En plus des roquettes qui tombent sur les maisons, tuant femmes, enfants et vieux, et des puits d'eau empoisonnée, les milices et les mercenaires du dictateur n'hésitent pas à recourir aux munitions interdites par les lois internationales. Il s'agit selon, les ONG de défense des droits de l'homme, des bombes à fragmentation de type Mat-120. Des bombes achetées par le régime de Tripoli à l'Espagne entre 2007 et 2010. Donatela Rovera d'Amnesty International a indiqué, dans une intervention à Al Jazeera, que les roquettes Grad, de fabrication russe, ne peuvent pas à, elles seules, faire autant de victimes. «Le pilonnage est anarchique. Les bombes tombent sur les quartiers où les habitants s'y trouvent toujours. Il n'y a aucune distinction entre les cibles», a-t-elle témoigné à partir de Misrata. Même si les Grad BM21 sont performants en termes de trajectoire et d'impact, avec une distance maximale de 20 km, l'étendue des dégâts, constatée par plusieurs témoins, ne peut être «le résultat» de ces roquettes uniquement. «Nous avons vu ce qui semblait être trois explosions de bombes à fragmentation sur Misrata quelques nuits auparavant. Nous avons parlé à plusieurs témoins qui affirment avoir vu d'autres frappes de ce type auparavant, et nous avons aussi récupéré les débris de ce qui semblait être des bombes à fragmentation, mais aussi des sous-munitions et des petites bombes de ce type», a déclaré Emma Daly de l'Human Rights Watch (HRW). HRW a diffusé les images de ces débris. Un général, parmi les fidèles d'El Gueddafi, a démenti ces informations sous-entendant que les soldats libyens ne savent pas encore utiliser ces armes, mais il n'a rien dit sur l'achat de ces bombes par son pays. La Libye, pas plus que l'Algérie d'ailleurs, n'a pas signé la Convention internationale portant interdiction, utilisation, production et transfert de munitions à fragmentation, entrée en vigueur en août 2010. Signataire de la Convention, l'Espagne, qui a vendu ces armes au régime libyen, viole d'une manière claire ses engagements internationaux. L'Union européenne, qui est soucieuse du respect des droits humains, devrait interpeller cet Etat membre sur cette dérive. A moins que le commerce «secret» des armes interdites est «toléré» au nom du libre-échange ! Et que les clients ont le droit d'acheter, mais pas d'utiliser la marchandise, le plus important étant le transfert d'argent ! L'opinion publique est en droit de savoir pourquoi l'Espagne n'a pas arrêté la production des Mat-120 de sinistre réputation. Les Etats-Unis, la Russie, le Pakistan, Israël, le Brésil et la Chine ne se sentent pas concernés, puisqu'ils n'ont pas encore signé la convention de 2010 (il faudra encore du temps à la communauté internationale pour que cet important texte soit accepté par tous les pays). Mais tout compte fait, El Gueddafi, ses milices et sa famille confirment que certains régimes arabes achètent les armes pour les retourner contre leurs propres peuples… Selon Mustapha Abdeljalil, leader de l'opposition libyenne, la guerre civile, provoquée par le refus de Mouammar El Gueddafi de quitter le pouvoir, après 42 ans de règne, a fait déjà 10 000 morts et 55 000 blessés, en deux mois d'affrontements.