Avec Cubaniya, un titre aussi exotique qu'original, Jaoudet Gassouma nous embarque dans un long périple sous les tropiques dans les Caraïbes à Cuba sous un soleil de plomb et aux fragrances chaudes et exotiques. Dans son roman Cubanya paru aux éditions Chihab, Jaoudet Gassouma nous conte la bravoure de ce peuple qui, après avoir subi l'oppression de Batista Fulgencio, puis les affres du castrisme est confronté à cet interminable embargo. Cette superbe île ensoleillée située sur le tropique du Cancer subit une paupérisation vaillamment assumée par ce peuple plein d'ingéniosité et d'habileté pour s'en sortir. Le système D, la débrouillardise sont le lot de tous les cubains. Cubaniya retrace le quotidien des cubains qui gardent malgré leur misère et leur désenchantement, cette joie de vivre romancée et rehaussée par les airs de salsa et sous les effluves éthyliques de l'exquis rhum et du délectable mojito. C'est un magnifique roman truculent, tout en couleur qui retrace la vie actuelle à Cuba avec ses hauts et ses bas. Sans verser dans un moralisme béat, l'auteur évoque les problèmes sociaux avec comme toile de fond deux amours qui s'y greffent, celui de la cubaine Yusa et l'algérienne Douja. Une vie difficile Dans cette superbe vieille ville de la Havane, la dureté et la précarité de la vie se résument dans ce paragraphe : «Faut-il rappeler que si tu n'es pas militaire ou homme politique en ces terres caribéennes, le salaire culmine à 20 dollars par mois, et que le rationnement du lait, des pommes de terre, du bœuf ou des œufs reste effarant. Embargo quant tu nous tiens par la barbichette, du barbudo en chef». La vie à la Havane n'est pas une sinécure. En proie au dénuement et au marasme, c'est une Havane décadente que nous décrit l'auteur, avec en prime, l'amour comme viatique. A ces contraintes matérielles et sujétions idéologiques, Gassouma rappelle que les cubains ont plus d'un tour dans leur sac. Ils exorcisent leurs épreuves et contrent leur adversité par la débrouillardise pour survivre, ce qui fait dire à l'écrivain : «La Cubaniya est cet esprit de transcendance, de lutte pour manger vrai et de ne plus compter sur les alliances éphémères entre missiles indus et attaques répétées américano-occidentales. Cette survie, je la vois dans les mains calleuses de ceux qui se lèvent tôt ici pour gratter les lopins dans les bottes crasseuses des ouvriers plongés dans les égouts. La survie s'instille dans les têtes frisées des jeunes écoliers qui y croient». L'auteur évoque avec beaucoup de peine l'atmosphère délétère qui règne à la Havane. En témoignent ces propos : «A Cuba, on ne se bagarre pas dans les rues, mais les regards disent tout haut ce que les poings renferment tout bas de rage». Dans ce contexte social, Jaoudet Gassouma fait un parallèle avec Alger d'une époque donnée et se permet une similaire comparaison à moindre degré. Ce sont d'incessants feed-back entre La Havane et Alger qu'il nous livre dans cette truculente narration. Ce qui reste de la révolution Cette fiction à forte charge émotionnelle et pleine d'intensité donne la note juste pour dire que le castrisme a annihilé malheureusement la dignité de ce peuple. Révolution oblige ! Avec des mots durs, puissants, mâtinés de dérisions, il rappelle la coercition du système politique. Aussi, a-t-il beaucoup d'empathie et de reconnaissance pour ce peuple dont la souffrance est silencieuse et dont la volonté inébranlable lui permet la survie. Le «Je» est omniprésent dans cette narration menée d'une main de maître. Jaoudet Gassouma a décrit un lieu et un peuple avec virtuosité sans tomber dans une antienne. Point de morale, ni de discours démagogique. Sa description objective est rehaussée par ces deux amours qui déclinent cette fiction très «caliente» (chaude). C'est un roman d'une grande pertinence et profondeur aux accents chauds, de l'amour sur fond noir de cette société déliquescente et d'un peuple désappointé. Cubaniya est le troisième roman de Jaoudet Gassouma. Dans cet ouvrage, le romancier nous livre des moments forts à Cuba entre désenchantement et bleus à l'âme.