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Mémoire vivante d'une résistance au féminin
Une journée d'étude sur Lalla Fadhma N'Soumer
Publié dans La Nouvelle République le 03 - 04 - 2026

Jeudi dernier à Béjaïa, une journée d'étude a réuni universitaires, chercheurs et responsables institutionnels autour d'une figure majeure de l'histoire algérienne : Lalla Fadhma N'Soumer.
Placée sous le thème « modèle de la femme algérienne résistante », cette rencontre a permis de revisiter son héritage à la lumière des enjeux actuels de mémoire et d'identité.
Organisée par le Haut Conseil islamique en collaboration avec les autorités locales, la manifestation a rassemblé plusieurs personnalités, dont des représentants du Haut-Commissariat à l'Amazighité et de la wilaya. Dès l'ouverture, les interventions ont donné le ton : il ne s'agissait pas seulement de raconter une histoire connue, mais de la comprendre autrement, avec rigueur et profondeur.
Les échanges ont mis en avant la dimension spirituelle de Lalla Fadhma N'Soumer, souvent évoquée mais rarement explorée dans toute sa richesse. Sa foi, son attachement aux valeurs religieuses et son influence morale ont été présentés comme des piliers de son engagement. Plus qu'une simple combattante, elle apparaissait ainsi comme une figure complète, à la fois guide, stratège et symbole de dignité.
D'autres interventions ont insisté sur son inscription dans une tradition plus large : celle des femmes algériennes qui, à différentes époques, ont pris part aux luttes pour la liberté. Son nom, profondément lié à sa région d'origine, dépasse cependant le cadre local pour rejoindre une mémoire nationale plus vaste.
La rencontre a également été marquée par une volonté claire de transmission. Les participants ont souligné l'importance de préserver ce patrimoine immatériel et de le faire vivre auprès des jeunes générations. Parmi les recommandations formulées, l'idée de créer un prix national portant son nom a retenu l'attention, comme une manière concrète d'honorer son héritage.
Une enfance entre foi et savoir
Lalla Fadhma N'Soumer naît en 1830, au moment même où débute l'occupation française. De son vrai nom Fadma Sid Ahmed, elle grandit dans un environnement marqué par la spiritualité. Son père dirige une zaouïa affiliée à la confrérie Rahmaniyya, où elle reçoit une éducation rare pour une jeune fille de son époque.
Très tôt, elle se distingue par son intelligence et sa capacité d'expression. L'enseignement religieux ne se limite pas à l'apprentissage des textes : il forge chez elle un esprit critique et une grande force intérieure. Elle passe de longues heures en prière et en méditation, développant une aura qui impressionne son entourage.
Cette dimension spirituelle jouera un rôle déterminant dans son parcours. Dans une société profondément attachée à la religion, elle lui confère une légitimité naturelle, presque sacrée.
Refuser les normes, tracer sa voie
À l'âge de vingt ans, elle pose un acte qui marque une rupture nette avec les traditions de son temps. Refusant un mariage imposé, elle choisit de reprendre le contrôle de sa vie. Ce geste, audacieux dans une société conservatrice, annonce déjà le caractère hors norme de celle qui deviendra une figure de résistance.
Elle rejoint ensuite son frère à Soumer, un village qui deviendra indissociable de son nom. C'est là qu'elle s'impose progressivement comme une personnalité influente, écoutée et respectée. On la surnomme « celle qui ne se plie pas », un trait qui résume bien son tempérament.
Une cheffe de guerre inattendue
Lorsque la résistance s'organise en Kabylie face à l'avancée coloniale, Fadhma N'Soumer s'engage pleinement. D'abord aux côtés de chefs insurgés, elle prend rapidement une place centrale après la disparition de certains d'entre eux.
Sa capacité à analyser les situations et à anticiper les mouvements de l'ennemi impressionne. À la tête de milliers de combattants, elle dirige des opérations dans un terrain montagneux qu'elle connaît parfaitement. Sa stratégie repose autant sur la connaissance du terrain que sur la détermination de ses troupes.
L'une de ses victoires les plus marquantes reste celle du Haut Sebaou en 1854. Face à des forces mieux équipées, ses hommes parviennent à repousser l'armée française. Ce succès, au-delà de son importance militaire, a un impact symbolique fort : il prouve qu'une résistance organisée est possible, même dans des conditions difficiles.
Une fin tragique, une mémoire durable
Mais la lutte est inégale. En 1857, face à une mobilisation massive des troupes coloniales, la résistance s'effondre progressivement. Fadhma N'Soumer est capturée sur le champ de bataille. Elle sera détenue pendant plusieurs années dans des conditions éprouvantes, jusqu'à sa mort en 1863, à seulement 33 ans.
Malgré cette fin tragique, son souvenir ne disparaît pas. Transmise d'abord par la tradition orale, son histoire traverse les générations avant d'être redécouverte et réhabilitée bien plus tard.
Aujourd'hui, elle incarne bien plus qu'un épisode de l'histoire. Elle est le symbole d'une femme libre, engagée, capable de s'imposer dans un monde dominé par les hommes. Une figure qui, encore aujourd'hui, continue d'inspirer.


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