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"Le Hirak a beaucoup accompli, il reste l'essentiel"
Ahmed Adimi, ex-cadre dirigeant de TalaiE El-Houriat
Publié dans Liberté le 11 - 08 - 2020


Propos recueillis par : M. Iouanoughène
(Traduction : I. amokrane)
Le professeur d'université, qui vient de quitter Talaie El-Houriat, évoque dans cet entretien son expérience de militant, la classe politique, l'avenir du Hirak et le rôle de l'armée.
Liberté : Votre retrait du parti Talaie El-Houriat, est-il uniquement lié aux problèmes internes ou à un retrait de la vie politique ?
Ahmed Adimi : J'ai vécu plusieurs années avec deux casquettes : celle de professeur universitaire, qui est libre de toute obligation, sauf le devoir de dire la vérité quelle qu'elle soit. Quant à la seconde, c'est celle de l'activiste et partisan politique, qui doit prendre en compte les intérêts du parti ou le courant auquel il appartient. Il existait une rivalité entre les deux casquettes, d'ailleurs qui, parfois, était très intense, avec un penchant naturel pour la première.
De plus, la situation du pays, l'ampleur de la corruption et l'imposition d'un Président malade ont fait que l'académicien que je suis a délaissé son domaine pour se concentrer sur l'activisme politique pour dénoncer les pratiques du système existant.
Après la chute de l'homme malade et des têtes de la bande mafieuse, et à mesure que j'avance en âge, j'ai jugé que je devais reprendre mon métier que je considère comme le meilleur en Algérie, celui de professeur d'université.
Mais le professeur est cette personne d'esprit insoumise et qui n'a pas pour seule ambition d'occuper des postes de responsabilité. Par conséquent, et de nos jours, le professeur ne peut parler de retrait définitif de la politique. Il doit plutôt s'éloigner de son positionnement au sein d'un parti.
Les observateurs sont partagés entre ceux qui considèrent que le mouvement populaire se poursuivra une fois l'épidémie passée, et ceux qui le considèrent déjà mort. Quel est votre avis ?
Notre pays est en crise depuis des décennies. C'est la crise d'un peuple qui n'a pas achevé sa révolution ; un peuple qui a libéré sa terre et a cessé de continuer à libérer l'esprit et le pouvoir des personnes infiltrées.
De nombreux analystes ont vu dans le mouvement populaire pacifique une révolution civilisée qui est venue compléter celle de la libération nationale et instaurer un Etat de droit et de justice.
D'autres ont également vu que le mouvement populaire était le point culminant de toutes les luttes des hommes et des femmes libres, depuis le rétablissement de la souveraineté nationale jusqu'à aujourd'hui, et que l'Algérie a désormais dans son histoire un avant et un après-Hirak.
Le mouvement a beaucoup accompli et n'a pas encore atteint l'essentiel. Le sort du mouvement populaire, à mon avis, est lié à cet élément fondamental : réaliser la transition démocratique. Si le pouvoir actuel poursuit sincèrement cet objectif, le mouvement se rétrécira et se transformera, avec le temps, en une force de soutien aux efforts du pouvoir. Avec cette épidémie mondiale, la chute des prix des hydrocarbures et le désastre causé par l'échec de la politique de vingt ans de règne d'un seul homme et la vacance qui s'en est suivie au sommet de la pyramide, je pense que c'est l'occasion de constituer une alliance citoyenne, civilisationnelle ou alors politique.
Le mouvement populaire peut-il se transformer en parti politique ? Ou comment imaginez-vous les résultats de ce Hirak qui continue de peser sur la scène politique ?
Le Hirak est la société avec toutes ses tranches, ses convictions, ses orientations et ses aspirations, il est donc impossible pour toute la société de se transformer en parti politique.
Je m'attendais plutôt à ce que le Hirak donne naissance à plusieurs partis politiques avec de jeunes leaders qui participent fortement au processus politique, mais cela ne s'est pas produit et la jeunesse algérienne repousse ou s'abstient de la lutte partisane.
Au cours des premiers mois du mouvement populaire, j'ai fait la connaissance de nombreux jeunes qui ont cherché à s'organiser en associations et qui ont pris contact avec de nombreux hommes politiques pour discuter sur les situations politique, économique, social et autres.
Ces associations, qui sont le fruit du mouvement, peuvent, au fil du temps, se transformer en force de pression et devenir une force suggestive pour l'alternative qu'il faudrait.
En tant qu'ancien officier à l'armée à la retraite, professeur d'université et militant politique, comment voyez-vous le rôle de l'armée sur la scène politique ?
