Notre presse nous rapporte récemment que « le Forum des chefs d'entreprises (FCE ) pose le problème du manque de main d'oeuvre qualifiée et propose la création de « mini-centres » de formation au niveau des grands projets structurants. ». D'après notre ministre de la Formation professionnelle (FP), « l'Algérie forme chaque année 600.000 stagiaires et dispose de plus de 1.200 centres de formation professionnelle » et « demande aux entreprises de s'impliquer davantage dans l'insertion des diplômés dans le monde de l'entreprise. » Je ne sais pas d'où le ministre a sorti ces chiffres. Personnellement j'ai compté pas moins de 802 établissements de FP répartis sur les 48 wilayas (CFPA, INSFP, IEP et leurs annexes) dont une soixantaine pour la Wilaya d'Alger, 24 pour la Wilaya de CHLEF, 19 pour la Wilaya de Tizi-Ouzou et une vingtaine pour la Wilaya de Bordj Bou-arreridj. Ces établissements délivrent 5 niveaux de qualification dans 422 spécialités réparties entre 22 branches dont l'agriculture, le BTP, les métiers de l'eau, le bois et l'ameublement, les IAA, l'artisanat traditionnel etc. Alors comment interpréter cette réflexion de M. Haddad, Président du FCE qui estime que « Nos entreprises se plaignent d'un manque de main d'oeuvre qualifiée » ? Ces chiffres, facilement vérifiables sur le site du ministère algérien de la formation professionnelle laissent rêveur ! La politique de création de ces centres n'a pas été suivie apparemment par un investissement réel sur le potentiel humain : formation des formateurs et des gestionnaires. De même que beaucoup de ces établissements souffrent d'un manque chronique d'équipement en rapport avec le secteur de formation. Et enfin la valeur ajoutée de ces centres ne vaudra que s'ils travaillent en étroite collaboration avec les professionnels des secteurs concernés. Or, peu d'entreprises publiques ou privées investissent chez nous dans la formation. Par ailleurs, la formation professionnelle reste considérée comme une alternative aux échecs des élèves en formation initiale. Les certifications délivrées par la formation professionnelle sont peu ou pas reconnues par la formation initiale. Ce qui est une totale aberration. Il y a nécessité d'établir des passerelles entre les diplômes de la formation initiale et ceux de la FP, du CAP jusqu'au BTS. De plus, compte tenu des difficultés de recrutement des stagiaires dans certains secteurs (BTP, Agriculture...), il est indispensable de mettre en place une vraie politique de communication à grande échelle (TV, radios, presse, salons...) pour faire connaître la diversité des établissements de FP ainsi que les certifications auxquelles ils préparent. De même qu'il faudra mettre en place un dispositif de reconnaissance des compétences professionnelles des jeunes acquises en dehors des systèmes de formation. Quand on sait que de plus en plus d'entreprises exerçant en Algérie ramènent leur propre main d'œuvre (surtout les chinois, mais pas qu'eux) on est en droit de se poser des questions sur ces dysfonctionnements. Pourquoi ne pas exiger des entreprises algériennes comme étrangères et à chaque signature de contrat une clause instaurant une obligation pour ces entreprises d'investir dans le champ de la formation notamment en intervenant dans les établissements à la fois pour la formation des formateurs et des stagiaires ? Parce que sans partenariat avec le monde de l'entreprise, la formation professionnelle a peu de chances d'atteindre les objectifs qui lui sont assignés. « Un problème sans solution est un problème mal posé » disait Einstein. Youcef L'Asnami