Selon le directeur général du Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique (Craag), Abdelkrim Yellès, sur le Nord de l'Algérie, il y a près de 60 à 80 ou 90 secousses par mois. Cette activité sismique impose une prévention qui passe essentiellement par la construction parasismique mais ce n'est pas la seule mesure puisque la résilience d'une société dépend d'une série d'actions comme l'éducation, les assurances, l'intervention, la gestion ou le management des risques et l'information. Il y a en ce moment une réactualisation du règlement parasismique. L'acte de bâtir, dit-il, est un acte technique. Depuis 1981, de gros efforts ont été faits pour imposer ce règlement. Ce sont les autoconstructeurs qui posent problème et la vulnérabilité s'est concentrée chez eux surtout après la libéralisation des affaires intervenue dans les années 90, notamment dans l'acte de bâtir, l'exemple est donné par la catastrophe de Boumerdès. La délégation aux risques majeurs est en train de se mettre en place, a-t-il annoncé. Les experts algériens insistent sur le fait que le risque sismique dans le Nord du pays est une donnée permanente. Ils invitent les planificateurs et les promoteurs à oublier le littoral, qui est devenu presque l'unique espace d'urbanisation et à redéployer la politique d'occupation du territoire - les activités et les lieux d'habitation - vers les Hauts- Plateaux et le Sud moins vulnérables, semble-t-il. Cette leçon a été particulièrement ressentie après le séisme dévastateur qui a eu lieu le 21 mai 2003, à l'est d'Alger, dont l'épicentre se situait en mer près de Zemmouri El-Bahri avec 2 278 morts et 11 450 blessés, avec quelque 100 000 personnes sans abri, effondrement d'immeubles et des maisons individuelles, en nombre impressionnant, destruction totale ou partielle d'infrastructures routières et de bâtiments. Les dégâts matériels avaient été évalués à 5 milliards de dollars.Tout le monde a compris qu'il fallait faire reculer le fatalisme et concentrer les efforts sur les constructions parasismiques et sur l'éducation de la population, l'objectif étant d'agir sur les techniques qui permettent de diminuer les dégâts au maximum du possible et de développer, au sein de la population, les réflexes qui la mettent à l'abri. L'élément essentiel de la politique de prévention, c'est la construction de bâtiments à l'épreuve des risques. C'est l'affaire de tous : industriels de la construction et population. Celle-ci doit non seulement exiger la construction de ce type de bâtiments mais y contribuer aussi par leur bonne utilisation. Les manquements à la réglementation en la matière viennent des constructeurs et des autoconstructeurs mais aussi des citoyens qui augmentent les risques par les modifications qu'ils introduisent dans les constructions. Cet incivisme est, bien sûr, encouragé quand les autorités locales ferment les yeux et laissent aller. La loi relative à la prévention et la gestion des risques majeurs dans le cadre du développement durable, votée en décembre 2005, par l'Assemblée populaire nationale, institue l'enseignement des risques majeurs dans tous les cycles et la formation des personnels spécialisés des institutions qui interviennent dans ce domaine. Il faut savoir que les catastrophes naturelles coûtent cher. Pour l'année 2012, ce coût pourrait atteindre les 160 milliards de dollars (quelque 122 milliards d'euros). C'est la troisième année de suite que ce chiffre dépasse la barre des 100 milliards de dollars, avertissent les Nations unies selon les statistiques publiées à Genève. Jusqu'à présent, 2011 reste l'année record en termes de pertes économiques (371 milliards de dollars). La très grande majorité (214 milliards de dollars) des coûts avait eu pour origine le séisme et le tsunami qui avaient frappé le Japon en mars de cette année. Selon l'ONU, 9 330 personnes sont décédées dans le monde à la suite d'une catastrophe naturelle, contre 30 770 en 2011, et 297 000 en 2010 (année du tremblement de terre en Haïti). Concernant les séismes, les arguments des spécialistes sont chiffrés et convaincants : chaque dollar consacré à la prévention permet d'économiser cent dollars ou davantage en réparation.