Toutes les crises économiques du pays ont eu pour origine les répliques enregistrées au niveau de la Bourse pétrolière. 14.000 postes budgétaires bloqués au niveau de la Fonction publique. 450.000 projets appartenant à des jeunes, gelés sous l'effet de la machine bureaucratique. 3000 haragas quittent chaque année le pays au péril de leur vie. Et enfin un taux de chômage variant officiellement entre 10% et 12%, qui, en réalité, dépasse largement ces deux taux. Toutes ces donnes font penser au Rassemblement national démocratique (RND) qu'il existe un dysfonctionnement quelque part dans la gestion des affaires de l'Etat. Le premier responsable est sans aucun doute «le gouvernement», affirme Seddik Chihab, député et vice-président de l'APN. Au troisième jour des débats sur la loi de finances 2008 au niveau de la chambre basse du Parlement, le parti de M.Ahmed Ouyahia maintient la pression sur l'Exécutif. Sans aller jusqu'à lui demander de démissionner, ce membre de l'Alliance stratégique n'est pas allé de main morte pour disséquer avec une rare précision les points faibles du staff de Belkhadem. Il y a, de prime abord, le manque de cohérence entre les différents secteurs. «Le ministre du Travail, de la Sécurité sociale et de l'Emploi estime à 10% le taux de chômage. Dans le projet de la loi de finances, on avance le taux de 12%. Qui croire?» souligne Seddik Chihab. Ce n'est pas tout. Au RND, on estime que malgré l'embellie financière enregistrée grâce à la rente pétrolière, rien n'a changé pour le pays. Pis encore «sur le plan social, les choses s'annoncent très mal.» Au lieu de mettre en oeuvre un véritable programme de développement, le gouvernement «recourt à la solidarité folklorique» pour calmer le front social. C'est cette «fausse» solidarité «qui est responsable de la déperdition scolaire d'environ 500.000 élèves qui se trouvent obligés de quitter les bancs de l'école à cause de l'éloignement, et surtout parce que leurs familles ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour couvrir les frais de leur scolarisation au moment où l'Etat consacre plus de 6 milliards de DA pour les élèves démunis. Il ne faut pas avoir honte de dire que les aides arrivent rarement aux plus nécessiteux», ajoute Chihab. Son collègue et ex-ministre des Finances, Abdelkader Harchaoui atteste que le pétrole fait à la fois le bonheur et le malheur des Algériens «Toutes les crises économiques du pays ont eu pour origine les répliques enregistrées au niveau de la Bourse pétrolière, malheureusement, ajoute-t-il, toutes les solutions sont venues de cette même Bourse.» L'économie algérienne vit au rythme de cette Bourse «ce qui est à la fois inacceptable et dangereux.». Harchaoui ne nie pas les avancées réalisées par l'Algérie depuis plus d'une décennie, mais pense que le moment est venu de réorienter nos ressources, redéfinir les priorités de développement. «Il ne suffit pas de construire des barrages, de créer des banques, de réaliser des centaines de kilomètres d'autoroute ou de soutenir l'agriculture par un fonds qui, en réalité, ne soutient rien et cela pour dire qu'on a fait du développement.» Notre économie souffre du problème «d'efficacité», soutient l'intervenant. C'est pour cette raison qu'il propose de faire un break pour évaluer ce qui a été fait jusqu'à présent et rattraper le décalage existant entre les budgets colossaux accordés à certains secteurs et l'absence de résultats convaincants. Après cette évaluation, «il est impératif pour le gouvernement de définir les priorités de développement». De son côté, le député Aïssa Salhi, du FLN, a attiré l'attention du gouvernement sur la situation «désastreuse» enregistrée autant sur le plan social qu'économique dans la région de Kabylie. «Le gouvernement a consacré un plan spécial pour les wilayas du sud et des Hauts-Plateaux. Ce qui est une bonne initiative. Mais quelle est le sort des wilayas qui ne se situent pas sur ces deux axes?» Ce dernier cite principalement Béjaïa «C'est comme si cette région est mise sous l'état de siège. Excepté quelques ministres, aucun officiel ne s'y rend», fait-il remarquer. Ce comportement a amené la situation au pourrissement. «Le crime organisé, le terrorisme, le chômage épuisent cette région sans que l'Etat ne daigne apporter de l'aide à une population souffrant en silence depuis le Printemps noir» conclut-il.