Les onze ministres arabes réunis à Damas ont revendiqué la participation d'experts arabes. Onze ministres des Affaires étrangères arabes, mem-bres de «la commission de suivi arabe», réunis à Damas, ont préconisé la participation «d'experts arabes» dans la commission de désarmement de l'Irak. Comme ils ont demandé l'arrêt des menaces américaines pour que la commission puisse «terminer son travail dans la sérénité». Pourtant la veille, les Américains avaient adressé un ultimatum à plusieurs pays arabes leur signifiant de préciser leurs positions dans leur conflit avec l'Irak. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a déclaré que l'ONU «a bien accueilli» cette initiative et attend leur participation. Au même moment Colin Powell a averti les autorités irakiennes en les incitant à donner la liste complète de leurs sites militaires. Cette déclaration faite à Prague où se tient le somment de l'OTAN intervient dans une conjoncture historique qui se caractérise par les nouvelles missions hors de la zone euro-altantique. Comme les Etats Unis n'arrivent pas à avaler la pilule en voulant procéder unilatéralement sans passer par les canaux de légitimité internationale, ils viennent de subir un autre affront. Rumsfeld a estimé qu'«il serait imprudent d'attendre de l'ONU une continuité, étant donné ses zigzags (...) sa passivité», avant d'ajouter: «Nous ne permettrons certainement pas que l'Irak continue à tirer sur nos avions impunément.» Kofi Annan a rétorqué que cette exigence ne figure pas dans la résolution 1441. Mais il y a le rôle du président de la commission qui n'inspire pas confiance, du point de vue américain, si on se fie aux commentateurs américains. Malgré son rappel par deux fois à Washington pour mieux lui exprimer leurs doléances, les Américains le soupçonnent de jouer le jeu de l'ONU. Pourtant, dès son arrivée à Bagdad, ce dernier n'y est pas allé de main morte avec les Irakiens. Le Suédois Blix, qui était ministre des Affaires étrangères dans son pays et qui avait des principes de loyauté, irrite à plus d'un titre les Américains. Ils tentent de saborder sa mission par tous les artifices inimaginables. Irrités d'une part par les Européens, puis par l'ONU, voilà venir le tour de Blix qui veut entrer dans l'histoire par la grande porte en restant dans ses prérogatives onusiennes. Son prédécesseur a failli dans sa mission, rappelle-t-on. Lorsque le Congrès avait donné son feu vert à Bush pour une intervention américaine en Irak, des mem-bres de cette institution ont déclaré que leur quitus pouvait suffire. Dans leur esprit, la communauté internationale n'avait pas besoin d'être consultée sur une éventuelle attaque contre l'Irak. A Prague, Bush cherche à pallier cette défaillance en revenant une seconde fois à l'Europe. Cette Europe dont le centre de gravité se trouve à Berlin. Les derniers suffrages ont incontestablement exprimé un désaveu flagrant à la politique guerrière des Américains. Mais Bush en veut plus à Chirac qui aurait été à l'origine du refus de le cautionner dans sa démarche unilatérale. Il cherche donc à le contourner par l'OTAN en traçant une nouvelle dimension aux conflits futurs. L'ONU n'a jamais été autant honnie par les Américains.