On ne se lance pas tête baissée hors de ses propres frontières pour aller tenter de «vaincre» le terrorisme. Plus particulièrement s'il faut se retrouver en immersion au sein des populations dont fatalement certaines d'entre elles développeront un sentiment d'hostilité. Aucune guerre contre le terrorisme ne pourra se «gagner» exclusivement par la voie aérienne. Il faut mettre pied à terre et accepter d'en payer le prix. D'abord en vies humaines. Mais pour les opinions publiques, celles des pays engagés à l'extérieur de leurs frontières, elles ne s'émeuvent généralement que dans le cas où il se produit des pertes dans les rangs des soldats de leurs pays. Coluche disait : «Dans une guerre, pour avoir le plus de chance de survivre, il faut s'engager dans l'armée.» Ce sont les populations qui paient les conséquences des luttes pour des enjeux qui, très souvent, ne sont pas les leurs. S'engager militairement à l'extérieur de son propre pays pour imposer plutôt que de s'interposer suscitera de la part de certaines populations une révolte armée qui sera perçue comme un acte de résistance chez les populations même s'il n'y a pas de concertation, et cet acte sera confondu avec les actions terroristes qu'il est difficile de combattre avec distinction. Une grande leçon à la fois pour les pays occidentaux et les pays musulmans. Les guerres contre le terrorisme ne se gagnent pas facilement. Elles ne se gagnent pas du tout, telles qu'elles sont enclenchées. Bien au contraire, la guerre déclarée destinée à éradiquer le terrorisme est elle-même un facteur de prolifération du terrorisme lorsque ce sont d'autres raisons inavouées qui ont mis les armées et la diplomatie en mouvement.