Décédé à l'âge de 67 ans, le mois dernier, suite à une longue maladie, Salah Lembarkia est considéré comme l'une des figures marquantes du 4e art algérien. En témoignent ses nombreuses contributions à la promotion du théâtre universitaire à Batna, ainsi que dans d'autres universités algériennes. Il fut membre de la première troupe universitaire créée en Algérie dans les années 1970 par le défunt Kateb Yacine. Au cours de cette rencontre-hommage, les témoignages ont foisonné de souvenirs. Le Dr Leïla Benaïcha, de l'université de Sétif, parle de lui avec une pointe d'émotion. Elle a eu le privilège d'avoir comme encadreur le professeur Salah Lembarkia pour son magistère. Pour rappel, il a formé deux promotions d'étudiants qui se sont spécialisés dans le théâtre et qui enseignent aujourd'hui dans plusieurs universités du pays. Dès le départ, il lui a suggéré de plancher sur le théâtre expérimental. En plus d'être un excellent pédagogue, Salah Lembarkia a travaillé également au niveau de la radio de Batna. Il présentait des sketchs et des pièces théâtrales. Il a sollicité son élève, Leïla Benaïcha, pour un rôle à la radio, mais très vite il a compris qu'elle n'était pas faite pour l'interprétation. «Il a su, dit-elle, cultiver en nous, étudiants, cet amour pour le théâtre. Il était méticuleux et exigeant dans son travail. Mon maître est certes décédé, mais il a laissé derrière lui une riche documentation qui, sans aucun doute, servira aux étudiants et aux chercheurs. Il m'a toujours conseillé de ne jamais m'arrêter d'écrire et de faire du bien dans la vie sans attendre qu'on me le rende». Pour sa part, l'ancien ministre, Mohamed Rahabi, se rappelle que le regretté Salah Lembarkia a aidé certains étudiants de l'ENA à jeter les passerelles du théâtre en les assistant, justement, dans l'organisation de deux pièces de théâtre de Kateb Yacine, L'homme aux sandales de caoutchouc et La guerre de deux mille ans. «Salah Lembarkia nous avait mis en contact avec Kateb Yacine. Je garde le souvenir d'un détenteur de beaucoup de générosité. C'était un homme sincère et engagé dans le théâtre. Il était profondément convaincu que le théâtre avait une fonction de formation culturelle. C'était un passeur entre la société et la mémoire. Car n'oublions pas que le théâtre est un spectacle de mémoire», témoigne-t-il. Pour le commissaire du festival et directeur du Théâtre national d'Alger, Mohamed Yahiaoui, Salah Lembarkia est avant tout une mémoire à sauvegarder. Il rappelle que le défunt a créé la première troupe théâtrale régionale de Batna durant les années 1970. Il a créé, également, les premières Journées du théâtre maghrébin en 1988 avec la participation, à l'époque, des théâtres régionaux. L'orateur avoue que c'est le défunt qui lui a donné envie de percer dans l'univers théâtral. «C'est, dit-il, mon maître. Au tout début, je travaillais avec lui en qualité de responsable de la production et de la diffusion au théâtre régional de Batna, alors que lui occupait le poste de directeur du TRB. Après son départ, en 1989, je suis resté en contact permanent avec lui. Je garde de bons souvenirs de ce grand homme, notamment de nos participations aux différents festivals de théâtre. C'est lui qui m'a fait connaître». Pour le président du festival, dramaturge et metteur en scène Djamel Marir, sa rencontre avec Salah Lembarkia s'est faite à l'orée des années 80', quand le défunt est venu dans la pratique théâtrale en Algérie en qualité de directeur du théâtre régional de Batna. «La décentralisation du théâtre de Batna était pour nous un événement. Quand Lembarkia est arrivé, on sentait chez lui une ferveur de militant. Il est venu dans sa camionnette personnelle avec une première écriture dramaturgique El Fallaka. Il avait cette envie de vouloir s'imposer. Au niveau de la recherche, il a fait beaucoup de choses. C'est quelqu'un qui a milité pour rapprocher l'université de la pratique théâtrale en Algérie», signale-t-il. Et d'ajouter : «C'est le seul qui m'a invité à rencontrer des étudiants du magistère pour pouvoir débattre avec eux sur le théâtre en Algérie. Il a continué à travailler jusqu'au dernier moment. Tous ses livres sont aujourd'hui pour nous des éléments de référence et de réflexion pour nous améliorer. Lembarkia était une personne tolérante. C'était quelqu'un qui n'hésitait pas à mettre la main à la poche pour subvenir aux besoins d'autrui. Sur le plan professionnel, il était exigeant particulièrement avec ses étudiants. C'est quelqu'un qui a réussi à porter une richesse au théâtre algérien».