Parlons-en! Le président israélien, Shimon Peres - abordant devant les ambassadeurs d'Israël la question du danger présumé que représenterait, selon lui, le nucléaire iranien - a affirmé,, lundi, qu'«Israël a des réponses au problème iranien. Mais c'est à la responsabilité du monde entier de le résoudre. Cela ne saurait être transformé en monopole israélien». Monopole israélien? N'est-ce pas le cas? Qui s'inquiète du nucléaire iranien si ce n'est le seul Israël? Qui a fait de ce «problème»- si c'est effectivement le cas - un abcès de fixation et une affaire d'intérêt national, si ce n'est, encore, Israël? Mais là, nous semble-il, n'est plus le problème. Et pour cause! Car, Shimon Peres, le fondateur et le maître d'oeuvre du nucléaire israélien - il sait donc de quoi il parle -, souligna devant les diplomates israéliens que la doctrine dite d'«ambiguïté délibérée» d'Israël en matière nucléaire constituait un moyen de dissuasion «efficace» contre «Téhéran». C'est quoi cette doctrine? Elle consiste, pour Israël, de ni démentir, ni confirmer sa détention de l'arme atomique. C'est déjà là un aveu. D'ailleurs, lorsque cela l'arrange, Israël confirme, à demi-mot, l'existence d'un tel arsenal nucléaire. Mais ce n'est pas encore là le plus important, dès lors que le monde entier sait désormais à quoi s'en tenir pour ce qui est du nucléaire israélien. Les grandes puissances - celles-là même qui harcèlent l'Iran pour son présumé programme nucléaire militaire - les experts en la matière, y compris les Américains et l'Aiea (l'Agence de sûreté nucléaire de l'ONU) peuvent dire, à une bombe atomique près, à combien de têtes nucléaires s'élève l'arsenal de destruction massive d'Israël. En revanche, ce qu'il faut relever est le fait, unique dans les annales de la diplomatie et du droit internationaux, qu'un Etat, Israël en l'occurrence, puisse se dédouaner de toute explication sur son programme (militaire) nucléaire et être exonéré de toute vérification comme s'épargner l'inspection de la part de l'Aiea rien qu'en mettant en avant sa doctrine d'«ambiguïté». Juste remarque: pourquoi ce qui semble être «admissible» pour Israël, ne l'est plus et n'a pas lieu d'être pour d'autres pays? Tellement «inacceptable», qu'Israël et son mentor états-unien, tout en rameutant le monde, sont prêts à aller vers une troisième guerre mondiale (Israël et les Etats-Unis ont suffisamment affirmé que l'option militaire, y compris nucléaire, restait sur la table) qui pourrait être une guerre nucléaire juste parce que ces deux pays soupçonnent - tout en étant incapables de corroborer une telle suspicion - l'Iran de travailler sur un programme nucléaire militaire et non civil comme l'affirme Téhéran. Ainsi donc, voici un pays qui, non seulement n'adhère pas au TNP (Traité de non-prolifération nucléaire), s'oppose catégoriquement à ce que l'Aiea inspecte ses installations nucléaires qui, ne manquant pas de cynisme, estime que la «résolution du problème iranien est de la responsabilité du monde entier». Aussi inconcevable que cela puisse paraître, le «monde» marche - y compris les Arabes du Golfe embarqués dans un contentieux qui n'est pas le leur dont les tenants et aboutissants leur échappent - et feint de croire que le danger nucléaire viendrait de l'Iran qui, jusqu'à preuve du contraire, ne possède pas d'ADM. Ce qui n'est pas le cas d'Israël qui dispose bel et bien d'un arsenal estimé à 300 têtes atomiques. De fait, le même Peres déclare à ses ambassadeurs: «Israël a des capacités de dissuasion, réelles ou non. Personne ne sait exactement ce qu'il y a à Dimona.» Le fait est que personne ne veut savoir! Les Etats-Unis et l'Union européenne qui répugnent ne serait-ce qu'à évoquer du bout des lèvres le nucléaire israélien, ont épuisé les sanctions contre l'Iran pour l'amener à renoncer à son programme nucléaire envisageant d'aller plus loin avec des risques de dérapages alors que ce programme pourrait être ce que l'Iran affirme, ce qu'il est. Cela permet, cependant, de détourner l'attention du danger potentiel que constitue Israël et ses ADM (armes de destruction massive) non contrôlées, par un braquage outrancier sur l'Iran. On a trop facilement oublié la supercherie des ADM irakiennes.