On est juste à la veille de la rentrée, mais hormis les enfants qui naturellement vont reprendre le chemin de l'école, le 5 septembre prochain, et ce, dans un climat de peur d'épidémie de choléra, le pays semble définitivement plongé dans le noir. Sombres perspectives qui se dessinent pour les Algériens qui renouent avec les épidémies, continuent à souffrir de la violence sociale, de la délinquance qui se propage dangereusement dans la société, de l'incurie de leurs dirigeants, de leur incompétence, de leur sclérose intellectuelle et de l'incroyable déliquescence qui touche tous les secteurs de la vie nationale. L'épidémie de choléra a mis à nu l'étendue de la régression qui ferme devant nous chaque jour les portes du salut et montre à quel point l'incurie à elle seule peut constituer une vraie menace pour les Algériens. Dire que la maladie n'existe pas qu'en Algérie en citant le cas du Yémen, un pays ravagé par la guerre, le Niger par la pauvreté et le Tchad classé, chaque année, parmi les derniers selon l'indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), est un véritable scandale. Le directeur de l'Institut Pasteur a certes voulu minimiser l'ampleur du désastre, mais a péché par cette imprudente comparaison qui, malheureusement, renseigne à quelle enseigne est logée l'Algérie. Pas moins d'ailleurs que son ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, qui a promis d'éradiquer l'épidémie en trois jours, alors que les sources de départ du choléra qui frappe plusieurs régions du pays ne sont pas encore définitivement circonscrites. Le professeur, qui n'omettra pas de sortir la formule magique qui, paraît-il, ouvre les voies de l'ascension et les ferme — «Le président Bouteflika a donné des instructions fermes pour la prise en charge rapide des personnes touchées par la maladie et suit de très près l'évolution de la situation» — ne savait-il pas qu'une telle promesse relevait du domaine de l'impossible ? Le problème n'est pas dans le ministre lui-même, professeur de son état, mais dans l'état de délabrement de notre système de santé, de ses structures sinistrées et de ses gestionnaires souvent parachutés. Aucun secteur n'échappe, malheureusement, à ce mal généralisé, produit par l'échec d'une gouvernance au rabais en vigueur depuis plusieurs années. Le retour des maladies, la dégradation dangereuse du cadre de vie des Algériens, la violence sociale, l'insalubrité, la corruption et la prolifération de la drogue sont symptomatiques d'une menaçante descente aux enfers. Le pays suffoque dans l'impasse où il est conduit. L'inflation ne cesse de monter dans une économie maintenue grâce à la planche à billets et à l'évolution imprévisible et incontrôlée des cours du pétrole. Qu'attendre d'ailleurs d'un gouvernement qui, toute honte bue, déforme à sa guise les postulats et les principes inébranlables de l'économie en transformant le recours au financement non conventionnel, qui est en soi la conséquence de l'échec des politiques économiques, en une ingénieuse solution trouvée à la crise financière due à la chute des prix de l'or noir dont dépendent presque totalement les revenus du pays ? Il faut vraiment abuser de la crédulité des Algériens pour oser leur faire avaler une telle couleuvre. L'économie est au point mort, à telle enseigne que l'Exécutif ne semble pas s'affairer à une quelconque rentrée, comme cela est de mise dans les pays qui se respectent. Cette année, plus que les précédentes, ne donne pas l'air d'être à la veille d'une rentrée politique tant tout semble suspendu, en attendant de quoi va accoucher le remue-ménage qui s'y déroule dans l'opacité la plus totale. Ainsi en est de la situation d'un pays géré dans le flou, et qui s'apprête à vivre l'un des plus décisifs rendez-vous politique de son histoire : l'élection présidentielle de 2019.