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De l'esthétique du chaos!
Abou Leïla de Amin Sidi-Boumediene
Publié dans L'Expression le 26 - 06 - 2021

A quel moment avons-nous basculé dans l'horreur et sommes-nous devenus des monstres sanguinaires, assoiffés de chair et de sang? Si Amin Sidi-Boumediene ne répond pas directement à cette question, il nous essaime toutefois, quelques petits indices fortement métaphoriques, ici et là dans la mise en scène grâce à des tableaux, qui, sur le plan visuel sont d'une forte densité artistique. Une proposition filmique des plus captivantes, mais déroutante aussi. Des plans minutieusement étudiés autour desquels se nourrit la trame du film, éclaté comme dans un puzzle servant à composer cette histoire. Un drame psychologique qui sonde l'âme humaine et son cerveau mortifère. Du sacrifice d'Abraham à la folie meurtrière des hommes, il y a ce point commun: l'enclos du sang. Le corps sacrifié. L'homme est-il condamné à être la proie d'autres hommes? Dans Abou Leïla, il se métamorphose en animal pourtant. Du mouton, à la chèvre, mère nourricière dans la mythologie, il n' y a qu'un pas pour atteindre le sacré... Si la force ne tue pas, elle te rend plus fort...Sauf que parfois elle fait exploser les limites et c'est le chaos. Film psychologique à souhait, le premier long métrage d'Amin Sidi Boumediene (après ses trois courts métrages, «Alger, demain», «Serial K» et «l'île», (NDLR) a été projeté en avant-première mercredi 23 juin dernier, à la salle Ibn Zeydoun, à moitié remplie, par respect aux règles sanitaires contre le Covid-19 oblige. Cette projection tant attendue après que le film a été projeté dans le cadre de la semaine de la critique du festival de Cannes en 2019, revêtait d'emblée un caractère quasi mystique. Car le film aura mis des années pour voir le jour. Non seulement parce que son réalisateur a pris le temps de bien l'écrire, le tourner, trouver les bons acteurs pour incarner ce monde fou dans lequel nous vivons et ses séquelles, mais parce qu'il a été vu beaucoup ailleurs, sauf en Algérie. Le film est, d'ailleurs, sorti en France et a obtenu pas mal de prix dans le monde.
Recherche terroriste désespérément
Réalisateur, scénariste, monteur, mais aussi musicien, Amine Sidi-Boumediene est un artiste jusqu'au bout des ongles et cela se voit pleinement à travers l'image de son film. Cette coproduction algéro-franco-qatari nous plonge dans le passé de la décennie noire via deux personnages principaux. Il s'agit d'un brigadier antiterroriste, à savoir Lotfi joué par Lyès Salem, accompagné du jeune Samir alias Slimane Benouari dans le rôle d'un policier agité. Ces derniers quittent le Nord en direction du Sud algérien à la recherche d' un dangereux terroriste baptisé «Abou Leïla». Ce film qui explore l'impact du trauma de la violence sur la société algérienne alterne passé et présent dans d'éternels flashbacks maquillés parfois d'hallucinations nimbées de visions cauchemardesques. Retour à l'origine du mal. Le jeune policier est, en fait, doublement traumatisé. D'abord enfant quand refusant de sacrifier le mouton de l'Aïd, son père alias Aziz Boukrouni, le brimera sévèrement et quand devenu adulte, il verra son coéquipier policier mourir dans ses bras à la suite d'un accrochage avec ce terroriste...Ainsi, il décidera de le retrouver à tout prix pour venger son ami et sans doute vider son mal intérieur...Mais tout ça l'on ne peut le saisir qu'en recollant les morceaux du récit qui s'écrit devant nos yeux. Où est la vérité? Le réalisateur apporte plutôt des questionnements sur la base d'une histoire qui, par endroits, rappelle les fables et les contes noirs, censés faire peur aux enfants quand ils se comportent mal. Apres «Serial K», court métrage réalisé en 2014, Amin Sidi-Boumediene convoque à nouveau l'idée du sacrifice du mouton détourné dans un sursaut de folie cathartique par l'image de la chèvre dont le réalisateur suggère amplement la décapitation dans une mise en scène qui rappelle les films du genre fantastique. Pourquoi l'enfant devrait-il être un lion? se demande Samir quand il se remémore les contes que lui racontait sa mère.... Un enfant, Samir, l'est complètement comme le suggère cette scène où Lotfi noue ses chaussures ou quand il le prend sans ses bras et s'occupe de lui comme son petit frère. Film hautement esthétique, Abou Leïla donne à voir des plans qui sont d'une rare beauté. L'enfant qui sommeille en lui, tente-t-il enfin d'expier ses fautes en voulant enfin être «un homme»? Ou plutôt se rebelle t-il contre cette vieille tradition sanguinaire comme aurait voulu le père? Une chose est sûre, l'enfant qui continue à l'habiter, n'a pas fini de régler ses comptes avec son passé, tout comme le pays avec ses fantômes.
