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Une politique en "dents de scie"
MANUEL VALLS EN VISITE À ALGER : LA STRATEGIE SECURITAIRE DE PARIS DANS LA REGION SAHELO-MAGHREBINE
Publié dans L'Expression le 09 - 04 - 2016

Paris n'hésite pas à s'impliquer dans la «zone obscure»
Contrairement à la Syrie où son ambition, assortie de «fermeté» vis-à-vis de Damas et Téhéran, vise à préserver le Liban et conforter les relations commerciales avec les pays du CCG, la France dit sa «vive préoccupation» des enjeux sécuritaires, axe majeur de sa politique étrangère.
Après l'opération française Serval, lancée le 11 janvier 2013, au Mali, pour stopper la progression des groupes islamistes armés et soutenir les troupes maliennes, a succédé, en 2015, une autre action militaire, nommée «Barkhane», allusion à une dune modulée par les vents sous la forme d'un croissant. L'opération Barkhane se déroule avec la collaboration des cinq pays du Sahel, (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) et mobilise quelque 3 000 militaires ainsi que des drones, des hélicoptères et des avions de chasse, tout cela de façon durable. Objectif: contrecarrer la présence des groupes terroristes sur une «autoroute» ouverte à tous les trafics et génératrice d'une reconstitution des jihadistes grâce aux «échanges» avec la Libye où s'est implanté Daesh. Ces activités criminelles ont un impact plus ou moins grave sur l'ensemble des pays de la région sahélienne, mais aussi sur les trois pays du Maghreb frontaliers du chaos libyen. Or, pour Paris, qui dit conséquences sur ces pays implique des effets tout aussi inquiétants sur la sécurité de la France, d'une part, et sur ses intérêts économiques, d'autre part. Mis en branle, le dispositif Barkhane était différent de l'opération Serval qui concernait uniquement le Mali puisqu'il vise à lutter contre le terrorisme à l'échelle de tout le Sahel, à partir de la base militaire du «sergent Kosseï», au Tchad. Contrairement à la Syrie où son ambition, assortie de «fermeté» vis-à-vis du régime Al Assad et de l'Iran, vise essentiellement à préserver le Liban et conforter les relations commerciales avec les pays du CCG, la France dit sa «vive préoccupation» des enjeux sécuritaires, au point d'en faire un axe majeur de sa politique étrangère.
Cette vision l'a conduite à s'impliquer fortement dans la crise libyenne où elle n'hésite pas à intervenir dans la «zone obscure» qui échappe à tout contrôle. Mesurant l'insuffisance des moyens mis en branle, elle a mobilisé tous les Etats de la région pour tenter de combattre les groupes terroristes et criminels qui sévissent dans ces zones désertiques.
Et dans le cadre de l'UE, elle agite la double menace des jihadistes et des trafics de drogue et de migrants. La plupart des pays européens se contentent d'un soutien platonique, n'ayant ni les moyens militaires ni la responsabilité historique dont se prévaut volontiers Paris. Si le président Hollande et son gouvernement ont longtemps défendu l'option de l'intervention militaire, ils ont été contraints, ces derniers mois, à mettre beaucoup d'eau dans leur vin, pour admettre que la réponse au terrorisme ne saurait être uniquement militaire. D'où un appui sans enthousiasme aux médiations menées sous l'égide des Nations unies, et la reconnaissance formelle de la validité de la démarche de l'Algérie qui a inlassablement défendu l'exigence d'une approche politique des problèmes. Objectivement, il est vite apparu que la présence française via le dispositif Barkhane est, peut-être, nécessaire mais certainement pas suffisante. Car ce n'est pas avec 3000 hommes qu'elle peut prétendre maîtriser une zone aussi vaste que l'Europe elle-même, qui plus est avec des moyens peu nombreux et dont la performance reste encore à démontrer. Du coup, elle s'inscrit dans une longue durée, face à des groupes terroristes qui menacent des Etats fragiles, aux portes même de l'Europe, d'autant que Paris a d'autres intérêts en jeu, tels que la défense des ressources en uranium au Niger, second fournisseur du groupe Areva après le Kazakhstan. Face à une Europe tétanisée par la question des migrants, la France a le soutien des Etats-Unis. Un QG opérationnel franco-américain a été installé. Là, sont traitées les informations recueillies par les quatre drones US et les deux français qui épient sans relâche la zone sahélienne et la Libye. Et elle bénéficie, en outre, d'une franche coopération avec l'Algérie, notamment en matière de renseignement et de facilitations diverses, telles le survol du territoire ou l'approvisionnement en carburant, ce qui lui a évité plusieurs attentats. Mais voilà que les tensions cycliques reviennent dans les rapports en dents de scie que Paris s'évertue, depuis des décennies, à maintenir avec Alger.


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