C'est un corps de métier comme les autres. Les policiers sont des fonctionnaires qui s'occupent de la sécurité des personnes et des biens. A ce titre, comme tous les salariés, ils ne doivent pas manquer de raisons d'être en colère, le pays n'étant pas un exemple de réussite en matière de protection sociale, de salaires et de promotion professionnelle. On dit que la police n'est pas tout à fait une profession comme une autre, et c'est tout à fait vrai. Qu'on fasse valoir à ce propos le fait que la Sûreté nationale est directement, à tort ou à raison, assimilée au pouvoir politique, qu'on en déduise que ses fonctionnaires sont logiquement des «enfants gâtés du système» ou qu'on pense que les missions - de répression essentiellement - qui leur sont confiées sont incompatibles avec la protestation et l'action revendicative, tous les arguments se rejoignent. Et le fait que toutes les velléités d'organisation syndicales de la corporation sont restées au stade de… velléités n'est pas de nature à changer la donne dans le regard que porte la société sur la police et les autres corps de sécurité de manière générale. Au sein même de la profession, le dilemme est tiraillant : ou on continue à se situer au-dessus de la mêlée des colères socioprofessionnelles qui soulèvent régulièrement les autres corps de métier de l'activité nationale parce qu'on est tenté de croire qu'on est des privilégiés du système dont il faut tirer toutes les concessions possibles, ou fonctionner de façon plus terre à terre en évaluant la réalité. Une réalité qui n'est pas toujours conforme à l'image de prospérité qui nous est renvoyée du policier à qui on accorde tout en raison de ce qui est attendu de lui. Ou qui a accès à tout en recourant aux «entrées», si ce n'est à l'abus d'autorité. Et l'actualité des dernières années n'est pas faite pour prouver le contraire. La police est systématiquement mobilisée, souvent en surnombre et avec des moyens qui n'ont aucune commune mesure avec le «péril» qu'elle est censée affronter et endiguer. Les manifestations politiques, les marches pacifiques, les sit-in de revendications socioprofessionnelles et parfois des actions de solidarité humaine sont réprimées, souvent avec un zèle qui ne tient pas toujours de la rigueur des instructions de la hiérarchie. Du moins, il est difficile de le croire pour le citoyen ordinaire qui aime bien en découdre avec son vis-à-vis direct au lieu d'aller chercher plus loin la responsabilité des brimades subies. Maintenant que les policiers se rebiffent, avec une colère symboliquement entamée à partir de Ghardaïa, une région particulièrement chaude et sensible, rien n'est venu contrarier ce que l'Algérien lambda sait - ou croit savoir - déjà. Le ministre de l'Intérieur a tout de go répliqué : quasiment toutes les revendications des policiers contestataires sont satisfaites, dans la foulée d'un dialogue expéditif redevenu une vertu qu'on croyait perdue. Les policiers ont même pu «marcher» à Alger – les plus cyniques diront que c'est une violation de la loi - et se regrouper sur le parvis de la présidence de la République ! Il se peut bien que la ras-le bol des petits policiers soumis à un rythme de travail insoutenable et vivant dans des conditions très dures leur donne une telle «audace», mais c'est d'avoir surtout cru à leur utilité et leurs «capacités de nuisance» qui est déterminant dans leur détermination. Il n'y a qu'à voir la sollicitude qui a accompagné leur mouvement pour s'en convaincre. Le message, lui, d'un côté comme de l'autre, semble on ne peut plus clair. Les policiers semblent déterminés à se faire payer le «travail» pas toujours vertueux qu'on leur demande. Et les dirigeants disposés à accorder beaucoup de choses pour cela.