Contre toute attente, il n'y avait aucun déploiement militaire hier soir autour du Niger, alors que l'ultimatum de la Cédéao prenait fin peu avant minuit au Niger. La capitale Niamey tait plongée dans un calme précaire, à l'écoute du moindre signe d'un déclenchement des hostilités. L'avertissement lancé par la MAE française selon laquelle la menace devait être «prise au sérieux» et, surtout, l'annonce par les chefs d'état-major de l'organisation ouest-africaine au sortir de leur réunion à Abuja, au Nigeria, mercredi dernier, disant que «les contours» de l'intervention militaire étaient dessinés étaient autant de signaux de nature à accréditer la thèse d'un déclenchement automatique de l'usage de la force. En fin de compte, le rétropédalage que l'on n'imaginait pas a bien eu lieu et une source «motorisée» de la Cédéao a indiqué hier qu' «une intervention militaire immédiate pour rétablir le président Bazoum n'est pas envisageable à ce stade». Traduisez, pas pour le moment. On a ensuite appris qu'une réunion de l'organisation ouest-africaine est prévue jeudi prochain à Abuja pour prendre une décision à cet égard. Quelques jours de répit, donc, au cours desquels le bon sens devrait l'emporter et les nombreux appels venus d'Alger, de Rome et même de Berlin, incitant à une approche diplomatique et responsable, entendus. La chose n'est pas évidente car certaines parties poussent à la crise, voire à son pourrissement, tant la peur d'être totalement évincées de la région sahélienne leur donne des ailes. Mais la raison doit l'emporter, sachant que la déstabilisation du Niger, l'un des pays les plus pauvres du monde, de surcroît en butte à un terrorisme meurtrier, aurait des conséquences infinitésimales sur l'effondrement de toute la région sahélienne et des pays proches avant que le séisme n'atteigne les côtes de l'Europe du Sud. Le scénario peut sembler cataclysmique, la réalité pourrait le rendre probant. Et les apprentis-sorciers n'auront même pas à en payer les frais. La voie du dialogue est la seule qui peut permettre de déminer le terrain, même si le CNSP nigérien a affirmé qu'un «pré-déploiement pour la préparation de l'intervention a été fait dans deux pays d'Afrique centrale», sans autre précision. Il accuse la Cédéao d'être «à la solde d'une puissance étrangère», la France en l'occurrence, mais le fait est certain qu' aucun pays du Sahel ne sortirait d'une telle aventure sans de graves dommages.