Les accès de la capitale ont complètement été bridés, hier dès 8h30, par la Gendarmerie nationale pour filtrer les dizaines de milliers de manifestants venus des wilayas du centre-est et de l'est du pays pour marcher à Alger contre "le système résiduel" de Bouteflika. En effet, des dizaines de camions de troupes antiémeutes de la Gendarmerie nationale ont été déployées à plusieurs niveaux de l'autoroute pour fouiller les bus et les fourgons, mais au vu du nombre impressionnant de manifestants, un flux inédit, qui criaient et qui scandaient des slogans hostiles au pouvoir, les responsables de ce corps de sécurité étaient contraints d'appeler des renforts. Lesquels renforts sont arrivés sur place en prenant le sens inverse de l'autoroute au niveau de Dar El-Beïda et de Mohamadia. Résultat : trois embouteillages monstres ont été provoqués par les barrages de contrôle. Même le pont de Dar El-Beïda a été bouché. Il aura fallu 40 minutes pour pouvoir atteindre le pont de Rouiba et traverser ce simple tronçon de 4 km. De l'autre côté, un autre bouchon de près de 7 km a été formé, provoquant la colère des manifestants. En outre, un autre bouchon de 5 km a été provoqué sur la rocade de l'autoroute Est-Ouest. Les manifestants ont dû passer plus de 40 minutes pour passer le barrage de Lakhdaria (Bouira) avant de buter, encore, sur celui de Dar El-Beïda. Aux environs de 11h30, la colère est montée d'un cran, notamment du côté des manifestants qui étaient dans les bus et les fourgons et qui ont été passés au peigne fin par les gendarmes. La situation allait dégénérer, n'était l'intervention de personnes âgées qui ont appelé au calme et d'officiers de la gendarmerie. "C'est une mesure préventive. On n'empêche personne de passer, mais on doit fouiller les camionnettes, les bus et les fourgons", a tenté d'expliquer un gendarme qui voulait calmer les esprits. "On va passer d'une manière ou d'une autre", criait un jeune originaire de Guelma. Pour leur part, les manifestants qui ont réussi à prendre l'évitement vers l'axe autoroutier de Zéralda pour bifurquer sur Oued Smar et El-Harrach pour rallier Alger-Centre ont également été pris au piège au barrage de Hammadi et de Khemis El-Khechna, où un important dispositif de sécurité et de troupes antiémeutes a été déployé pour la circonstance. La tension a dû baisser vers 13h30 lorsque les gendarmes ont retiré les troupes antiémeutes du barrage, mais le dispositif a été maintenu jusqu'à la fin de la marche. Le décor est similaire de l'autre côté, à Boufarik, où un dispositif impressionnant a été déployé sur l'autoroute. Certains manifestants ont passé plus de 2 heures pour rallier Alger à partir de Blida et de Tipasa. C'est la deuxième fois que des barrages de cette nature ont été dressés pour fouiller les manifestants. En effet, lors de la marche du 15 mars dernier, des milliers de gendarmes ont été mobilisés sur ces axes routiers pour tenter de ralentir les manifestants qui déferlaient sur la capitale.