J'ai exprimé à maintes reprises mon opinion sur cette question. C'est la faiblesse de la classe politique qui pousse l'armée à s'ingérer dans les affaires politiques. L'Algérie était dirigée durant ces 20 dernières années par un Président civil qui a été placé par l'armée, mais qui s'est rapidement débarrassé de ceux qui l'ont amené, pour devenir, et ce, depuis 2004, le seul dirigeant de son ordre. Il s'est efforcé de domestiquer et d'affaiblir la classe politique, avec les élites nationales, et de vider toutes les institutions étatiques de leurs compétences.
S'il existait des institutions fortes, elles joueraient leur rôle, et le pouvoir serait relayé dans des circonstances normales, et l'armée n'aurait pas assumé certaines tâches de ces institutions. Les politiciens poussent l'Etat à chaque fois vers la crise politique étouffante, forçant l'armée à intervenir pour faire face à la situation et arrêter l'effondrement.
Nous devons admettre que la situation a beaucoup changé au niveau de la direction militaire. Pour la première fois depuis le rétablissement de la souveraineté nationale, nous savons qu'un nombre important d'anciens chefs militaires sont emprisonnés pour enrichissement et abus de pouvoir. C'est en soi très important, car c'est un précédent qui fera réfléchir mille fois tous ceux qui occupent des postes de direction.
Le président Tebboune dit vouloir s'appuyer sur la société civile pour lui donner une base populaire pour mettre en œuvre sa politique. Que pensez-vous ?
Je ne pense pas que le président de la République ait l'intention de remplacer les partis politiques par la société civile, car leurs rôles sont différents. La société civile est constituée d'institutions, d'organisations non gouvernementales, d'associations, de syndicats et de clubs créés dans un but précis, non lucratif.
Tandis que le parti politique est un projet, ou un programme politique, qui porte une nouveauté qui n'est pas disponible dans l'arène politique. Le projet ou programme mûrit grâce à de longs débats entre camarades sur la façon d'aborder les problématiques politiques, économiques et sociales du pays, avant de décider de son application sur le terrain.
Par ailleurs, je pense que le président de la République cherche, en l'absence de partis politiques influents dans la société, à profiter du rôle de la société civile pour mettre en œuvre son programme, mais réussira-t-il ?
La réponse est liée à la réalité de la société civile algérienne, dont nous savons tous qu'elle a été déformée et utilisée, au cours des vingt dernières années, non pas pour la mission qui lui a été confiée.
En s'appuyant sur la société civile, Tebboune ne veut-il pas mettre fin au rôle du FLN et du RND ? Ou s'agit-il d'une tentative pour faire face au rejet populaire de ces partis ?
Il ne fait aucun doute que le pouvoir politique actuel s'est retrouvé face à un étrange paradoxe, car il est conscient, d'une part, de l'ampleur de la haine des Algériens et de leur rejet de ces deux partis, et sait, d'autre part, qu'il ne peut pas les remplacer par d'autres partis, compte tenu du grand nombre de militants du parti à faire preuve de loyauté envers le Président et la falsification des résultats d'éventuelles élections.
Ces partis ont une grande responsabilité dans ce que les choses sont devenues en Algérie. Leurs militants ont pratiqué toutes sortes de mensonges et de désinformation pour convaincre les citoyens de la capacité de l'homme malade à diriger les affaires du pays. En outre, je ne vois pas comment leurs militants oseront et feront campagne au profit de leurs candidats, alors que nombre de leurs responsables et ex-militants sont en prison pour corruption et exploitation de leurs fonctions à des fins personnelles. Je pense que le simple abandon du pouvoir politique de ces partis "pro-pouvoir" conduira à leur disparition
Comment imaginez-vous l'avenir du paysage politique ? Quels sont, selon vous, les partis qui vont durer et ceux qui vont disparaître ?
J'ai connu, au cours de ces dernières années, tous les dirigeants des partis qui sont en dehors du pouvoir et j'ai noué des relations amicales avec de nombreux militants de ces partis, ce qui m'a permis de mieux connaître les partis en Algérie.
Je pense que mis à part le Front des forces socialistes qui a une longue histoire dans la lutte pour la démocratie en Algérie et dont le chef, le moudjahid Hocine Aït Ahmed, a joué un grand rôle dans la construction de ce parti et la préservation de sa ligne nationale progressiste, les deux seuls partis qui ont émergé d'une longue expérience de lutte contre le pouvoir et qui sont basés sur des fondements intellectuels et idéologiques et qui ont un projet politique sont à mon avis le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).
Nous pouvons être d'accord ou pas avec leurs orientations, leurs pratiques et leurs directions, mais ils restent les seuls partis organisés qui ont une base militante et sont actifs, et remplissent les conditions d'un parti politique.


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