du centre a demandé ma main auprès de Mme Sématti. Lorsque j?ai appris cette nouvelle, j?ai sauté de joie. Je veux vivre comme toutes les autres femmes, car le centre m'abrite, mais il ne sera pas éternel. Depuis que nous avons célébré nos fiançailles Samir vient me rendre visite chaque lundi. Je l?aime tellement, car il est tendre et affectueux. Il me répète sans cesse que je dois enterrer mon passé et recommencer avec lui à zéro. Tu dois te dire que tu viens de renaître, de te réveiller d?un long sommeil», me répète-t-il avec insistance. Depuis 9 mois que je vis au centre, je suis gaie et heureuse. Enfin la vie me sourit.