Depuis l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi, en juillet, qui venait après celui d'un autre opposant, Chokri Belaïd, en février, la Tunisie est le moins que l'on puisse dire paralysée politiquement. L'opposition tunisienne, composée de différentes tendances, veut absolument faire tomber le gouvernement et lance des mouvements de contestation dont le dernier mot d'ordre est «La semaine du départ». L'objectif de cette alliance hétéroclite regroupée au sein du FSN (Front du Salut National) est de faire chuter le gouvernement qualifié de «la honte». Pour l'opposition le gouvernement a perdu de sa légitimité et devrait partir avant d'entamer tout dialogue. Le gouvernement est accusé d'avoir failli sur le plan sécuritaire face à l'essor de la mouvance djihadiste. L'opposition, minoritaire au sein de l'Assemblée nationale constituante, considère que les élections qui ont donné lieu à la Constituante sont distancées. Pour preuve le délai fixé pour rédiger la Constitution et en finir avec la situation interminable de transition a été dépassé. Cependant si les appels au changement de gouvernement trouvent quelque peu écho en dehors de cette opposition hétéroclite regroupée au sein du FSN, l'option d'une dissolution de l'Assemblée constituante est rejetée par les grandes organisations sociales, dont le puissant syndicat des travailleurs Ugtt et l'organisation patronale Utica. Voulant peser de tout son poids pour dépasser le blocage, l'Ugtt a mené une action de médiation qui semblait au départ engranger quelques dividendes en rapprochant les antagonismes. Comme celui de l'acceptation par le premier responsable du mouvement Ennahda, Rached Ghannouchi, de faire du plan proposé par le syndicat une base pour la solution de la crise. Ce plan prévoit de mettre en place un gouvernement de «compétences nationales» qui serait apolitique et le maintien de l'Assemblée nationale constituante en activité, mais en lui fixant un délai pour l'achèvement de ses travaux. La proposition qui prenait sérieusement corps a été promptement abandonnée sous les effets des différents calculs politiques des uns et des autres. L'opposition est revenue à son obsession, celle de refuser d'entamer toute discussion avant que le gouvernement dirigé par Larayedh ne démissionne.
Paralysie politique Ainsi donc la chute du gouvernement est devenue de fait un objectif politique. Au risque de mener le pays déjà sérieusement fragilisé vers une impasse aux conséquences périlleuses. La Tunisie, qui menait son processus de transition de façon quasi exemplaire, risque de se retrouver à la case départ. Les clivages devenant de plus en plus durs. Le parti de Ghannouchi refuse de céder sur la question, pour lui cruciale, du départ du gouvernement comme préalable. Son parti affirme qu'il «poursuivra sa mission jusqu'à ce que le dialogue national aboutisse à une solution de compromis qui garantisse l'aboutissement de la transition démocratique et l'organisation d'élections libres et justes». En effet une situation de vide institutionnel guette sérieusement la Tunisie en cas de chute du gouvernement actuel. Avec son corollaire de dangers et d'instabilités. Le Premier ministre, Ali Larayedh, a mis en garde contre toute «atteinte aux institutions de l'Etat». Pour les dirigeants d'Ennahda les revendications de l'opposition constituent une véritable tentative «de coup d'Etat», s'assimilant précisément au renversement par l'armée égyptienne du président Mohamed Morsi. En effet le déroulement des événements en Egypte semble de plus en plus influer l'opposition en Tunisie. La tentation d'en finir avec un gouvernement couleur Ennahda semble grande. Le dialogue de sourds est devenu aujourd'hui le quotidien politique de la Tunisie sur fond de médias particulièrement partisans alimentant à l'envi la tension. Alors que l'armée, toujours en opération contre les groupes terroristes, a repris ses opérations terrestres et aériennes à la montagne Chaambi. Le terrorisme mené par les salafistes tunisiens constitue désormais un sérieux problème pour la Tunisie, qui a sollicité l'assistance de son voisin l'Algérie avec qui est partagée une coopération soutenue dans le domaine du renseignement. La paralysie politique en Tunisie ne pourrait pas trouver une issue sans un retour impératif au dialogue. La situation de tension extrême sous fond de répression en Egypte est loin de constituer un modèle enthousiasmant. M. B.