Trafic de drogues: démantèlement d'un réseau criminel composé de ressortissants étrangers    Festival du théâtre amateur de Mostaganem: 35 troupes à la 53e édition    Projet de loi de l'artiste: proposition pour la création de marchés de l'art    Engagement à appliquer les directives du Président afin de mettre les collectivités locales au service du citoyen    Arkab participe à Vienne à la 66éme Conférence générale de l'AIEA    Sahara occidental : le Front Polisario salue la position "de principe et historique" du Mozambique    L'Algérie soutient la candidature de la Palestine pour devenir le 194ème Etat membre de l'ONU    Tebboune présente ses condoléances    Le patron du groupe Ennahar Anis Rahmani condamné à 10 ans de prison ferme    Déclaration de politique générale du Gouvernement: renforcer les capacités du système national de défense    Il y a 60 ans était proclamée la République algérienne    Pour Dani Alves, Ronaldo ne peut pas atteindre Messi    Real : Valverde a dit non au PSG    Lancement du 6e Recensement général de la population et de l'habitat    L'Algérie apporte son soutien    Lamamra s'entretient avec son homologue chinois    Pluies orageuses et chutes de grêle sur plusieurs wilayas à partir de ce dimanche    Rencontre gouvernement-walis: la mission des collectivités locales pour redynamiser l'investissement au centre des travaux du 2e atelier    Lettre dans un ballon !    Ligue 2 amateur: C'est reparti pour un long exercice    Un mois et demi après la visite de Macron: La Première ministre française attendue les 8 et 9 octobre à Alger    Contradictions ?    Les mirages du sucre et du lait    Affiner les indicateurs sociaux et économiques: Le recensement général débute aujourd'hui    Naufrage au large de la Syrie : le bilan grimpe à 90 morts    Algérie-Mauritanie: Signature d'un protocole dans le domaine de la pêche et de l'économie maritime    Gouvernement-walis: Les nouvelles instructions de Tebboune    Equipe nationale: Des Verts à deux visages    Boudina termine 7e    Cuba élu à la présidence du Groupe des 77 et de la Chine en 2023    L'Algérie à pas sûrs...    Cette Dame force l'admiration    Ce que dira Benabderrahmane à l'APN    219 Commissions rogatoires émises    Quatre dealers arrêtés    21 cadres municipaux sous enquête    Le juteux marché des enseignants    À l'épreuve du terrain    La tuile pour Maignan    Inculquer aux jeunes les valeurs de l'olympisme    La moudjahida Zineb El Mili n'est plus    Les massacres du 17 octobre 1961 en débat    Tentation et faux-semblant    Tizi-Ouzou/Elections communales: l'amélioration du cadre de vie, une priorité pour "Tasqamut N'Ussirem"    Corruption: 10 ans de prison requis contre l'ex-wali de Skikda Fouzi Belhacine    «Gros» mots : les contre-chocs    Kamel Aoun n'est plus    Gestion des collectivités locales : va-t-on vers de nouveaux réflexes ?    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Années Bouteflika, de l'impossible réforme et de l'émergence manquée
La semaine éco , par El Kadi Ihsane
Publié dans El Watan le 07 - 01 - 2019

2019 est sans doute déjà une année perdue sur le plan économique en Algérie. Les cinq grandes réformes qui peuvent apporter un relais de croissance en 2021-22 lorsque seront épuisées les réserves de change sont impossibles à engager.
Il s'agit de la réforme du système financier qui modernise l'industrie du capital sur ses différents marchés, la réforme de l'investissement qui notamment rétablit l'attractivité de l'Algérie pour les flux mondiaux de capitaux, la réforme du système de l'affectation des ressources budgétaires qui modifie entre autres la part des subventions universelles et du soutien aux actifs publics défaillants, la réforme du dispositif de l'exportation qui redonne une chance aux exportateurs algériens, et la réforme de la fiscalité qui réduit la taille de l'économie informelle au profit de la croissance comptabilisée.
Impossibles ? Ces réformes contiennent en creux la sortie du modèle distributif clientéliste de base qui constitue l'armature du régime politique algérien. Il a montré une stupéfiante inélasticité au changement. Après 5 années de contre-choc pétrolier et quatre exercices budgétaires déficitaires, la réforme n'a pas gagné un pouce dans l'action économique du gouvernement. Pourtant sur chaque chapitre de réforme, les gains de moyens termes sont quasi évidents. Leurs torts ? Ils sont de moyens termes. Pas immédiats.
Or, le modèle distributif clientéliste de base ne se conjugue qu'au présent. Réformer le secteur financier et le moderniser affaiblit d'abord une partie de la base clientéliste du régime, avant de diffuser de l'efficacité dans le système, notamment en rendant plus fluide le financement de la croissance des entreprises et l'entrée-sortie des capitaux.
Réformer l'attractivité des IDE signifie accepter de lever le contrôle crypto-mafieux sur les partenariats entre les investisseurs étrangers et les investisseurs algériens. Cela affaiblit la famille dominante dans le court terme, même si dans le moyen terme cette réforme renforce le stock de capital étranger en Algérie tombé à son plus bas en termes de croissance ces quatre dernières années.
