«On n'est pas sorti de l'auberge de cette coupe d'Afrique des Nations 2025». La formule, lâchée par un confrère d'un média électronique (Afrique Foot) résume à elle seule l'atmosphère délétère qui entoure cette 35e Coupe d'Afrique des nations. Une compétition que certains jugeront correctement organisée, que d'autres qualifieraient de médiocre, mais qui, pour beaucoup de sélectionneurs et d'acteurs du jeu, restera surtout comme une CAN manquée sur le plan de la gestion arbitrale. Depuis le coup d'envoi du tournoi, l'arbitrage n'a jamais été épargné par la controverse. Des décisions litigieuses, parfois incompréhensibles, ont jalonné les différentes affiches, alimentant frustrations, soupçons et polémiques. Les huitièmes de finale Mali-Tunisie (1-1, 3-2 après prolongation) et Algérie-RDC (1-0) ont constitué des points de rupture, où la VAR, censée pacifier le débat, a paradoxalement amplifié la contestation. Mais c'est à la veille des quarts de finale que le malaise a pris une tournure presque institutionnelle. Les rencontres Mali-Sénégal et Cameroun-Maroc, très attendues, ont été précédées d'un véritable feuilleton autour de la désignation des officiels. Initialement prévus pour diriger Cameroun-Maroc, l'Egyptien Amin Omar au sifflet et l'Algérien Mustapha Ghorbal à la VAR ont été remplacés in extremis par le Mauritanien Dahane Beida et le Ghanéen Daniel Laryéa. Une décision officialisée en pleine nuit, sans communication claire, et qui a mis le feu aux poudres. À l'origine de ce changement : une réclamation formelle de la Fédération marocaine, invoquant le passif du Maroc avec certains arbitres égyptiens, ainsi que le contexte régional et la rivalité persistante avec l'Algérie. Un argumentaire qui, qu'on le juge recevable ou non, pose une question fondamentale : comment une compétition de ce niveau peut-elle se retrouver à modifier ses désignations arbitrales sous la pression, à quelques heures d'un quart de finale ? La réaction de Samuel Eto'o Le président de la Fédération camerounaise de football, illustre l'exaspération ambiante. Pour l'ancien Ballon d'Or africain, cette gestion tardive et opaque constitue une atteinte à l'équité sportive et au respect des équipes engagées. Le cas de Mustapha Ghorbal est, à cet égard, emblématique du micmac qui entoure le corps arbitral de cette CAN-2025. En l'espace de quelques heures, l'arbitre algérien a été pressenti successivement comme central pour Mali-Sénégal, puis désigné à la VAR pour Cameroun-Maroc, avant d'être finalement affecté au quart de finale Egypte-Côte d'Ivoire. Un véritable marathon de 24 heures, évité de justesse grâce aux interventions de la FRMF et à la pression exercée sur les réseaux sociaux par des fan pages marocaines. Ce n'est d'ailleurs pas la première apparition de Ghorbal dans les matchs à forte charge émotionnelle, puisqu'il avait déjà dirigé le choc Côte d'Ivoire-Cameroun (1-1, le 28 décembre) lors du premier tour. Une répétition qui interroge sur la gestion du vivier arbitral africain et sur la capacité de la CAF à répartir ses officiels de manière cohérente, équilibrée et crédible. Au final, cette CAN-2025 donne l'impression d'un tournoi prisonnier de ses contradictions : ambitieux dans le discours, mais fébrile dans l'exécution ; spectaculaire sur le terrain, mais miné en coulisses par des décisions tardives et une communication défaillante. L'arbitrage, au lieu d'être un garant de la justice sportive, est devenu l'un des principaux foyers de tension. Et tant que ces dysfonctionnements structurels ne seront pas corrigés, la Coupe d'Afrique des nations continuera de produire le même paradoxe : une fête du football africain célébrée par les peuples, mais fragilisée par ses propres institutions. Une CAN dont on se souviendra moins pour ses exploits que pour ses polémiques. On reviendra plus en détail sur ce regrettable scenario.