L'affaire du «docteur» Toufik Zaïbet et son miraculeux «Rahmet Rabbi» n'est pas encore close que le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière se retrouve de nouveau sous pression après l'annonce de l'ouverture d'une maison de «roqya» à Relizane par un certain «cheikh» Belahmar. Mais si le département du ministre Abdelmalek Boudiaf est mis à rude épreuve, c'est l'accueil fait par la population à ce genre de personnages qui pose problème. Des personnages que beaucoup considèrent comme des charlatans capables de profiter sans scrupule de la crédulité des Algériens. En effet, dès que ces charlatans font référence à Dieu, le prophète Mohamed ou à la religion en général, l'Algérien avale sans sourciller et consomme à ses risques et périls. Et c'est grâce à cette propension de la population à gober tout ce qui fait référence à la religion que des gens tentés par l'enrichissement rapide exploitent ce filon porteur. Il faut dire que cette crédulité n'est pas nouvelle et cette tentation malveillante non plus. D'ailleurs, cela fait longtemps que l'on trouve des commerces baptisés avec des connotations religieuses que des commerçants exploitent pour attirer plus de clients. Des magasins «Er Rahma», «Rezq Ellah», «El Baraka», «Melk Ellah» pullulent dans les quatre coins du pays et ce n'est pas chez eux que les prix sont accessibles. On trouve également les fameux locaux commerciaux proposant les remèdes miracles à base de plantes et de différentes herbes ainsi que des «cabinets» de guérisseurs qui se multiplient d'années en années. Cette mentalité de l'Algérien est très nuisible dans de nombreuses situations. Parce que c'est cette mentalité qui permet à des charlatans de tous acabits d'abuser de la foi d'un nombre incalculable de personnes. Mais dans certaines situations, cela peut être dangereux. Mortel même. Des décès ont déjà été enregistrés comme pour cette femme qui a rendu l'âme à l'issue d'une séance de «roqya» menée par le fameux cheikh Belahmar. Il y a également des complications que les victimes ou leurs proches n'ont pas osé rendre publiques car ayant honte de se ridiculiser dans le voisinage en particulier ou dans la société en général. Dans tous les cas, l'abus de confiance est avéré à chaque fois et l'Etat reste parfois impassible. Même s'il est difficile pour les responsables des pouvoirs publics de protéger les ignorants, il est tout de même de leur devoir de faire un effort sur deux terrains distincts. L'Etat doit mener un travail pédagogique en direction des Algériens. Leur expliquer que ce n'est pas parce qu'un tel utilise des termes religieux que son produit est fiable. Que la référence religieuse n'est pas un signe de fiabilité quand il s'agit de produits proposés à la vente. L'Education reste le point cardinal dans cette lutte contre le charlatanisme et l'école qui a abandonné sa mission pédagogique pour une autre idéologique, ferait mieux de reprendre son rôle originel pour offrir à la société les moyens cognitifs de faire face à toutes les supercheries qu'elle est appelée à rencontrer. Mais entre temps, il faudrait un travail profond de sensibilisation contre le charlatanisme de tout bord. Un travail qui doit être mené, non seulement par les pouvoirs publics mais aussi par la société civile, plus encline à flirter avec les pouvoirs publics pour d'hypothétiques subventions que de s'impliquer pour l'intérêt général. Les médias ont également un rôle important à jouer dans l'éveil des consciences et l'éducation des masses. D'autant plus que le cas du complément alimentaire «Rahmet Rabbi» a été amplifié par une chaîne de télévision sans aucun travail de vérification au moment où d'autres chaînes et autres journaux bombardent quotidiennement les Algériens de religiosité souvent douteuse mettant à mal leur capacité de discerner le vrai du faux. Tout cela au moment où les charlatans se modernisent en investissant la Toile, notamment les réseaux sociaux de plus en plus accessibles aux Algériens, particulièrement les jeunes, victimes d'un système éducatif sinistré. M. B.