Le mouton, la chèvre et le sang
Le sang, le crime, la sauvagerie assassine avec laquelle Samir s'acharne sur les pauvres bêtes est en soi une véritable performance cinématographique. Cet abattage humain durant la décennie noire est mis en exergue en filigrane à travers une scène fascinante, quasi absurde, mais étonnemment belle. Cannibales nous sommes! des prédateurs vagabonds condamnés à errer dans le désert comme ultime châtiment.. Le film d'Amin Sidi Boumedienne a cette particularité, son dessein de la mort qui au fur et à mesure qu'il gagne du terrain, contamine les êtres et les espaces. De l'enfant fragile et faible qu'est Samir, arrive la cartographie d'une hécatombe avec la décennie noire et sa peur titanesque de la mort, puis enfin cette quête rédemptrice qui, pense t-il l'amena à faire taire ses démons en mettant fin à ce terroriste imaginaire...En vain! Mais l'absolution n'est pas encore au rendez- vous. Elle s'évapore comme un mirage qui, plus tenace que jamais, rejoue à chaque fois ses billes, l'inconscient étant terriblement vicieux que le réel... Echec et mat...Les plus forts tiennent le coup, les faibles perdent les pédales. Mais d'où vient cette violence qui nous colle à la peau? Si le célèbre philosophie Lambroso soutenait que la violence est héréditaire et se niche dans le chromosome humain, pour Amin Sidi-Boumediene celle-ci dénote d'une rage sans doute enfouie et jamais réellement soignée. Colmatée, elle peut resurgir quand elle veut comme un volcan. La mort est-elle une chance dans ce cas?
De l'homme au guépard
Film sensitif, méditatif et surtout contemplatif, Abou Leïla est appuyé d'une bande sonore des plus extatiques jusqu'à la sidération. Chaque souffle d'anxiété, d'angoisse, de folie est soigneusement travaillé. L'atmosphère psychotique du film est superbement rendue. Aussi, le temps semble parfois suspendu. Au spectateur de combler les interstices. Le son et l'image ne font qu'un pour donner à voir et à ressentir un film déstabilisant qui fait souvent appel, à l'intelligence du spectateur.
L'arrivée de l'actrice Meryem Medjkane vers la fin du film rajoute un supplément de suspense dans cette quête absolue de l'assassin. S'il faut évoquer le passé, l'art contemporain est là pour le réinterpréter, avec ses outils du présent et le rendre palpable mais dans une vision bien moderne, novatrice et éclatée. C'est ce qu'Amin Sidi Boumediene s'est employé à faire pour narrer ce passé, si loin si proche, dans une démarche qui, en effet, tranche complètement avec les histoires classiques vues jusqu'à présent sur la décennie noire. Abou Leïla, est un film subtil, donne à réfléchir sur nous-mêmes et notre environnement. Qui est le bourreau et qui est le mouton? Qui est le fou et qui est le sage? Un film qui aborde la notion de violence comme ce virus qui se propage et contamine le monde...
Du Nord vers le Sud et ainsi de suite. Mais qui pourra taire un jour cette violence? Peut-être avons-nous juste besoin d'une halte pour comprendre cette frénésie et la dompter. Belle plaidoirie pour la paix de l'âme et de l'esprit qu'est Abou Leïla qui appelle, qui se veut un appel à l'apaisement...


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