L‘actualité algérienne, c'est la prison. On commente ceux qui sont jugés, comme Fodil Boumala dont le verdict sera enfin rendu le 1er mars, on parle de ceux qui en sortent, comme les 5 libérés de Sidi M'hamed, et bien sûr, de ceux qui y entrent, comme Metidji et Meridji qu'il ne faut pas confondre, le premier étant un homme d'affaires si l'on appelle «affaires» le fait de fabriquer des pâtes avec du blé subventionné, le second un maire qui a voulu bloquer le processus électoral en décembre dernier. Mais le cas le plus emblématique de cette semaine est Mokhtar Reguieg, ancien directeur du protocole de Bouteflika, placé en détention à El Harrach, accusé d'«affaires de corruption», «abus de fonction» et diverses malversations, panoplie des grands bandits d'Etat mais surtout, le meilleur pour la fin, de «détournement de produits alimentaires subventionnés». Comment, avec un salaire à 300 000 DA et ses nombreux avantages, un homme d'Etat, diplomate et ancien ambassadeur d'Algérie à Rome, a-t-il pu se livrer à ce genre de larcins de bas étage ? C'est ce qu'on appelle en Algérie «lahfa», une boulimie anormale qui fait qu'on se jette sur tout ce qui est comestible. Ou alors son nom, Reguieg, à prononcer «rguieg» qui signifie «le petit maigre», infiltré à la Présidence pour manger, aujourd'hui bien portant, avec un ventre qui reflète les années fastes Bouteflika. En dehors du ventre, tous les Algériens connaissent sa tête, à chaque déplacement présidentiel, quand il atterrit à l'aéroport ou pour l'inauguration d'une boulangerie, il est toujours là, avec sa tête de «chnayfi», jamais content, qui veille à ce que tout se passe bien en lançant des regards torves à tout l'entourage. Au meeting de la Coupole de février dernier qui a tout déclenché, il était d'ailleurs là, à tenir le cadre présidentiel. C'est l'avantage du hirak, de ne plus revoir cette tête à la télévision. Mais pour reprendre le président Tebboune, va-t-on récupérer ces produits alimentaires ou est-ce trop compliqué ?