Et ainsi de suite. Chaque réforme ou presque peut avoir un coût politique de déploiement, passage contraint, avant des retombées en termes de performance macro-économique. Ainsi pour le budget de l'Etat que la réforme des subventions peut alléger d'autant de dizaines de milliards de dinars de gaspillage (énergie, eau, carburant, produits périssables, etc.). Cela implique une hausse des prix et un transfert direct d'argent vers des populations cibles ou l'institution d'un revenu universel direct (les deux réformes se défendent).
Personne n'a voulu prendre ce risque de la réforme depuis que les avertissements (Nabni, Care, le FMI, les think-tanks des partenaires souverains…), y compris celui de la task force auprès du gouvernement Sellal, disent que le modèle de la croissance par la seule dépense publique est en voie de se gripper. De ce point de vue, on peut historiquement considérer que le gouvernement du président Boumediène avait plus de flexibilité réformatrice que celui de Bouteflika-Ouyahia. En 1978, avant sa maladie à l'automne, face à la pénurie des produits agricoles, il avait décidé de restaurer la liberté de commerce pour les CAPCS, les structures de la Révolution agraire en charge de l'interface avec l'administration, les fournisseurs et le marché. Une mesure d'ouverture «marchande» dénoncée alors comme un virage à droite de Boumediène, par une partie de la gauche. Mais une mesure qu'imposait la chute dramatique des rendements qu'avait entraîné un système de prix fixes dans l'agriculture étatisée.
L'impossibilité d'engager en 2019 les réformes nécessaires à l'économie algérienne pour en préserver la balance des paiements n'est pas sans conséquences. Elle signifie que le choc de l'insolvabilité de 2021-22 sera plus violent. Et les capacités de lui faire face, plus faibles. Donc, obligatoirement plus dures pour la population algérienne. Ce scénario est clairement observé par les tenants actuels du pouvoir.
Il leur convient. Logique cynique du court terme politique. Objectivement, les années Bouteflika pourraient rester dans la postérité populaire pour les années qui ont vu les Algériens améliorer sensiblement leur niveau de vie. Et les années de l'après-Bouteflika, qui commenceront probablement avant le choc de 2021-22, resteraient comme les années où les Algériens se remettront à se paupériser. D'autant plus et à plus grande échelle, que le «standard» de leur vie aura été soutenu par l'argent public, la planche à billets et les réserves de change réunis. L'incertitude politique dans laquelle le projet du 5e mandat présidentiel engage l'Algérie et ses promesses d'impasse institutionnelle équivaut clairement à une hypothèque sur le moyen terme.
Les déficits de la balance des paiements et du budget vont accélérer la fonte des réserves de change et la production de fausse monnaie (plus de 40 milliards de dollars équivalents dinars depuis 20 mois). Donc amplifier le choc de l'impact de 2021-22. Engager les réformes n'éviterait pas le choc, car beaucoup d'années ont été perdues. Ils en réduiraient la nuisance dépressive sur l'activité économique.
Ce n'est pas ce scénario qui intéresse le régime Bouteflika. Mais le scénario inverse. Celui d'un semblant de statu quo transitoire en 2019, suivi deux ou trois ans plus tard par un effondrement des moyens de paiement qui rendra rétrospectivement heureuse l'ère de Abdelaziz Bouteflika.
D'un point de vue de sécurité nationale, il est urgent de retirer le pilotage «courtérmiste» de l'économie algérienne à un président de la république qui ne pense qu'à sa gloire éternelle. Et qui est prêt à débourser chaque année 30 milliards de dollars des réserves de change et l'équivalent en dinars imprimés en excédents uniquement pour préserver l'équilibre précaire qui peut lui permettre d'espérer mourir dans la fonction de président dans un pays socialement pacifié. Trop cher payé à l'échelle d'une nation.
En particulier, une nation qui a connu l'humiliation de l'insolvabilité, la déchéance de l'émeute, de la pauvreté et les débordements insurrectionnels d'une démocratisation manquée. Le statu quo sans réforme était déjà exorbitant avant la chute des prix du pétrole en 2014. Depuis, il porte un risque létal pour tout ce que le régime Bouteflika pense avoir bâti.
Car l'histoire ne se lit plus comme il y a un siècle. Les choix stratégiques en économie, les politiques publiques qui en découlent ne sont plus évalués sur leur effet de l'année. Plus personne ne parle de la même manière de certaines options des années Boumediène avec le recul de 4 décennies. Les années Bouteflika resteront sans doute pour l'éternité la double décennie de l'émergence ratée. Ce n'est pas une petite affaire.
C'est tout simplement 500 milliards de dollars de moins dans le PIB chaque année à partir justement de 2021-22, le moment où l'Algérie se remettra à la réforme. Cette fois sous la nécessité de l'économie monde. Comme en 1989-90.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.